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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

2 février 1918, explosion de l’atelier de chargement d’obus de Moulins-Yzeure

Publié le 2 Février 2018 par Louisdelallier in Guerre 14-18

2 février 1918, explosion de l’atelier de chargement d’obus de Moulins-Yzeure

Il y a juste cent ans, les populations yzeurienne et moulinoise, déjà très éprouvées par la guerre, subissent une épreuve supplémentaire dont la soudaineté et la violence vont mettre les nerfs de tous à rude épreuve.

Les stocks de l’atelier de chargement* formés de trois millions d’obus, de 2 400 tonnes de poudre et d’explosifs, de 1 400 hectolitres d’alcool, d’essence et d’acétone constituent un danger permanent depuis 1916, année de la construction de la base militaire. Et il faut bien s’en accommoder.

Malheureusement, le samedi 2 février, une première explosion à 21 heures met brutalement les habitants face à une réalité qu’ils tentaient d’ignorer. Une deuxième se produit dix minutes plus tard. Jusqu’à 5 heures du matin, c’est un déchaînement de déflagrations et de feu. Trente-deux ouvriers sont tués, 200 sont blessés. Les maisons et bâtiments de la ville sont ébranlés, des vitres tombent un peu partout. Les rues de Moulins et d’Yzeure sont jonchées de débris de verre, de tuiles, de plâtras de toutes sortes. Des Moulinois affolés sortent dans les rues et se sauvent vers l’extérieur de la ville. Quelques-uns s’en vont à pied jusqu’à Trévol, Villeneuve et même Chantenay-Saint-Imbert pour trouver un refuge sûr. Les explosions sont ressenties jusque dans la Drôme à quelque 200 kilomètres. Une gerbe de flammes est aperçue depuis la base militaire aérienne d’Avord à 86 kilomètres. Les explosions sont aussi entendues dans le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire. Au maire de Moulins qui se trouve à Roanne on dit que c’est Moulins qui saute.

Monsieur Hardy, chef de gare, et plusieurs employés font preuve d’un grand courage en déplaçant, à l’aide d’une locomotive, 45 wagons de munitions stationnés tout près du brasier. La circulation des trains en direction de Clermont est interrompue jusqu’au mercredi 6 février et reste perturbée à cause des dégâts et surtout des obus non explosés qui sont tombés ici et là.

600 000 francs de dégâts sont occasionnés à la gare. Les vitraux de toutes les églises sont endommagés, en particulier ceux du Sacré-Cœur.

 

La thèse de l’attentat est soulevée sans preuve. Cependant, l’une des deux fusées d’amorçage volées quelques jours avant est retrouvée sur place ainsi que des restes qui pourraient être ceux de la deuxième fusée. Dans sa séance du 22 avril suivant, le Conseil général vote des crédits pour la réparation des bâtiments touchés en attendant que l’État les prenne lui-même en charge au titre des dommages de guerre : 29 033 francs sont répartis entre la préfecture (9 052 francs), les archives (1 169 francs), les gendarmeries (1 141 francs), le tribunal (2 014 francs), l’École normale d’instituteurs (4 684 francs), l’École normale d’institutrices (9 340 francs) et la prison (1 333 francs).

Les dons de commerçants et de particuliers arrivent spontanément pour soutenir les victimes et leurs familles. Parmi les donateurs, on trouve l’usine à gaz, L’Avenir, journal quotidien de Clermont qui reverse les bénéfices des ventes générés par l’accident, la Compagnie des sources réputées de Vichy et de Vals, la Préfecture de l’Allier, etc.

 

 

Louis Delallier

 

* L’agglomération de Moulins est choisie pour l’implantation d’un atelier de chargement d’obus car occupant une position ferroviaire stratégique suffisamment éloignée du front. Ce sera à côté du parc d’artillerie (aménagé en 1876 au lieu-dit La Mothe) au sud-est de Moulins sur la commune d’Yzeure, rue des Epoux-Contoux. L’entrepreneur François Mercier, en association avec l’entreprise Col de Moulins, est chargé des travaux de construction pour lesquels des prisonniers allemands sont réquisitionnés. L’atelier est ouvert, le 22 février 1916. Il occupe 52 hectares et emploie 8 348 personnes civiles et militaires (Français, Italiens, Nord-Africains et Indochinois) dont 1 577 femmes. Une équipe travaille de jour et une autre de nuit dans des conditions difficiles accentuées par les émanations des produits explosifs et de vernis notamment. Plus de 50 000 obus sont chargés chaque jour.

Dans le courant de l’année 1916, les ouvriers de l’atelier de chargement bénéficient d’une ligne de tramway qui utilise du matériel prélevé sur le tacot et qui est exploitée par l’entrepreneur Mercier. « Le tramway de l’usine » part du carrefour de la rue des Garceaux, passe sur le trottoir de la route de Lyon et franchit le passage à niveau de la rue des Epoux-Contoux. A cet endroit, une cloche électrique annonce l’arrivée du tramway. Dix à douze navettes quotidiennes sont assurées de jour comme de nuit aux heures de début et de fin du service du personnel de l’atelier.

L’horaire de travail de 6 heures à 17 heures pour l’équipe de jour et de 17 heures à 3 heures pour l’équipe de nuit rend difficile la garde des enfants à l’atelier. Une crèche est aménagée dans les locaux voisins de l’usine électrique dont la guerre a stoppé le fonctionnement. On voit encore la cheminée et le bâtiment de l’usine où s’est installée par la suite la parfumerie « Jardins de France » aujourd’hui fermée.

L’armistice de novembre 1918 entraîne la réduction des activités de l’atelier. La circulation du tramway se termine le 1er avril 1919. La voie est démontée l’été suivant.

 

 

Sur le même sujet, voir mon article "La prophétie du chemineau".

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alexandre Cornieux 02/02/2018 18:39

Le chemineau , le vagabond ,le rôdeur l'avait prédit ! Certaines âmes ont de grands pouvoirs , les prédicateurs ne sont pas tous des farfelus , c'est ce que je crois . Et l'ancien raconta que gamin , l'explosion se fit sentir jusque dans le bourg de Franchesse...

Louis Delallier 04/02/2018 08:51

Personne ne saura. Il nous reste à imaginer qui pouvait être cet homme. Voilà les bases pour une intéressante fiction mêlée de réalité.
LdL