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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Novembre 1935 : Croix-de-feu ? Pas Croix-de-feu ? Moulins s’émeut.

Publié le 29 Novembre 2020 par Louisdelallier

Courrier de l'Allier du 11 novembre 1935

Courrier de l'Allier du 11 novembre 1935

Le mois de novembre 1935 est quelque peu agité à Moulins et ses environs. En cause, l’activité de délégués bourbonnais des Croix-de-feu* qui, au goût des socialistes locaux, affichent trop visiblement leur militantisme.

Le vendredi 8 vers 21 heures, 150 Croix-de-feu empêchées de se rassembler à Moulins, font route vers Saint-Menoux dans les voitures qui les ont amenées. Là, un groupe d’auto-défense antifasciste de 100 hommes, rejoints en moins d’une heure par 400 camarades des communes environnantes, les attend pour contrer leur projet « de dictature sanglante » et les contraint par leur nombre à se replier à la villa des fleurs de Bourbon-l’Archambault d’où ils repartent en toute discrétion vers 1h 30.

Une semaine après, le Combat social, hebdomadaire de la fédération de l’Allier du parti socialiste, basé à Montluçon, dégaine une liste d’ennemis du peuple et de la république, adhérents supposés, à l’association des Croix-de-feu. Il les nomme en ajoutant leur profession et leur adresse sans s’assurer de la validité de ses sources.

Le Progrès de l’Allier et le Courrier de l’Allier font paraître aussitôt des démentis formels de certains des Moulinois figurant sur cette liste. Le premier à sortir du bois est monsieur Herbet, gérant du Palais du vêtement, suivi de Pierre Merlet, électricien cours Jean-Jaurès, d’Eugène Topenot, transporteur place de la république, François Blanchet, patron de la fabrique de chaussures, monsieur Coutelard de l’Auto-bar avenue Théodore-de-Banville, P. Chapier, quincailler, monsieur Prugnot, teinturier rue Diderot, Marcel Contier de la Nouvelle Province littéraire, M. Leturcq, marchand de tissus et de chemises, J. Lamy, directeur du Progrès de l’Allier (pour Marcel Régnier ancien directeur politique du journal), A. C. Marconnet, propriétaire du grand hôtel de l’Allier, monsieur Mussier, épicier rue des Couteliers, F. Vivier et ses fils, huiliers place Garibaldi, monsieur Perrier charcutier, G. Gayard quincaillier place Garibaldi et rue Régemortes, messieurs Monin et Gillet, négociants rue du Jeu-de-Paume. On peut imaginer leur colère qu’ils en soient ou non et les conversations en ville que cette publication a suscitées. Tout Moulins est en émoi.

D’autres commerçants, des fonctionnaires, des prêtres, des policiers sont visés également. Il s’agissait de semer le trouble et c’est réussi. Les Croix de feu moulinoises répondent, par article interposé afin de toucher un large public, que les politicards et les francs-maçons sont à la manœuvre. Elles crient à leur liberté d’opinion bafouée et en profitent, au passage, pour rappeler leurs valeurs d’ordre, d’honnêteté, de courage, leur amour du vrai travail et de la patrie.

« Citoyens français ! La patrie est en danger, venez nous aider à la sauver ; l’ennemi est dans nos murs ; nous vaincrons avec les honnêtes gens ou nous succomberons ensemble, tous, riches, pauvre, ouvriers, paysans, patrons, anéantis par Moscou !!! »

Le malaise est partout. A titre d’exemple : un journal aurillacois, le Socialiste, est condamné,  fin décembre, à 16 francs d’amende avec sursis et un franc de dommages et intérêts à chacune des personnes qu’il a citées dans ses colonnes comme faisant partie des Croix-de-feu. Ce ne sera pas le cas du Combat social qui reconnaît devant le tribunal son erreur et admet que sa bonne foi a été « surprise ». A la mi-mars 1936, il publie dans ses colonnes un rectificatif concernant les cinq personnes qui avaient déposé plainte contre lui : messieurs Topenot, Chabrier, Étienne, Blancher et Bourdier.

Dans la région moulinoise, ces remous n’ont pas dégénéré malgré des mobilisations musclées d’hommes prêts à en découdre.

Au moment où des commerçants niaient dans la presse appartenir aux Croix-de-feu, les maisons Bathelet et Buvat en ont profité pour publier des démentis tout aussi formels...

Démenti formel

Des bruits tendancieux laisseraient croire, devant le succès obtenu par les nouveaux appareils PHILPPS, que les Etablissements BATHELET et Cie ne seraient pas en mesure de satisfaire les vrais amateurs de belle réception. Un marché de plus de 300 appareils pour la saison 35-36 nous permet un approvisionnement largement pourvu de tous les modèles.

Démenti formel

Contrairement aux bruits qui circulent, la musicalité et la sélectivité restent l’apanage de PHILIPS, le plus grand constructeur de radio du monde. Et. BATHELET et Cie, distributeur officiel et station-service Philips à Moulins, 19 rue du 4-Septembre

Démenti formel

Contrairement aux bruits qui ont pu circuler, la maison Paul Buvat, 32, rue de Paris, en face du Lycée Banville, ne vend pas que des meubles genre ancien. Ses vastes galeries, nouvellement organisées, lui permettent d’exposer un choix important d’ameublements modernes, chambres et salles à manger de puis 1 500 [francs]. Venez, vous serez émerveillés.

Une manière humoristique et opportune de se faire de la publicité !

 

Louis Delallier

 

*L'association des Croix-de-Feu, ou association des combattants de l'avant et des blessés de guerre cités pour action d'éclat, est créée en 1927 par le colonel François de La Rocque. D’abord mouvement d'anciens combattants français de la Grande Guerre nostalgiques de la fraternité des tranchées, elle devient une organisation politique nationaliste. Son programme contient, notamment, le renforcement de la défense nationale face au danger allemand, la collaboration entre le capital et le travail. La Rocque ne va toutefois pas dans le sens de l’activisme anti-républicain des ligues d'extrême droite. Ses propositions en matière d’action sociale présentent une certaine proximité avec celles du Front populaire et séduisent une partie de la classe ouvrière qu’il parvient à mobiliser en nombre. Le mouvement représente un danger politique et son mode de fonctionnement peut s’avérer dangereux. On y retrouve des aspects communs aux ligues d’extrême-droite comme la discipline, la centralisation, le secret des délibérations et un service d’ordre, mais aussi des différences comme l’absence d’uniforme et d’armes.   

Ces constats conduisent le Front populaire à dissoudre les Croix-de-feu en 1936. Le Parti social en prendra le relais jusqu’en 1940.

 

 

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Louis 29/11/2020 14:52

Très interessant.Merci