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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Le vélodrome de Moulins

Publié le 14 Juin 2016 par Louisdelallier

plan du quartier du vélodrome vers 1900

plan du quartier du vélodrome vers 1900

La Société Vélocipédique de Moulins, présidée par J. Charles, soumet au conseil municipal un projet de vélodrome. Le 7 juillet 1896, la municipalité accepte de s’associer à sa construction. Il sera situé entre l’Allier, la rue du vélodrome (rue Jean Coulon depuis 1927) et la rue Stéphane-Servant.

Dès avril 1897, les coureurs peuvent commencer à s’y entraîner. La piste coaltérée (goudronnée) avec lignes droites cinq mètres de large et virages relevés mesure 333 mètres. Les amateurs ont aussi leur piste mais avec des virages plats (à l’intérieur des virages relevés). Les tribunes en bois comprennent deux catégories : la première qui est placée face au poteau d’arrivée et la seconde un peu décalée sur la gauche. Une pelouse a été semée entre la porte d’entrée et les tribunes. Un café-restaurant dont la salle est vitrée possède une terrasse pour les beaux jours. Un espace a été laissé libre au milieu des pistes pour les jeux de boules ferrées, de croquet, de lawn-tennis etc.

Des cabines, aménagées sous les tribunes, peuvent être louées par les sociétaires au mois ou à l’année. Une salle de douche est à disposition pour 0,50 franc la douche et 0.25 franc pour les professionnels. Les bénéfices du vestiaire (0,40 franc par personne) et du garage pour bicyclettes (0,10 franc) près de la porte d’entrée reviennent au concierge du vélodrome.

La piste est ouverte tous les jours et les dimanches ordinaires. Elle est fermée à 10 heures les jours de course et de fêtes. De 9 h à 10 h et de 16 à 17 heures, seuls les coureurs professionnels et leurs entraîneurs son admis sur la piste. Les dames sociétaires peuvent l’utiliser de 15 à 16 heures, heure pendant laquelle les messieurs ne pourront y passer que si on le leur demande et sans machine.

Le concierge est chargé du nettoyage de la piste, des tribunes, de la pelouse, des places des jeux et le limonadier du nettoyage de la terrasse du café, de la cour près du quartier des coureurs et des WC.

L’inauguration a lieu le dimanche 23 mai 1897. La Société vélocipédique moulinoise a élaboré un programme attrayant. Le temps menaçant n’empêche pas la foule de se masser au vélodrome. Monsieur Sorrel, maire de Moulins et monsieur Bartoli représentant le préfet ont répondu présents pour un tel évènement sportif. Beaucoup de spectatrices portent une tenue de gala. Le service d’ordre est assuré par les cavaliers du 10e chasseurs, par la police et la gendarmerie.

Le cortège composé de sociétés vélocipédiques de Moulins, Commentry, Montluçon, Montmarault, Nevers, Sancoins, Dijon, Roanne, Digoin, Clermont et Riom, de la Lyre moulinoise, parti du café de la Jeune France sur les cours, entre dans le vélodrome vers 13 h 30, accompagné par 21 coups de canon. Aussitôt après, sur un tertre au milieu de la pelouse, la Lyre moulinoise exécute, sous les applaudissements, « Aux armes ».

A 14 heures, le sport prend la relève malgré la pluie qui commence à tomber. Parmi les coureurs engagés, on note Xavier, Gentil-Mazet, Brirot et Julow de Moulins, Guillaumin de Commentry, Mazerolle de Montluçon, Boucaumont de Montmarault, Fleurier, Pacton, Virot et Poisson de Nevers, Buffenoir de Sancoins, Joseph Pichegru de Dijon, Dupont de Roanne,

Moreau de Digoin, Dacis de Clermont et Champeyroux de Riom.

Plusieurs courses sont à l’affiche (les engagements devaient être adressés au secrétaire de la SVM, L. Bezancenot, 11 rue du Champgrenier à Moulins) :

un handicap de 920 mètres par séries, ouvert à tout coureur résidant dans la région depuis six mois au moins (Allier, Nièvre, Cher, Puy-de-Dôme, Loire, Saône-et-Loire, Creuse, Indre, Corrèze, Cantal, Haute-Loire, Côte-d’Or, Haute-Vienne, Indre-et-Loire). Les prix distribués vont de 30 francs au 1er à 10 francs au 3ème. La finale est remportée par Brirot de Moulins, suivi de Xavier, Fleurier, Gentil-Mazet et Pichegru.

Deux accidents sont à déplorer au cours des éliminatoires dont celui de Pacton de Nevers assez sérieusement blessé et soigné par les médecins Bruel et Ranglaret présents pendant toutes les épreuves.

Une course Inter-club, par séries et demi-finales de 1 000 mètres, une finale de 2 000 mètres, ouverte à toutes les sociétés invitées représentées par trois de leurs coureurs. Le 1er prix est une médaille de vermeil grand module, le 2ème prix une médaille de vermeil petit module, le 3ème prix une médaille d’argent grand module, le 4ème prix une médaille d’argent petit module, le 5ème prix une médaille de bronze grand module, le 6ème prix une médaille de bronze petit module. La société gagnante recevra une prime de 50 francs qui reviendra à la 2ème si c’est la

SVM qui l’emporte.

La SVM gagne la finale avec Julow, suivie de la S.V nivernaise avec Poisson et de la Pédale clermontoise avec Dacis.

Une course « grande internationale » avec scratch par séries de 2 000 mètres (les coureurs partent groupés sur une distance maximum de 15 km pour les hommes et 10 km pour les femmes. Classement à l’arrivée), ouverte à tout coureur. 1er prix 125 francs, 2ème prix 70 francs, 3ème prix 30 francs. Brirot de Moulins se classe premier, Pichegru deuxième et Fleurier troisième.

Une course de consolation de 4 000 mètres, ouverte aux coureurs non classés dans les courses précédentes. Prime au poteau 3 francs, primes finales 15 francs, 10 francs, 5 francs

La course d’honneur met en concurrence Brirot et Julow sur 1 000 mètres. Brirot bat Julow en 1’35.

La fête sportive de l’inauguration du vélodrome prend fin un peu après 18 heures. Elle fut une réussite qui augure bien des futures manifestations qui s’y dérouleront jusqu’au 31 mai 1912 (fin du bail avec la société vélocipédique moulinoise). Le vélodrome ferme ses portes un peu avant la Première guerre mondiale.

Pour terminer, voici un poème écrit juste avant l’inauguration. De l’humour et un coup de griffe à l’empereur allemand à qui nous avions dû céder l’Alsace et la Moselle à la fin de la guerre de 1870/1871.

Une invention sensationnelle

Déjà fini, le vélodrome !

Un malin, dont l’esprit ne chôme,

Veut, pour la gloire du royaume,

Créer l’automobilodrome !

Ce dessein des esprits empaume.

Et du Finistère à la Drôme,

Du cap Lanes End au lac de Côme,

On en cause en tout idiome.

Maint chercheur, le front dans sa paume

Breveté de plus d’un diplôme,

Rêve piste, garage et dôme.

Et, pensif, je songe en mon home

« Qu’inventer après ? Chameaudrome ?

Fiacrodrome ? Cocottorome ?

Ou plutôt culdejattodrome ?

Ce projet l’inédit embaume…

Songer, sous l’acier de son heaume,

Comme il ferait rager Guillaume !

Louis Delallier

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