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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

1914 : Plâtrier et tailleur, « vieux moulinois » bons pour le service

Publié le 25 Janvier 2020 par Louisdelallier in Guerre 14-18, Portraits

1914 : Plâtrier et tailleur, « vieux moulinois » bons pour le service

Quelques semaines après le début de la Première guerre mondiale, ils sont deux à s’engager malgré leur âge avancé. Impossible pour eux de rester à attendre que les choses se passent.

Le premier s’appelle Jean Baguet. Il est tailleur, rue de l’Epargne. Il est marié à Marie, modiste et il est père de 7 enfants : Henri, Marie, François, Jean, Paul, Joseph et Jeanne, âgés de 31 à 14 ans. Malgré sa nombreuse famille dont certains membres sont encore à sa charge, et malgré ses 61 ans, il est incorporé avec son ancien grade de caporal. Et sans doute à cause des mêmes éléments, il est affecté à l’hôpital militaire de Bellevue à la fin du mois de  septembre. Il ne connaîtra pas les horreurs du front, mais la douleur de perdre son fils Joseph, incorporé au 13e régiment d’infanterie, tué par un obus le 22 septembre 1918 à Benay dans l’Aisne. Joseph était instituteur dans l’enseignement libre et avait 21 ans.

Le second se nomme Jean-Baptiste Morin. Célibataire sans charges, il vit avec sa sœur Julie rue François-Péron. Il a 56 ans et travaille comme plâtrer-peintre chez Petot. Refoulé au centre de Moulins, il se présente à Montluçon où il est reçu par le commandant du bureau de recrutement. Son livret militaire mentionne la campagne de Tunisie en 1881 et son premier prix de tir. La visite médicale n’ayant révélé aucune faiblesse, on l’envoie au 105e régiment à Riom. Là, un examen physique plus approfondi confirme la première évaluation. Il reste cependant un point à préciser. Jean-Baptiste Morin résistera-t-il à la marche ? Il répond qu’il suffit de le mettre à l’épreuve. Et le voici bon pour le service. Il part au front avec la classe 14 vers la fin du mois de novembre. À cause de ses cheveux blancs, il sera moqué par ses très jeunes condisciples qui le traitent de pépère. Mais, le respect remplace les quolibets après qu’il a fait ses preuves au cours du sauvetage d’un groupe de soldats bloqués dans une excavation et obtenu le grade de caporal. Le capitaine Fort de la 63e division d’infanterie traite Jean-Baptiste en frère, lui donne des responsabilités, et, après une affaire difficile, lui annonce qu’il le propose pour « la médaille ». Malheureusement, le capitaine Fort est tué l’après-midi même.

Comme tant d’autres, le caporal Morin enchaîne les batailles : Quennevières, Moulin-sous-Touvent, Berry-au-Bac, Pont de Fontenoy au cours desquelles il se comporte héroïquement en toute discrétion. Il devient le doyen des vainqueurs du fort de Douaumont repris à l’ennemi en février 1916. Le 26 octobre suivant, sa belle énergie patriotique est stoppée par un éclat d’obus au coude qui nécessite une opération et un retour à Moulins à l’hôpital temporaire installé dans le pensionnat Saint-Gilles. C’est à cette occasion que le docteur François Helme fait sa connaissance et lui consacre un long article dans les colonnes du quotidien national LeTemps en novembre 1916, article paru dans de nombreux autres journaux dès le lendemain. Jean-Baptiste Morin y témoigne de son engagement en toute humilité, faisant la part belle à l’un de ses camarades, l’artilleur Chevallier, un autre héros oublié.

À la fin de sa convalescence, Jean-Baptiste Morin regagne son domicile du 9 rue François-Péron et son travail. Il est impossible de savoir de quoi sa vie a été remplie après son retour à la vie civile. Il semble que la croix de guerre et la médaille militaire aient fini par lui être attribuées.

Au début du mois d’octobre 1939, Jean-Baptiste a atteint 81 ans. Mais à peine sorti d’un séjour à l’hôpital, il est découvert mort dans sa chambre. Le commissaire de police Perrad et le docteur Virlogeux procèdent au constat de décès. Aux côtés de Jean-Baptiste, une lettre d’adieu pour  ses amis exprime en même temps ses dernières volontés. Agé et aveugle, il a mis fin à ses jours. La presse locale signale sa disparition et rend hommage, bien trop brièvement, à son engagement patriotique.   

 

Louis Delallier

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