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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Raoul Doridot

Publié le 13 Avril 2019 par Louisdelallier in Guerre 14-18, Portraits

Ancien pieu du Pont-Ginguet (Photo Louis Delallier)

Ancien pieu du Pont-Ginguet (Photo Louis Delallier)

L’histoire qui suit est une illustration cruelle et ordinaire des dommages dits collatéraux des conflits, des dommages invisibles, pas chiffrés et vite oubliés.

La famille Doridot est composée de Jules et Marie, les parents, et de deux enfants : Raoul, né rue Cante à Moulins en mai 1890, et René né en janvier 1902 à Ferrière-sur-Sichon où Jules Doridot est allé exercer comme percepteur. Le retour à Moulins se fait au 68 rue de Bourgogne. Jules Doridot occupe alors le poste de chef de bureau à la trésorerie générale.

Raoul, devenu clerc de notaire chez Damour, 23 rue des Potiers, part au service militaire le 9 octobre 1911 comme soldat de 2ème classe et passe dans la réserve le 8 novembre 1913. Il a 23 ans. L’avenir s’annonce tranquille, voire favorisé.

Aurait-il pu envisager un seul instant reprendre l’uniforme et cette fois pour combattre ? C’est chose faite le 3 août 1914. Comme tant d’autres, sa vie bascule définitivement. Porté disparu le 20 août 1914 à Sarrebourg, il est signalé comme prisonnier au camp de Lechfeld* en Bavière. Sa fiche de prisonnier indique qu’il sera transféré à Lindau puis à Bernau, toujours en Bavière.

Psychologiquement très fragilisé, Raoul apprend en novembre que sa mère est mourante. Il n’hésite pas à solliciter une autorisation spéciale des autorités militaires allemandes pour se rendre à Moulins dans les plus brefs délais contre la promesse de rentrer au camp dès qu’il aura revu sa mère.

L’autorisation lui est exceptionnellement accordée. Mais à Besançon, les militaires français n’entendent pas le laisser passer comme ça. Un prisonnier libéré temporairement et sur parole par l’ennemi leur semble suspect. La vérification dure trop longtemps. Madame Doridot décède le 8 décembre avant l’arrivée de son fils aîné. Raoul respecte sa promesse et rebrousse chemin vers sa prison de soldat.  

Enfin rapatrié d’Allemagne, le 20 décembre 1918, il est incorporé au dépôt de Moulins le même jour, soit 8 jours après la mort de son père. Les deux frères sont seuls maintenant. Toujours soldat, Raoul passe au 121ème régiment d’infanterie le 22 avril 1919 avant d’obtenir un congé illimité le samedi 9 août 1919. Cela ne signifie malheureusement pas la fin de ses tourments. En effet, son jeune frère meurt le lendemain, chez lui rue Rouget-de-L’Isle.   

C’en est trop pour Raoul qui, après avoir écrit une lettre pour s’expliquer, s’en va jusqu’au pont de fer et se jette dans la rivière. On le retrouve le mardi 12 août retenu par l’un des pilotis, vestiges du vieux pont Ginguet.

La famille des Doridot de Moulins n’est plus. Son dernier représentant ne s’est pas relevé de ce dernier coup du sort. Il n’avait que 29 ans.

 

Louis Delallier

 

*Le camp de Lechfeld détient 9 000 hommes. Il est tellement étendu qu’il faut une heure pour le traverser.

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Alexandre Cornieux 13/04/2019 17:51

Destin dramatique de cette famille moulinoise à jamais disparue et oubliée de tous .Vous évoquez le camp de Lechfeld de Munich , sinistre camp de représailles surnommé le camp de la cage ou camp de la terreur où un Franchessois , comme tant d'autres fût interné 54 mois dès août 1914 pour mourir en janvier 1919 des suites des souffrances endurées dans ce sinistre camp.

a Cornieux 14/04/2019 17:59

Il n'y a rien à ajouter dans votre commentaire , tout est dit.

Delallier 14/04/2019 08:40

Vous avez raison d'insister sur la particulière dureté de ce camp. Votre exemple confirme ces conséquences terribles qui ont conduit de nombreux soldats à une mort volontaire, ou pas, des mois, voire des années après la fin de la guerre, et ce dans l'indifférence générale. Parler d'eux cent ans après est notre manière de leur témoigner de la considération.