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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

1919-1939, vingt ans d’attente pour le théâtre municipal moulinois

Publié le 18 Octobre 2020 par Louisdelallier

Façade en 2013 - Intérieur en 2020 (photos Louis Delallier)
Façade en 2013 - Intérieur en 2020 (photos Louis Delallier)

Façade en 2013 - Intérieur en 2020 (photos Louis Delallier)

Notre théâtre municipal est resplendissant depuis sa récente restauration. Le temps est loin où la presse se faisait l’écho de son état lamentable.

En mai 1919, une soirée au théâtre permet de remarquer la crasse et la poussière accumulées sur les encorbellements des galeries, les lambeaux de papier arrachés laissant apparaître le plâtre des murs, les banquettes éventrées au parterre dont les Américains de passage emportent un morceau en souvenir…

Les spectateurs assis dans les fauteuils d’orchestre risquent des névralgies à cause des courants d’air. Les artistes ne sont pas mieux lotis car les décors sont tellement abîmés qu’ils peuvent se décrocher à tout instant.

En plus des dégradations dues au temps et au mauvais entretien, suivre le début d’un spectacle s’avère chose difficile. Les piétinements, exclamations, discussions, parfois échanges de propos bruyants avec des retardataires sans gêne conduits par les ouvreuses sont monnaie courante. Par les portes restées ouvertes trop longtemps, on entend les déplacements dans les couloirs et les escaliers.

Un règlement est réclamé à la commission municipale du théâtre pour interdire les arrivées après l’heure, les allées et venues et pour donner à un régisseur général pouvoir de le faire respecter par des amendes si nécessaire.

Juste après cet état journalistique des lieux, P. de Valerno des Grandes Tournées écrit pour se plaindre du délabrement des loges, de l’antique bec de gaz dit « papillon » qui n’éclaire plus, le froid glacial sur scène dû au chauffage défectueux. Il avance que ce n’est pas tant le manque d’argent qui est à l’origine de ce laisser-aller mais la négligence de l’administration. Il réclame lui aussi un régisseur, jeune, actif et sévère précise-t-il, grâce auquel les loges seraient nettoyées et les vitres lavées plus souvent. Cela ferait revenir les troupes qui ont supprimé Moulins de leurs tournées.

Il semblerait qu’on n’ait pas su tirer profit de ces alertes pourtant sans ambiguïté. Plus de 14 ans après, à la fin du mois d’octobre 1931, le même journal déplore la glacière qu’est le théâtre municipal chaque hiver, ce qui réduit le nombre de spectateurs. Le problème du bruit dans la salle provoqué par les déplacements intempestifs ou les claquements de portes n’est pas réglé. Cette fois encore, un directeur de tournées envoie une lettre pour réclamer de meilleures conditions de travail pour ses acteurs.

Est également mise en avant la difficulté rencontrée par les personnes qui ne peuvent acheter plus de trois places pour éviter les abus. Cela oblige les familles de quatre à envoyer deux personnes au guichet. On suggère de porter ce nombre à 5. A ceci, s’ajoute le temps passé dans les files d’attente pour la location car les plages horaires sont mal choisies.

La concurrence du cinéma en plein essor et la qualité médiocre des spectacles sont des facteurs supplémentaires de la baisse de la fréquentation.

En juin 1933, rien n’a changé. Le constat reste que le public moulinois boude son théâtre à la scène trop petite aux décors usés et vieillots, aux prix trop élevés. Les acteurs sont obligés de se maquiller dans un reste de glace accroché dans une seule loge à la limite de la ruine et sont gênés par la poussière qu’il soulève en se déplaçant sur la scène.

Mai 34, presque un an plus tard, Paris-Centre consacre un long article sur la question du théâtre municipal de Moulins qui peut se résumer en une phrase : « tout tombe en ruine ».

Enfin, mai 1937 arrive. Trois projets de rénovation ont été examinés par une commission spéciale qui vient de retenir celui de Jean-Henri Mazon*, architecte vichyssois. Les appels d’offre sont lancés en août 1938 seulement.

En mai 1939, on se félicite du démarrage des travaux dans les temps, mais on regrette le retard pris ensuite pour des questions d’argent. Toutefois, on croit assurément que la fin de l’année verra l’achèvement de l’entreprise. Mais nous sommes en mai 1939…

 

Louis Delallier

* Auteur du marché couvert de Vichy en 1935.

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