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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Le 11 novembre 1918 à Moulins

Publié le 11 Novembre 2018 par Louisdelallier in Guerre 14-18

Monument aux morts 1914-1918/1939-1945 au jardin de la gare à Moulins (Photo Louis Delallier)

Monument aux morts 1914-1918/1939-1945 au jardin de la gare à Moulins (Photo Louis Delallier)

L’évènement a beau s’être passé en pleine nuit, son nom est prononcé par tous dès 9 heures le 11 novembre 1918. L’incommensurable soulagement éprouvé est encore tempéré par l’incrédulité. Pourtant les rues de la ville se remplissent, même si la nouvelle est encore officieuse. Il ne manque plus que la confirmation qui arrive vers dix heures. On comprend immédiatement quand les employées des bureaux téléphoniques et télégraphiques se présentent aux fenêtres de la poste et commencent à chanter l’hymne national.

Plus de doute, l’ARMISTICE a été signé. On y est enfin. L’allégresse grandit de minute en minute jusqu’à atteindre son comble avec l’affichage officiel  devant les agences des journaux et à la préfecture, vers midi. La guerre est finie sur le papier depuis 5h15. Le cessez-le-feu libérateur entrera en vigueur à 11 heures.

Les Cours, le jardin de la gare, les avenues environnantes, la place d’Allier, la rue d’Allier, résonnent des cris de joie et des interpellations entre habitants, soldats en permission ou en convalescence. Les oriflammes aux couleurs françaises sont accrochées aux façades en un rien de temps. Le bleu, le blanc, le rouge semblent éclore sur les vêtements. Le patriotisme s’est invité dans tout Moulins.

À 13 heures, le bourdon de la cathédrale, les cloches de toutes les paroisses dont celle d’Yzeure, d’Avermes, sonnent à toute volée. Monseigneur Penon, évêque de Moulins, entouré de son chapitre et d’au moins deux cents personnes, entre dans la cathédrale pour y prononcer une brève allocution où il magnifie tout à la fois le triomphe, la joie qui en découle, et le sacrifice des soldats. Il prie pour la paix avant que ne s’élève de l’assistance le Magnificat et le De Profundis.

Sous le soleil automnal, l’animation va croissant dans les rues. On voit des soldats blessés recevoir des fleurs, des cigares (denrée rare). On entend résonner les trompettes du 36ème régiment. Les employés de l’atelier de chargement sont déchargés de leur travail tout l’après-midi ainsi que toute la journée du lendemain. Le personnel des hôpitaux fait « relâche » également. Il se joint à la foule bruyante et heureuse qui chante La Marseillaise, La Madelon ou le Tipperary des Anglais. Les Américains ne sont pas oubliés car leur drapeau flotte bien en évidence.

Au fur et à mesure de la soirée, les maisons s’illuminent avec les moyens du bord. La tour du pensionnat Saint-Gilles est éclairée de verres multicolores et d’ampoules électriques. La population peut, sur dérogation du préfet, assister à une représentation cinématographique exceptionnelle ou profiter de l’ouverture des cafés, exceptionnelle elle aussi, jusqu’à 23 heures.

Cette journée de liesse aura été une formidable et brève transition entre quatre années d’une guerre effroyable et des lendemains qui déchantent. Le chantier de la reconstruction humaine, matérielle et économique s’annonce colossal.

Et le douloureux égrènement des noms d’hommes morts au front ou des suites de leurs blessures ne s’arrête pas le 11 novembre 1918. A Moulins, par exemple, entre le 8 et le 16 novembre, meurent les soldats Joseph Biscan, 35 ans, Auguste Just, 38 ans, allemand, Frantz Hovak, 25 ans, américain, Yvan Kostio, allemand, René Giraud, 27 ans, Lucien Chamand, 38 ans et Weuxel Govski, 21 ans, allemand. Et ce sont quelque 11 000 combattants qui sont blessés, fauchés ou qui disparaissent le 11 novembre même, à cause notamment d’assauts décidés par des généraux qui savaient que l’armistice était signé. Pour faire bonne mesure, les morts françaises ont été antidatées au 10 novembre. Il ne fallait surtout pas entacher le 11 novembre.

C’est Augustin Trébuchon qui décroche le titre du dernier mort français quelques minutes avant le cessez-le-feu. Berger lozérien, il avait obtenu l’exemption car chargé de ses cinq frères et sœurs, mais s’est engagé malgré tout. Quatre ans de guerre, Verdun,  le Chemin des Dames, deux blessures, une seule permission et une mort absurde au bout du compte, à Vrigne-Meuse dans les Ardennes, pour avoir dû porter le message suivant : « Rendez-vous à Dom-le-Mesnil pour la soupe à 11h30 ! » qu’il ne lâche pas quand une balle lui transperce le front.

 

Louis Delallier

 

Discours du maire de Moulins, A. Darfour, prononcé le 11 novembre :

« Chers concitoyens,

L’heure du triomphe de la civilisation sur la barbarie vient de sonner. Cette cruelle anxiété qui, depuis plus de quatre ans, étreignait nos cœurs a enfin cédé la place à l’allégresse, à la joie de la victoire.

Grâce en soit rendue à tous, aux soldats et aux chefs, à l’illustre maréchal Foch, au vénéré président du Conseil, ministre de la guerre, M. Clemenceau, à tous nos vaillants alliés et à vous aussi, mes chers concitoyens, qui avez supporté sans faiblesse les difficultés de la vie économique souvent hélas ! insurmontables.

Merci à tous, merci du fond du cœur.

En votre nom, je dis merci à ceux qui, tombés au champ d’honneur, ont donné leur sang à la patrie et contribué ainsi à la victoire, et à vous, pères, mères, épouses, fiancées ! Que cette gloire, dont une part vous revient, soit une atténuation à vos douloureux sacrifices ! ».

Le 11 novembre 1918 à Moulins
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L
Tous mes remerciements moulinois et yzeuriens pour votre avis.
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D
excellentes photos pour illustrer cet article : bravo l'artiste !
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O
Merci pour cet article du 11 Novembre 1918. Ma mere avait 7 ans a l’epoque et m’a raconte cette journee vue de sa maison au 58 de la place d’Allier.
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D
Ce sont des souvenirs de transmission précieux. Je pourrais ajouter quelques phrases venant de vous à cet article si vous le souhaitez.