Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Une statue de Vercingétorix, un camion de Dion Bouton et des pneus

Publié le 14 Mai 2018 par Louisdelallier

La Vie au Grand air - 15 décembre 1901
La Vie au Grand air - 15 décembre 1901

La Vie au Grand air - 15 décembre 1901

Un camion automobile de Dion-Bouton chargé de pneus Michelin stationne place aux Foires à Moulins (actuelle place Jean-Moulin), le jeudi 23 janvier 1902, pendant que le chauffeur et ses aides mangent au restaurant Dumonceau. Ce n’est pas n’importe quel camion. En effet, c’est lui qui a transporté depuis Paris la statue de Vercingétorix, œuvre d’Auguste Bartholdi, qui trône encore aujourd’hui place de Jaude à Clermont-Ferrand. Les passants n’imaginent pas la prouesse technique développée pour parcourir plus de 400 km avec une charge de cinq tonnes, mesurant 6 m de haut et 4,70 de long.

Après avoir abandonné l’idée du transport ferroviaire ou fluvial, on a constaté que l’utilisation d’un camion serait trop chère. C’était sans compter sur la générosité du constructeur de véhicules, Jules-Albert de Dion-Bouton soi-même, qui offre de convoyer la statue sans frais pour l’Etat. L’un de ses engins est alors adapté pour plus de résistance : plancher plus épais et renforcement des bandages des roues.

Une fois solidement arrimée sur le camion, la statue est conduite au Grand-Palais où se tient une exposition à la gloire de la puissance de la traction automobile dont ce chargement sur roues est une preuve supplémentaire. Nous sommes en décembre 1901.

A environ 12 km de moyenne, il faudra plusieurs jours au convoi (précédée d’une voiture pilote) pour atteindre Montluçon le mercredi 15 janvier, vers 20 h. L’affluence est remarquable dans la cour de l’hôtel du Grand Cerf où le public est admis le lendemain jusqu’à 9 heures. Le convoi prend alors la route de Chamblet, puis celle de Montmarault et de Gannat. Il en repart le 17 janvier à 9 heures et arrive à midi à Riom. A partir de ce moment, un nombre incroyable de cyclistes et d’automobilistes l’accompagne. Après une réception du chauffeur par la municipalité de Montferrand, c’est l’entrée solennelle de Vercingétorix à Clermont. Il est 15h 45. Une demi-heure plus tard, la statue est provisoirement installée dans la cour du palais universitaire, l'actuel rectorat. On assiste aux allocutions du recteur d’académie, du président du comité Vercingétorix et d’Auguste Bartholdi. Les étudiants parcourent les rues en criant « Vive Vercingétorix ! vive l’armée ! ».

Pour déterminer l’implantation définitive de la sculpture, on a l’idée d’en fabriquer une maquette sur roulettes qu’on installe, tour à tour, sur les différentes places de la ville. Les Clermontois, sollicités, choisissent la place de Jaude.

L’inauguration, le 11 octobre 1903, réunit des personnalités gouvernementales de premier plan : Émile Combes, président du Conseil, le général André, ministre de la guerre et Léon Mougeot, ministre de l’agriculture. Le maire de Clermont est alors Louis Renon (natif de Bourbon-l’Archambault). Environ 50 000 personnes sont au rendez-vous dans une ville pomponnée pour l’occasion. Quatre cents chanteurs interprètent une cantate composée par le directeur de l'École normale. Le banquet a été préparé pour 4 000 personnes dans le parc d’artillerie des Gravanches où trois trains ont acheminé les invités. Après La Marseillaise, une ovation de plusieurs minutes est faite au président du Conseil. Le service à table est désorganisé et lent. Le nombre des souscripteurs ayant grossi tardivement, les prévisions de nourriture ont été sous-estimées. Des tables ne voient arriver qu’une partie des plats. Certains convives se rendent aux cuisines pour quémander du pain. Mais cela n’empêche pas l’enchaînement des discours tous plus politiques les uns que les autres.

A 16 heures, messieurs Combes et Mougeot, le préfet et le maire s’aèrent dans le parc de Royat. De leur côté, le général André, le général Girardel et le député Clémentel se dirigent vers Gergovie. Un dîner dit « amical » leur est servi à la préfecture à 19 heures.

Il aura fallu longtemps pour qu’enfin les Clermontois rendent hommage au Gaulois le plus célèbre de l’histoire, leur « compatriote », vainqueur des Romains à Gergovie, tout près, en 52 avant J.C., quelque temps avant la défaite d’Alésia. En 1865, Auguste Bartholdi avait caressé l’idée d’une statue colossale (35 mètres) à Gergovie même. Mais le projet et sa démesure n’ont pas trouvé d’écho favorable. Ce sera donc une statue équestre, plus modeste, pour Clermont-Ferrand. Une souscription nationale et des subventions publiques permettent sa réalisation, Bartholdi ne prenant pas d’honoraires. La sculpture sort de l’atelier parisien Jaboeuf et Rouard en 1901. Pour rappel, Bartholdi est l’auteur de la Statue de la Liberté et du Lion de Belfort, entre autres.

 

Louis Delallier

Commenter cet article

alexandre Cornieux 14/05/2018 17:27

Merci pour votre article passionnant et riche de renseignements .

Delallier 15/05/2018 09:00

Bien que le rapport avec Moulins soit mince, j'ai jugé intéressant de parler de cette statue que nous sommes nombreux à connaître ici. Les comptes rendus dans la presse nationale montrent que son transport et son inauguration furent des évènements. Merci pour votre avis.