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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Cavalcade de bienfaisance du 3 août 1902 pour célébrer l’inauguration du monument aux morts de la guerre de 1870/1871

Publié le 2 Août 2016 par Louisdelallier

Parcours de la cavalcade

Parcours de la cavalcade

Le monument aux morts de la guerre de 1870/71 est terminé (voir mon article à ce sujet). Son inauguration prévue le 2 août est l’occasion pour la ville de Moulins de prévoir, le lendemain, une cavalcade dite de bienfaisance. Plusieurs réunions sont nécessaires pour mettre au point cette imposante manifestation. Le comité d’organisation, dont la permanence est installée au théâtre (entrée par la rue Bréchimbault) commence par lancer une souscription. Monsieur Chenillat, vice-président, 14 rue de la Flèche et Monsieur Ferté, rue d’Allier, trésorier, se chargent de centraliser les fonds récoltés. Messieurs Sauroy, Bonnet et Barbe imaginent le sujet central du défilé qui s’étendra sur plus de six-cents mètres : Jacquemart et sa famille quitteront leur beffroi pour visiter la ville en automobile et seront accompagnés par de nombreuses corporations moulinoises.

Le dimanche 13 juillet à partir de 21 heures, un grand bal populaire avec buffet et orchestre de qualité fait vibrer la belle armature métallique du marché couvert. Les hommes paient 50 centimes le droit d’entrée et les dames 25 centimes. Le bénéfice est reversé au comité de la cavalcade.

Une tombola est décidée le 19 juillet pour arrondir les gains. Un tirage au sort parmi tous les marchands de bicyclettes, de porcelaine et de meubles a désigné messieurs Chapier jeune, Raquin et Fantin pour fournir les lots principaux : une bicyclette, une armoire à glace et un service de table.

Des soumissions sont lancées pour le bal du 3 août, son vestiaire et son buffet. Les chefs d’orchestre doivent proposer un orchestre de cuivres composé de 10 musiciens dont une grosse caisse. Il est aussi fait appel à une quarantaine de jeunes gens de 15 à 20 ans pour faire partie de la cavalcade. Fin juillet, on annonce « 200 cavaliers, arbalétriers, chevaliers moyenâgeux, 18 chars, 400 personnages richement et spirituellement costumés qui dépasseront Barnum de cent coudées ». Le programme illustré avec commentaires sur les chars et présentant l’itinéraire est en vente.

Le grand jour arrive enfin. Ce dimanche 3 août est ensoleillé et chaud. A partir de 13 h 30 et pendant quatre heures, la foule massée le long des rues verra défiler le fantastique ensemble plus fort que Barnum et son cirque. Du pont Régemortes au pont Régemortes, le parcours emprunté est le suivant :

Pont Régemortes/Rue Régemortes/rue Blaise-Pascal/place d’Allier/rue Choisy/rue des Potiers/rue de Bourgogne/place de la Paume/rue du Cerf-volant/rue de Chagny/avenue de la gare/avenue nationale/rue de Montluçon/rue de Refembre/boulevard de Courtais/avenue nationale/rue Bréchimbault/rue de Pont/place d’Allier/rue Mathieu-de-Dombasle/place aux Foires/cours de Bercy/rue de Paris/rue François-Péron/rue de l’Horloge/rue de la Flèche/rue des Couteliers/rue de Lyon/avenue Alsace-Lorraine/boulevard du Chambonnet/rue Achille-Roche/hôpital civil et militaire (Saint-Joseph)/place de la Liberté/rue Régemortes/pont Régemortes.

Chaque char est précédé d’un porte-fanion. Le chef des trompettes, le capitaine des gardes de Jacquemart, un officier, les hommes d’armes escortent Maître Jacquemart, héros de la fête, dans son automobile tirée par un cheval. A sa suite immédiate, des contrepoids d’horloge, des coucous portant un grand ressort, les réveille-matin portant un pignon, une vieille horloge de la campagne, des cloches, un bourdon de la cathédrale, une cloche-melon, la cloche de bois qui déménage…

Puis, ce sont :

Le moulin Bréchimbault et la pompe aux grattons, le pain complet, le pain non complet, les fariniers, l’assiette au beurre, la bombe glacée, des meuniers, boulangers et pâtissiers.

Son Excellence le prince Bidoche avec choucroute, tripes à la mode de Caen, les garçons d’abattoir, le trophée des bouchers, le trophée des charcutiers, des maraîchers, hôteliers, restaurateurs et marchands de gibier.

Des attelages humoristiques : jardiniers avec âne, volailles géantes etc.

La Balance de l’équilibre européen : les nations européennes réparties entre les deux plateaux de la balance avec orchestre composé de membres de l’école de musique et de la Lyre moulinoise.

La verseuse à café, char d’environ 6 mètres de haut représentant les cafetiers, limonadiers, brasseurs, distillateurs : absinthe, groseille, orgeat, vermouth, bock, carafons de liqueurs, billes de billard, tasses à café, valets de carte à cheval et les divers attributs et symboles de ces professions.

La Bourbonnaise préparé par la Bourbonnaise et son directeur monsieur Barbe : poses gymniques, escrime, boxe etc.

Le bateau transsaharien : embarcation manœuvrée par 25 pupilles, membres de la Bourbonnaise.

Les bicyclettes nautiques.

L’automobile maboul : voiture de course automobile de retour du Paris-Vienne) sur un mode satirique.

Le Purgos-Bouillon n° 100 (groupe et char de la médecine) : seringue de six mètres figure le corps de ce dirigeable d’un genre nouveau à ne pas confondre avec le Santos-Dumont n° 7, microbes, droguistes, chirurgiens, malades avant et après les eaux thermales.

La Presse (char de l’imprimerie et de l’industrie du livre) : la typographie, la lithographie, les canards de la presse etc.

Les arts du bâtiment : charpentiers, menuisiers, peintres, serruriers, forgerons, ébénistes, paveurs etc. avec attractions musicales originales offertes par des forgerons et paveurs mélomanes jouant sur des outils devenus instruments de musique.

Char de la Lumière : Apollon dirige son char traîné par des chevaux d’or, l’Aurore, le Jour, le Crépuscule et la Nuit, une farandole des vingt-quatre heures de la journée composée d’enfants costumés.

Char de l’optique : groupe comique de l’astronomie contemplant enfin la lune à moins d’un mètre, chandelle, bougie, réverbère, lanterne, lampe à pétrole.

Char du gaz et de l’électricité : acétylène encore en enfance, six cavaliers exotiques, deux Arabes, deux Hindous, des Mexicains fils du soleil.

Les pompiers-parfumeurs : pompe flacon-essence de violette manœuvrée par une compagnie de pompiers nains (corporation des coiffeurs-parfumeurs).

Le parfait raseur, char fantaisiste du barbier XXe siècle.

La paillotte de Makoko : épicerie gabonaise avec victuailles coloniales, costumes des colonies, produits tropicaux, exotiques, Annamite, Chinois, Japonais, colon européen, deux « négrillons », deux gauchos.

Maraîchers et maraîchères avec des ânes : pot-au-feu, moulin à café, pot à moutarde, gardeuse et ses volailles.

Son Altesse Potiron XXVII : char des légumes avec orchestre de lièvres et lapins mélomanes conduits par le chef cuisinier.

Le bal avec redoute parée et travestie ouvre à 22 heures. Les participants du cortège y font leur entrée à 22h 30. Chaque cavalier reçoit un paquet de confettis et chaque dame un bouquet. L’exceptionnelle journée s’achève dans les flonflons.

Louis Delallier

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