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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

La fête du village nègre en juin 1947

Publié le 23 Juillet 2018 par Louisdelallier in Fêtes

Actuel quartier des Mariniers, auquel un coup de neuf a été donné dans les années 80 avec la destruction des taudis et la construction d’habitations dignes de ce nom, ce secteur de la ville de Moulins tenait à la fois du village et de la cour des miracles. Situé entre le Sacré-Cœur et l’Allier, il était occupé principalement par des classes populaires et des personnes en marge de la société qui vivaient de peu. Ces « bas quartiers » étaient surnommés « quartier nègre » peut-être à cause d’un éclairage nocturne très médiocre ou parce que considéré comme exotique par le reste de la population moulinoise.

Ses habitants aiment faire la fête. Et ils le prouvent encore une fois en ce mois de juin 1947. Tout le monde est mis à contribution. Le « café du Bon coin » chez Thévenin, rue de la Fraternité est le lieu où il faut s’inscrire pour participer aux jeux et au corso des bicyclettes fleuries.

Samedi 21, les habitants accompagnés par les pompiers et les trompes de chasse du Rallye bourbonnais défilent dans les rues à la tombée de la nuit pour une traditionnelle retraite aux flambeaux. Après quoi, la foule se répartit sur les parquets-salons montés dans les rues pour danser jusqu’à une heure très avancée.

Le lendemain, dès 10 heures la reine du village, Yvonne Tenant, est couronnée par le maire de Moulins, Henri Gromolard, dont elle reçoit le sceptre de la royauté.

A 15 heures, quatre chars dont celui de la reine et de ses demoiselles d’honneur (Mlles Hélène Muret et Denise Moreau) et celui du roi nègre partent de la place de l’Hôtel-de-Ville pour une parade royale en ville, sous les confettis et les serpentins, avant de rejoindre leur fief où  les cafés, loteries, tirs, baraques et manèges attendent les clients. La fête foraine est un succès car on s’y bouscule presque. Un deuxième défilé se déroule pendant qu’il fait encore jour. La fête se poursuit par des ballets de nuit dont un quadrille des lanciers dansé par les jeunes filles des Tréteaux moulinois. Les cafés tournent à plein régime. Des « margots » sont constatées, mais on considère alors que ces abus de boisson font partie de la détente…

Le lundi 23 et le mardi 24 après-midi sont réservés aux enfants. Une cinquantaine d’entre eux se confrontent amicalement : pots cassés, jeu des ciseaux, jeu de la poêle, course en sac (1er Naudin, 2ème Martinat, 3ème Grunner, 4ème Bougrel), course à la valise (1er Martinat, 2ème Cardeau, 3ème Potin, 4ème Pacaud, 5ème Bougrel), course des poubelleurs.

André Robert, Robert Caumont, Charles Roland, Cotillon, Géniaud se classent aux cinq premières places de la course à pied des moins de 10 ans.

Les lots accrochés au mât de cocagne attirent les convoitises : bouteilles de vin, paquets de cigarettes, saucissons. Surprenants choix de cadeaux pour des enfants ! Autres temps… Ainsi, Joë Bouchat décroche une bouteille, Irène Zara et son frère René un saucisson et une bouteille de vin, le jeune Rodier un paquet de cigarettes,  le jeune Filiâtre un saucisson, Denise Sarrassat, Huguette Parnière, Moreau, Guillemin, Reine Fouquet, Denise Olivier une bouteille chacun.

Le soir de la Saint-Jean, on enterre en grande pompe le roi nègre. Le cortège se forme rue de la Fraternité devant le bar de monsieur Cotillon, président du comité des fêtes. Monsieur Chapelain, cafetier de la place de l’Eperon en prend la tête dans son parfait costume de commissaire des morts. Le corbillard, tiré par un âne, est conduit par monsieur Daniel, marchand de charbon, coiffé d’un bicorne. Il transporte le cercueil recouvert de drapeaux tricolores. Des enfants du village, le visage dûment noirci (autres mœurs…),  portent des torches. La veuve Pélagie* est soutenue par Pierre Thévenin du « Bon coin » et par le sportif Armand Bouculat. La famille est encadrée par la reine, ses demoiselles d’honneur et le comité des fêtes. Tambours et clairons jouent des airs funèbres. A chaque carrefour, les spectateurs, invités à donner leur obole, se montrent généreux. Le cercueil est brûlé devant le bar de l’Allier, café tenu par monsieur Bouculat, rue des Pêcheurs. La fête est finie. Il est alors temps de réfléchir à la suivante.

Le Comité des fêtes remercie chacun pour son implication et sa bonne tenue. Il espère ainsi avoir amélioré la réputation du quartier. Les maisons des familles Bobier et Bonin, rue des Pêcheurs, obtiennent un prix pour la qualité de leur décoration. Les participants du corso fleuri (un vélo-car et deux vélos) sont, eux aussi, récompensés.

 

Louis Delallier

 

* Marius Carry (voir mon article à son sujet) amuse la galerie en tenant le rôle de Pélagie.

Commenter cet article

alexandre cornieux 23/07/2018 17:21

Merci beaucoup pour votre article très riche et qui éclaire ma lanterne : en effet , lors de recherches , et en lisant la presse de cette époque riche sur " le village nègre " , je me suis toujours demandé l'origine de ce village nègre , qui de nos jours aurait une connotation bien péjorative... Comme vous dites fort justement, autres temps , autres mœurs...
Bien cordialement ,
Alexandre

L. Delallier 24/07/2018 11:45

Comme vous, je n'ai pas trouvé d'explication directe sur cette appellation. C'est la tradition orale qui en parlait le mieux. La description de la fête montre que les habitants s'étaient bien approprié ce titre, plutôt méprisant, et en avaient fait leur spécificité et leur fierté.
Merci de votre commentaire.
LdL