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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Décembre 1948, l’usine Bardet à Moulins ouvre ses portes à l’Amérique latine

Publié le 29 Avril 2018 par Louisdelallier in Commerce

Maison Bardet aux initiales JB et usine

Maison Bardet aux initiales JB et usine

 

L’usine Bardet est en effervescence en ce jeudi 16 décembre 1948. Moulins ayant été choisie comme la ville la plus représentative de l’industrie des machines à bois, on attend l’arrivée de délégués étrangers de qualité. Cette visite a lieu dans le cadre d’un renforcement des relations commerciales entre la France et l’Amérique centrale et du sud.

 

Transportés depuis Paris en automobile, ces distingués représentants de leur pays déjeunent à l’hôtel de Paris. Ils viennent de :

Argentine, Monsieur Calvo, consul général, représentant l’ambassade,

Bolivie, Monsieur Gustave Medeiros, chargé d’affaires représentant la légation, accompagné de Monsieur Urriolagoittia, secrétaire de la légation,

Brésil, Monsieur Cesario Alvin, représentant l’ambassade et l’Office commercial du Brésil,

Cuba, Monsieur Durland, consul général,

Équateur, Son Excellence Monsieur le ministre Gonzalo Vela Barona, chef de mission, chargé d’affaires,

Haïti, Son Excellence Monsieur le ministre Place de David, chef de mission,

Mexique, Monsieur Gonzales Roa, consul général,

Panama, Monsieur Royo, consul général,

Paraguay, Monsieur Edgard Ynfran, député au parlement paraguayen, délégué à l’O.N.U., représentant l’ambassade et Monsieur Hirsch délégué économique,

Pérou, Monsieur Pezet, consul général,

Uruguay, Monsieur Clulow, directeur du département économique, représentant l’ambassade,

Venezuela, Monsieur Aristimuno, directeur commercial, représentant l’ambassade.

 

Au dessert, se succèdent les allocutions de Messieurs Fleury, préfet de l’Allier, et Bardet directeur général des usines, Place de David, ministre haïtien, Gonzales Roa, consul général du Mexique. Messieurs Tinland, maire de Moulins et Archambaud directeur de l’usine de Moulins font partie des convives.

 

La visite des établissements Bardet, à laquelle est convié Monsieur Leonelli, commissaire de police, a lieu vers 16h 15. Une scie à grumes de 17 tonnes pour scier des arbres d’1m 40 de diamètre, des scies à ruban pouvant scier des arbres de 0,75 m de diamètre, un appareil à dédoubler, des scies à tables plus légères, des scies circulaires variées, du matériel d’affutage complet pour entretien des lames de scie sont l’objet de l’attention de tous. Mensuellement,  150 tonnes de ces machines dont une vingtaine de scies à ruban sont produites. L’atelier de montage fait découvrir de nombreuses machines automatiques diverses comme des machines à fabriquer des clous dorés. Une machine étonnante requiert une présentation plus détaillée. Il s’agit d’une machine à peser et mettre au poids net les boîtes de sucre d’un kilo, puis à poser le couvercle à la cadence de 25 paquets par minute. Les morceaux de sucre en excédent sont enlevés avec une pince. Une seconde pesée assure un contrôle fiable. Trois machines de ce type sortent chaque mois de l’usine moulinoise. C’est un monopole Bardet utilisé par toutes les raffineries de France. Une fardeleuse qui groupera 5 paquets et les empaquettera pour ne faire qu’un seul fardeau viendra compléter cet équipement de pointe.

Bardet est aussi titulaire du monopole des machines à paqueter (confection d’un sac en papier simple ou double, remplissage par pesage ou dosage volumétrique, laçage, contrôle du poids, élimination des paquets défectueux, fermeture et étiquetage). Il suffit d’une seule ouvrière pour tout surveiller. Le respect de l’hygiène est souligné car ce travail ne demande pas de manipulation humaine.

 

L’usine Bardet a été créée en 1890 par Jean Bardet natif d’Ygrande. En 1947, sa surface de 10 000 mètres carrés comprend les espaces de fabrication, les magasins extérieurs et des bureaux spacieux. Elle se dote d’un réseau de 20 postes de téléphone intérieur. En 1948, l’installation d’un chauffage par propulsion d’air chaud (frais l’été) est prévue.

Le personnel bénéficie d’un contrat collectif très attractif : salaires importants, trois semaines de congés payés au lieu de quinze jours, fêtes légales chômées et payées, congés payés de deux ou trois jours pour mariage ou décès d’un membre de la famille, primes d’ancienneté, assurances collectives, retraites et aide financière pour la famille en cas de décès.

En plus du comité d’établissement prévu par la loi, des commissions composées d’ouvriers et de représentants de la direction étudient l’amélioration de la production et le bien-être du personnel ainsi que les salaires, les promotions, la discipline. Quatre commissions techniques sont spécialisées dans le fraisage, l’ajustage, les tours et les emplois techniques.

Un service social géré directement par le personnel est subventionné directement par la société grâce à un pourcentage sur les salaires, le chiffre d’affaires et les bénéfices. Les malades et les accidentés perçoivent une indemnité presque équivalente à leur salaire. Une assistante sociale, une infirmière sont présentes en permanence dans l’établissement. Les enfants du personnel peuvent être accueillis dans la colonie de vacances de Lapalisse installée dans une villa avec parc.

Les apprentis sont les bienvenus dans l’usine qui les forme après examen d’entrée (épreuves de culture générale du niveau du certificat d’études primaires) que font passer des spécialistes de l’inspection du travail et un examen psychologique pour déterminer les aptitudes de l’apprenti (attention, volonté, résistance, compréhension, vivacité d’esprit) auxquels s’ajoute un test d’habileté manuelle. Les cours sont dispensés par deux moniteurs pendant trois ans. Les apprentis perçoivent un salaire mensuel de 1 700 francs porté à 5 100 francs dès la fin de la troisième année.

En dehors des heures de travail, les ouvriers ont la possibilité de se former en suivant des cours théoriques et des exercices pratiques donnés par la maîtrise de l’usine.

 

Bardet, fleuron industriel moulinois, n’est pas resté Bardet. Elle est devenue la CIP (Construction industrielle de précision), HEB (Henry Ernault Batignolles) en 1956 et HES (Henry Ernault Somua) en 1962. HES avait des usines à Paris, Cholet, Montzeron, Saint-Denis, Lisieux et Moulins où 500 personnes travaillaient dans les années 1970-1980. De nos jours, c’est la SOMAB (Société mécanique et d'automatisme du Bourbonnais) qui occupe les bâtiments.

 

Louis Delallier

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