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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

En 1889, Moulins compte au moins trois contrebandiers en allumettes

Publié le 16 Février 2018 par Louisdelallier in Faits divers

En 1889, Moulins compte au moins trois contrebandiers en allumettes

Le 2 août 1872, l’Etat, qui ne peut pas instituer une taxe rentable sur les allumettes*, confie le monopole de la production et de la vente des allumettes  à la Société Générale des Allumettes Chimiques. Cela contribue à la disparition de nombreuses petites usines créées depuis les années 1840 et cela conduit inévitablement à la contrebande d’allumettes fabriquées clandestinement.

A Moulins, nous avons notre contrebandier en la personne de Jean Rousset. Il est journalier ce qui ne nourrit pas vraiment son homme. D’où sa tentative d’arrondir ses maigres revenus en revendant des allumettes qu’il ne semble pas avoir fabriqué lui-même. Il a l’habitude de quitter son domicile rue du Champ-Grenier en cachant sa marchandise dans un sac ou sous sa blouse. Mais il n’a pas les nerfs très solides et tout dans son attitude attire l’attention. L’année 1889 ne lui est pas favorable. En effet, près d’une dizaine de fois, les forces de l’ordre lui créent des ennuis.

Vers 9 heures, le matin du samedi 22 juin 1889, il croise le chemin d’un agent de police, rue du Jeu-de-Paume. Comme il fait un trop brusque demi-tour, l’agent ne s’y trompe pas et le conduit au commissariat où 50 paquets d’allumettes sont découverts sur lui et saisis. Jean Rousset aura à répondre devant l’administration des contributions indirectes.

Le 16 août suivant, un vendredi, il se trouve peu après son départ de chez lui face à l’agent Chégut. Son comportement le trahit encore une fois. Et ce sont 1 600 allumettes qui lui sont confisquées. Il les portait dans un sac sous sa blouse. Un procès-verbal lui est dressé.

Le vendredi suivant, il comparaît devant le tribunal où l’administration des contributions indirectes n’est pas représentée. Cela permet à notre maladroit contrebandier, ravi, de repartir sans être davantage inquiété.

Cela ne va pas l’amener à renoncer à son petit trafic. Le vendredi 25 octobre, un brigadier et un agent de police récupèrent sur lui près de 8 000 allumettes qu’il s’apprête à écouler en ville. Cela lui vaut une nuit en prison et une comparution devant le représentant de la Société Générale des allumettes dès le lendemain.

Les amendes récoltées au cours des années, environ 100 francs à chaque interpellation, étant trop élevées, Jean Rousset doit les payer en jours d’enfermement à la Mal-Coiffée. Sa dernière condamnation tout juste terminée, il se couche et ne se relève pas. Il meurt le 8 mars 1890 à l’hôpital Saint-Joseph, à l’âge de 64 ans. Le « métier » aura sans doute contribué à accélérer sa fin.

La concurrence existait, celle des Bergeron par exemple. L’un, Jean, journalier, vit à la Madeleine, l’autre, Benoîte, habite rue de Decize. Jean est interpellé le lundi 30 septembre vers 1 heure alors qu’il marche tout près de sa voiture à âne rue du Rivage. Il avait choisi cet itinéraire pour être tranquille. Mauvaise idée ! Trois agents remarquent cet étrange quidam auprès duquel ils s’enquièrent des raisons de sa présence à cet endroit et aussi tard. Sa réponse est toute simple. Il va à une foire dans la Nièvre. Il ajoute que s’il transporte du foin, c’est pour son âne. Les policiers préfèrent quand même vérifier. Sous les bottes de foin, une malle de grande taille bourrée de paquets d’allumettes est dissimulée au mieux. Si Jean Bergeron se rend bien à une foire, celle de Dornes, c’est pour tenter d’y vendre 87 750 allumettes réparties en 393 paquets. Il n’échappe pas à la prison et à un passage devant le représentant des contributions indirectes.

Quant à benoîte Bergeron, elle écope d’une nuit de prison, en attendant un jugement, pour avoir transporté, à des fins de vente, 4 000 allumettes repérées par l’agent Chégut.

 

* L’inventeur de l’allumette à friction, en 1831, est Charles Sauria (1812-1895) alors étudiant en chimie à Dole. Jusque-là, une allumette ne pouvait s’allumer qu’au contact d’une braise ou d’une flamme. Mais, Charles Sauria ne dispose pas des 1 500 francs nécessaires au dépôt du brevet. C’est ainsi que Jacob Friedrich Kammerer, un Allemand, l’année suivante, est le premier à fabriquer industriellement les allumettes à friction. Charles Sauria, lui, est déjà passé à autre chose. Il devient médecin et se tourne vers les soins aux plus démunis. La science n’est pas son seul centre d’intérêt. Il est aussi poète, agronome, correspondant et membre de plusieurs sociétés savantes. En sa qualité de disciple de Charles Fourier, il crée, avec son frère, un phalanstère agricole où les ressources sont mises en commun.

 

Louis Delallier

 

Commenter cet article

Delallier 17/02/2018 19:28

Ce trafic a été une découverte pour moi. Et Charles Sauria mérite qu'on s’attarde sur sa vie, sa générosité et son désintéressement.

alexandre Cornieux 16/02/2018 17:22

Merci pour ce petit morceau d'histoire où les jeunes générations n'imaginent pas qu'à cette époque les allumettes avaient de la valeur et que leur trafic était passible de prison!