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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Le monument aux morts de la guerre de 1870/1871

Publié le 4 Juillet 2014 par Louisdelallier

Monument aux morts de la guerre de 1870/71 à Moulins en 2014

Monument aux morts de la guerre de 1870/71 à Moulins en 2014

Un comité de souscription composé des membres de la Société amicale des combattants et de la Société des vétérans de la guerre de 1870/71 souhaite voir ériger à Moulins un monument en hommage aux morts de la guerre.

Dès 1893, on note que des communes de l’Allier ont offert une somme d’argent pour faciliter la réalisation de ce projet, parmi elles :

Arronnes : 10 francs - Bresnay : 10 - Château : 20 - Chatel-de-Neuvre : 5 - Deux-Chaises : 10 - Gannay-sur-Loire : 30 - Murat : 5 - Neuilly-le-Réal : 10 - Saint-Aubin : 20 - Saint-Bonnet-de-Rochefort : 10 - Saint-Hilaire : 10 - Thiel : 10 - Trévol : 40 - Yzeure : 25

Le 31 janvier 1897, le président du Comité de souscription, L. Bounot, adresse à tous les maires du département une lettre leur demandant les noms des soldats de la commune morts pour la défense de leur patrie afin de les faire graver sur le monument et en profite pour relancer son appel aux dons.

Il faudra encore trois ans pour voir les choses se concrétiser. Le comité organise en février 1900 une tombola au profit du monument commémoratif. Au fur et à mesure des semaines, la presse tient la population au courant. Les principaux lots sont exposés à la maison du combattant rue Voltaire où tous les jours les curieux sont nombreux. On annonce que les billets s’arrachent dans les bureaux de tabacs ainsi qu’au siège de l’exposition et que le comité vient de mettre en vente le 24e mille.

Le gros lot est ni plus ni moins qu’une maison avec jardin d’une valeur de 3 000 francs. Le comité a acheté rue du Brave (rue Marie et François-Mercier actuelle) un terrain de 224 m2 où il va faire édifier une maison composée de deux chambres, d’une cuisine, d’une cave et d’un grenier, le reste du terrain étant réservé pour le jardin. La propriété sera dénommée « La villa du combattant ».

Les lots déjà récoltés sont :

Une pièce de vin de Saint-Georges (don de Monsieur Bonnot)

Une garniture de cheminée (don de Monsieur Iaman, bijoutier place Cortet)

Un service à toilette en verre (don de François Léveillé, aux fabriques réunies 32 place d’Allier)

Un service à bière et un service à fruits (don de M. Minier de Souvigny)

Un volume d’« Episodes de la guerre 1870-71 » (don de M. Velu)

Et une centaine d’autres.

Un mois plus tard, le 21 mars 1900, on apprend que Jean Coulon, sculpteur (natif de Saint-Pourçain) désigné pour le monument, s’occupe à Paris de recueillir d’autres lots auprès de ses amis artistes et auprès de personnes originaires du Bourbonnais. La maison doit très prochainement sortir de terre. Les plans en seront dressés les jours suivants. Le fondeur du monument pourrait être la maison Barbedienne. Il ne reste plus qu’un millier de billets à écouler. 300 lots ont été réunis. Une vingtaine d’œuvres d’art dont Jean Coulon a annoncé le très prochain envoi est attendue.

En mai, la vente des billets s’est essoufflée, car il reste encore près de 800 billets à écouler. Le tirage reste néanmoins prévu pour le 3 juin, jour de la Pentecôte. Pour faire rentrer davantage d’argent, les fils de « Combattants de 1870-71 » ont organisé une soirée dansante le dimanche 6 mai qui a rapporté 30 francs. Monsieur Roujon, directeur des Beaux-arts envoie plusieurs lots :

Un objet de la manufacture de Sèvres

Quatre gravures :

Le Retour de la ferme, gravure de Jeannin d’après Troyon

Rezonville, gravure de Salmon d’après Morot

Le Rêve, gravure de Giroux d’après Detaille

Les Conscrits, gravure de Mignon d’après Dagnan-Bouveret

Pour aider à vendre les billets restants, une grande fête a lieu au marché couvert le dimanche 10 juin à partir de 20 heures, le tirage de la tombola ayant été reporté à une date ultérieure à celle initialement prévue. L’entrée coûte un franc pour les hommes seuls et 0,25 pour les dames seules et donne droit à un billet de tombola. Le pavillon du marché est pavoisé de drapeaux bleu blanc rouge et très éclairé par des lustres à gaz. La lyre moulinoise offre un concert d’une heure sous la direction de Marius Boullard. Le dernier morceau joué juste avant le bal est La Marseillaise. Des batailles de fleurs et de confettis égayent également la soirée qui prend fin vers trois heures du matin. C’est un vrai succès même s’il est remarqué que le macadam est une moins bonne piste de danse que le parquet.

Deux nouveaux lots sont arrivés : Un vase en porcelaine de Sèvres offert par le ministre des beaux-Arts et une carabine offerte par les sous-officiers du train des équipages en garnison à Moulins.

A la fin du mois de juin, tous les lots sont déménagés de la rue Voltaire dans une salle du passage Moret.

Enfin le 1er juillet 1900, le tirage au sort des lots est effectué. La foule se presse autour du kiosque du cours de la préfecture où est installé un appareil automatique perfectionné utilisé pour les tirages financiers. Tous les noms des lots ont été au préalable enfermés dans un étui. On commence par tirer le nom d’un lot au hasard qu’on associe aussitôt à un numéro de billet, lui aussi tiré au sort. Il n’y aura aucun incident et aucune contestation.

Les 10 premiers lots :

la maison avec jardin n° 10 646

une automobile n° 4 456

un ameublement de salle à manger n° 4 126

une bicyclette n° 2 464, 3799, 10 606 et 10 620

un lit garni n° 27 216

une pièce de vin de Saint-Georges n° 2 367

une armoire à glace n° 12 612

une montre or pour homme n° 7 242

une montre or pour dame n° 29 660

un fusil Lefaucheux n° 24 356

et les 276 autres sont à retirer au siège du comité de la tombola au passage Moret jusqu’au 15 juillet inclus de 11 heures à midi. Après quoi, les lots non réclamés seront vendus au profit de l’œuvre du monument.

Le monument est inauguré le 3 août 1902 place d’Allier. Il est l’œuvre commune du sculpteur Jean Coulon et de l’architecte Alexis Besson. Le général André, ministre de la guerre préside la cérémonie.

C’est en août 1898 que Jean Coulon a présenté deux maquettes, l’une influencée par l’œuvre d’Antonin Mercié Gloria Victis ! et l’autre d’inspiration libre. C’est ce deuxième projet qui a été sélectionné.

La sculpture de Jean Coulon figurera au Salon des artistes français à Paris en 1901.

Deux inscriptions y sont gravées :

à l’avant :

1902 - Aux enfants de l’Allier/morts pour la France

à l’arrière :

Monument élevé par les soins/de la Société amicale/des combattants de 1870-1871/et/de la 37e section des vétérans/des armées de terre et de mer/souscription publique.

Les noms des soldats bourbonnais morts pour leur pays n’ont pas été inscrits.

Le monument rénové figure aujourd’hui en bonne place dans le square du général Leclerc, près de la gare, après avoir passé de nombreuses années de relégation dans les ateliers municipaux. En effet, en 1987, on avait jugé que son style n‘était plus en accord avec le nouvel aménagement de la place d'Allier. Grâce aux associations d'anciens combattants, le devoir de mémoire l’a emporté en 2009, année de son installation dans le square.

Louis Delallier

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