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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Panique sur le marché de Moulins à la une du Petit journal du 19 avril 1925

Publié le 9 Février 2019 par Louisdelallier in Faits divers

Panique sur le marché de Moulins à la une du Petit journal du 19 avril 1925

Ce 3 avril 1925, premier vendredi du mois et jour de foire, les frères Pierre et Louis Geneste, métayers, partent de bon matin (il est tout juste 5 heures) du lieu Lorain à Couzon distant d’environ 22 km de Moulins. Ils ont attelé au même joug deux bœufs qu’ils mènent à bon port jusqu’en ville où ils arrivent un peu avant 10 heures. L’un des animaux a bien eu une petite frayeur sur le pont Régemortes quand un homme accroupi s’est redressé trop brusquement, mais sa nervosité n’a pas duré longtemps.

Les éleveurs sont nombreux sur le cours à s’interpeller bruyamment, marchander et échanger des têtes de bétail contre du bon argent qui vient gonfler les portefeuilles. L’agitation mercantile n’est pas faite pour apaiser une bête qui sort à peine de la tranquillité de ses repères agrestes.  

Les Geneste font affaire et vendent rapidement leur bœuf sensible. Celui-ci est aussitôt marqué aux ciseaux par son nouveau propriétaire qui l’a attaché à un arbre du cours un sac sur la tête. Après ce traitement tout en délicatesse, l’animal est emmené au milieu d’un troupeau d’où il s’échappe sur le champ. Rattrapé, il est à nouveau attaché à un arbre. Toujours sous le coup d’un profond stress, il rompt sa corde pour se lancer dans une fuite éperdue par les rues et les places.

Il emprunte la place aux Foires (actuelle place Jean-Moulin), la rue des Bouchers, la place d’Allier, la rue du Four, la rue Laussedat, la place des halles où les marchands de vaisselle et de bicyclettes ont à peine le temps d’avoir peur. Pas de casse. Ensuite, le voici qui fonce vers l’hôpital Saint-Joseph (autrefois sur l’actuelle place de Lattre de Tassigny) où on perd sa trace. Un peu plus tard, il est aperçu le long de l’Allier. On le revoit à Nomazy couché dans les herbes, épuisé par sa course.

Un agriculteur du secteur, monsieur Fournier, a l’idée de mener, auprès de lui, des vaches avec lesquelles la bête finit par se diriger vers une écurie où, une fois entré, il est solidement retenu. Vers 16h 30, c’est la tragique fin de son escapade. Il est conduit en voiture à l’abattoir de la place aux Foires.

Il aura renversé plusieurs personnes sur son passage dont quatre devront se faire soigner à l’hôpital Saint-Joseph. Certaines ont été victimes des bousculades créées par la panique.  Parmi celles déclarées, se trouvent :

 

Madame Marie Cantat, 57 ans, 46 avenue d’Orvilliers, visage sérieusement tuméfié.

Madame Marie Cluzel, 75 ans, 36 rue des Bouchers, blessée par un coup de corne dans le bas du dos, soignée d’abord à domicile, puis transférée à l’hôpital.

Madame Mariette Mercadier, 69 ans, domestique 13 avenue Meunier, blessée au visage, plusieurs dents cassées.

Madame Annette Mouriot, 63 ans, de Coulandon, blessée  la tête.

 

Madame Blanchet, 20 ans, rue des Bouchers, contusions dans le dos, commotion nerveuse, 12 jours d’incapacité de travail.

Madame Perrichon, 23 rue Pape-Carpantier, et André Gonzales, 6 ans, pupille de l’assistance publique qu’elle élève, légères contusions tous les deux.

Monsieur Carre, habitant chez  monsieur Lavignon, son gendre minotier à Trévol, une jambe fracturée.

 

Les dangers de la rue n’étaient pas moins sérieux et imprévisibles qu’aujourd’hui, avec la différence notable qu’un animal emballé ou furieux pouvait parcourir plusieurs centaines de mètres, voire plusieurs kilomètres en ne s’encombrant de rien sur son passage.

 

Louis Delallier

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