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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Qu’est-il arrivé à Bach en gare de Moulins au printemps 1942 ?

Publié le 11 Janvier 2014 par Louisdelallier

Source internet

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Charles-Joseph Pasquier (1882-1953), dit Bach, chanteur, comique troupier, acteur et auteur dramatique est le créateur de La Madelon juste avant la première guerre mondiale, chanson qui sera bien vite adoptée par les Poilus.

Ce fils de colonel fait ses débuts d’artiste aux Variétés à Montluçon parce que l’un de ses amis connaît le patron. Il est alors un étudiant en droit de Grenoble surtout occupé à faire le pitre dans les cafés.

Aux Variétés, l’estrade est en plein vent. Des chaises sont disposées tout autour.

En cas de mauvais temps, on se réfugie dans le café et les consommateurs suivent avec leur chaise et déplacent même les tables. La quête qui suit chaque numéro rapporte environ 20 sous par jour en semaine et 40 le dimanche. Parmi les autres

artistes, on peut découvrir Grock, clown suisse, qui n’est pas encore considéré comme le plus grand clown musical du XXe siècle. Il écrira 2 500 mélodies, s’exprimera en 15 langues, jouera d’une quinzaine d’instruments de musique différents pour des millions de spectateurs.

Aux Variétés, le patron nourrit et abrite ses artistes. Les hommes logent dans un grenier à deux tabatières et les dames logent en dessous. Bach doit nettoyer les glaces, les barbouiller au blanc d’Espagne avant d’inscrire le programme de la soirée. Il reste deux mois à Montluçon. Il est mis dehors parce qu’il a alerté toute la maison après le vol de l’argent qu’il avait mis de côté. Il devient camelot et vend dans les rues des cubes de stéarine. Mais, le commerce ne marchant pas, il s’engage comme Auguste dans un cirque installé à Montluçon. Mais, dans l’assistance, il reconnaît un ami avec lequel il étudiait à Grenoble. De honte, la nuit suivante, il se jette dans le Cher. Albert Tachet, pêcheur et restaurateur montluçonnais, lui porte secours, et prévient la famille après lui avoir donné à manger.

Bach retourne à Lyon où il recommence à se produire sur scène dans de meilleures conditions. Le « Concert de l’horloge » l’accueille. Il fait les saisons à Aix-les-Bains, Nice. On peut l’applaudir à Rouen, Nîmes, Montpellier, Avignon. Et en 1906, il joue à « L’Eldorado » à Paris. Le succès est là, sur toutes les meilleures scènes parisiennes comme Le Moulin-rouge, les Ambassadeurs, l’Alcazar, les Folies-Bergères. Il enregistre des disques dont La Madelon et devient acteur.

La mésaventure qui lui arrive en gare de Moulins pendant la guerre aurait pu lui coûter très cher. Des années après en octobre 1948, il racontera cette histoire sur la scène du théâtre moulinois avant de jouer « Tire au flanc ».

Au printemps 42, il effectue une tournée théâtrale en zone occupée et se rend de Saint-Germain-des-Fossés à Commentry pour jouer « Le crime du bouif ». A Saint-Germain, le train ayant 7 minutes de retard, il décide avec ses collègues de passer par Moulins sans penser à la ligne de démarcation. A Moulins, il faut descendre du train. Il n’a pas de pas de papiers et subit la fouille de ses bagages par les soldats allemands. Ces derniers trouvent deux révolvers à bouchons dont un à barillet dans une ancienne caisse à champagne. Et, pour faire bonne mesure, dans les autres bagages, ils tombent sur un véritable colt américain, cadeau d’un ami de théâtre de Bach. Les choses ne traînent pas. Menottes aux mains, Bach est conduit à la Mal Coiffée où il est fouillé, mis au cachot, puis dans une cellule en haut de la prison. Il se croit perdu pour une imprudence. Heureusement, il est libéré au bout de 59 heures grâce à différentes interventions dont celle du chef de gare. Le commandant de la Feldgendarmerie dit, quant à lui, qu’il a accepté de relâcher le fautif en souvenir de sa partie de chasse avec le préfet quatre jours auparavant. Bach soulagé va prendre une « cuite » au bar parisien avant de quitter Moulins et de rattraper la troupe à Châteauroux où à l’avant-scène du théâtre est assis un officier allemand qui s’assure que l’acteur utilise bien un pistolet à bouchons pendant la représentation.

Bach n’aurait pas seulement été un amuseur imprudent, il aurait joué, dit-on, un rôle bien plus difficile dans la Résistance qui s’organisait alors dans le Vercors.

Louis Delallier

La Mal Coiffée à Moulins

La Mal Coiffée à Moulins

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