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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

1902, Barnum, le plus grand spectacle sur terre se produit à Moulins pour la première et dernière fois

Publié le 1 Décembre 2016 par Louisdelallier

1902, Barnum, le plus grand spectacle sur terre se produit à Moulins pour la première et dernière fois

A cirque exceptionnel, moyens exceptionnels. C’est ce que les Moulinois vont découvrir en cette fin de juillet 1902. Le cirque Barnum fait une tournée en Europe après celles de 1887 et 1897.

Dès le 8 juillet, les passants sont attirés par d’immenses panneaux-réclame à l’entrée du cours du théâtre, place de la République (jardin de la gare) et place aux foires (place Jean-Moulin actuelle). C’est la maison Bonnichon, rue du Lycée, qui a été choisie par Barnum pour réaliser les supports. Deux jours plus tard, la ville est comme inondée d’affiches. Elles sont partout, aux terrasses des cafés, dans les vitrines, partout du rouge, de bleu, du vert. Monsieur Bérenger, afficheur municipal, est très admiratif. Les journaux ne manquent pas de relayer l’information et publient des encarts fournis par Barnum qui détaillent les extraordinaires numéros. 

En effet la direction du cirque ne ménage pas ses efforts pour annoncer la bonne nouvelle. Un wagon-réclame, blanc avec inscriptions en lettres dorées, précède le « Greatest show on earth » (plus grand spectacle sur terre). Long de 20 mètres et haut de 3 mètres, il est consacré à la publicité. On y trouve de nombreux casiers pour les affiches illustrées, des tiroirs remplis de clichés pour les journaux, des vues artistiques, des lithographies, tout le matériel nécessaire à la préparation de la colle dont une sorte de chaudron, des brosses, pinceaux. Un comptoir de trois mètres occupe l’un des bouts du wagon. Des lits-couchettes pour 20 employés sont aménagés au-dessus des casiers et les inspecteurs de la Société, messieurs H.H. Gunning et Al. Riel, travaillent dans un cabinet confortablement meublé : canapé, pupitre américain, tapis, tableaux. En  dessous du wagon, un compartiment abrite les échelles, divers outils, des brochures, prospectus pour la distribution. Certains jours, les 20 employés peuvent manipuler jusqu’à 10 000 affiches.

A 5 heures, les employés se lèvent, font chauffer le chaudron pour la colle de la journée et prennent leur petit-déjeuner. A 6h 30, des voitures partent dans toutes les directions avec leur plein d’affiches. Toute la journée, ces affiches sont posées dans les magasins, le long des lignes de chemin de fer jusqu’à 60 kilomètres du lieu du spectacle. Le soir, la liste précise des dépôts d’affiches est établie. Quand le cirque ne reste qu’une journée sur place, le wagon-réclame repart pour la prochaine ville accroché à un train rapide.

Et enfin, Barnum débarque à Moulins par le train de Montluçon. La nuit du mercredi 30 au jeudi 31 juillet, la gare de Moulins devient le premier lieu de spectacle. A 1h 20 (avec 2 heures de retard), 3h 20, 4h 20 et 4h 50, les arrivées se succèdent : deux trains avec ménagerie et deux autres transportant le personnel et le matériel, 67 wagons en tout. Bien sûr, la foule est là et on la comprend. Il faut avoir vu ça. Des détachements du 10ème chasseurs, du 13ème escadron du train et la police, sous les ordres de M. Lannes, doivent assurer le service d’ordre. Les sous-chefs de gare Chamaron et Liadière et le chef d’équipe Besset dirigent le déchargement qui commence à 5 heures.

Il faudra 2h 30 aux 400 personnes (sur les 750 que compte le cirque) pour en venir à bout sans un ordre, sans bruit et sans anicroche. L’organisation fait merveille. Les wagons sont reliés par des passerelles, des plans inclinés sont placés à l’entrée des wagons-écuries. Et outillage, accessoires, matériel roulant, tentes, sièges, installation électrique, meubles de bureau, de cuisine-restaurant, dortoirs, voitures roulières, cages, animaux se retrouvent au fur et à mesure chargés sur des voitures attelées de 4, 6 ou 8 chevaux qui prennent la route du champ de manœuvres de Bressolles (actuellement stand de tir de la gendarmerie et jardins ouvriers). Cet endroit a été choisi parce que l’hippodrome n’était pas disponible. 

Le convoi emprunte la rue Philippe-Thomas, les avenue Meunier, Alsace-Lorraine, d’Orvilliers, le pont Régemortes et la route de Clermont. A 8h 30, tout le monde est à pied d’œuvre. Les emplacements sont aussitôt repérés avec des fanions. Des pieux en quantité innombrable sont enfoncés dans le sol pour fixer les gradins. Les mâts sont dressés. Deux heures seulement seront nécessaires pour garnir le sol des douze tentes toutes dotées de lumière électrique. La plus grande mesure 200 mètres de long.

Deux représentations sont données à 14 heures et 19h 30. On compte entre 10 000 et 12 000 spectateurs. Il convient de préciser que le P.L.M. a affrété six trains spéciaux à prix réduits d’environ 35% pour les 2ème et 3ème classes qui s’arrêtent à toutes les stations intermédiaires :

Nevers 10h 10 - Moulins 11 h 30/Moulins 18h 10 - Nevers 19h 34

Saint-Germain-des-Fossés 9h 35 - Moulins à 10h 35/ Moulins 19h 02 - St-Germain 20h 02

Gilly 9h 25 - Moulins à 10h 22/Moulins 19h 45 - Gilly 21h 25

Au total, 4 709 voyageurs seront acheminés jusqu’à Moulins ce jeudi 31 juillet, dont 2 652  par le PLM, 557 par le PO  et 1 500 par le tacot.

Grâce à un service d’ordre inhabituel, mis sur pied par la gendarmerie et la police municipale, aucun incident ne survient à l’entrée comme à la sortie des chapiteaux. Les places assises sont

à 1,50 franc, 2,50 francs, 4 francs, 5 francs ou 8 francs (loges) selon la vue offerte sur la piste. Un prix d’entrée spécial est proposé pour voir des curiosités et raretés qui ne font pas partie du spectacle. Un autre spectacle de variétés séparé est accessible pour 0,50 franc. Les billets sont vendus aux trois guichets du cirque et à la  maison Kimpel, marchand de musique, 18 place de l’hôtel-de-ville. Le cirque fera un don de 100 francs, pris sur ses recettes, au bureau de bienfaisance de Moulins.

On entre par la tente-ménagerie qui met immédiatement dans l’ambiance avec ses cages et leurs pensionnaires tout autour et son estrade centrale exposant des phénomènes humains. Encore quelques pas et la tente du cirque-hippodrome de 180 m de long et 77 de large accueille le spectateur déjà ébahi. Qu’en sera-t-il quand  il aura absorbé près de 100 numéros se déroulant dans trois arènes et sur deux scènes-estrades ? On peut se croire dans un stade olympique quand commencent les courses antiques et modernes avec cavaliers debout sur leurs chevaux et les concours de sport athlétique, au-dessus desquels évoluent des acrobates aériens, 16 à la fois, voire 30 dans certains cas.

Deux yeux et un cerveau ne suffisent pas pour tout regarder et tout mémoriser : guanacos (proches des lamas), singes, buffles, biches, cerfs, poneys, ours, lions, léopards, tigres, kangourous, oiseaux, reptiles, phoques,  éléphants, chameaux, dromadaires, zèbres, girafes, antilopes, des chevaux par dizaines, chiens pour ce qui est des animaux. Certains courent, d’autres sont savants.

Mais, on exhibe aussi toutes les bizarreries que la nature a créées chez l’homme :  homme-télescope, jeune fille à chevelure de mousse, homme-autruche, homme-mastodonte,  homme disloqué, homme-squelette, homme à peau de caoutchouc, femme à barbe, femme magnétique, nains, géants, homme tatoué, la reine Mab haute de 58 cm, homme-pelote d’épingles, homme hercule, homme caniche russe, albinos, nains, pygmées, avaleuse d’épées, expansionniste, homme à la tête incassable, artistes sans bras, sans jambes, etc. On se demande ce que cet « etc. » peut bien encore cacher comme mystérieuses difformités.

Ajoutons à ça les magnétiseurs, magiciens, prestidigitateurs, jongleurs, musiciens exotiques, les dames clowns et jockeys, etc. Parmi les artistes dont le nom est cité, on peut admirer Walter Love, cycliste qui descend du haut d’un escalier, M. Ducrow et ses 70 chevaux, Lilian et Flory-Hummel, écuyères, Mirmie Johnson et son cheval sautant à la corde et Léon Laroche enfermé dans une sphère, appelée la boule fantôme, qu’il déplace suspendue dans les airs.

La fête est déjà finie. Il ne reste plus qu’à rentrer en se disant qu’on racontera ça aux malchanceux qui n’ont pas pu, ou pas voulu, venir.

Pendant ce temps, les employés de Barnum ne perdent pas de temps. Avec la même rigueur, le même silence, ils démontent, rangent, chargent et regagnent la gare pour un départ vers d’autres exhibitions dont une le 1er août au Moutier, faubourg de Thiers, puis Clermont-Ferrand, Vichy, Roanne, Saint-Étienne, Valence, Grenoble, Chambéry où prendra fin la tournée française. Le cirque Barnum s’installera à Genève du 15 au 18 août.

Louis Delallier

Voir aussi mon autre article sur Barnum en avril 2014 

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alexandre Cornieux 01/12/2016 17:17

Vraiment magnifique!
Alexandre Cornieux