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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Paul Herblay, un artiste parisien au service de Moulins et du Bourbonnais

Publié le 29 Mai 2021 par Louisdelallier in Portraits

Paul Herblay, un artiste parisien au service de Moulins et du Bourbonnais

Pour décorer leurs vitrines du premier de l’an 1927 et attirer la clientèle, les Nouvelles galeries, rue d’Allier, ont eu recours à Paul Herblay, artiste moulinois, dont le talent n’a plus à être démontré.

Pour cette occasion, il a reproduit le terrain de rugby du football club moulinois au Pré-Bercy avec les hauteurs d’Avermes et sa chapelle à l’arrière-plan. On y voit 22 joueurs (il doit donc s’agir d’un match de foot) dont certains roulent au sol ou se battent évoluer devant des spectateurs, au visage bouffi et aux yeux uniformément bleus. L’arbitre, les commissaires de jeu, le président du club, le buffetier, personne n’est oublié. Moulins mène au score.  

Paul Herblay, de son vrai nom Paul Hascher Hirschmann, est né à Saint-Mandé dans le Val-de-Marne le 25 janvier 1876 et fut élève de l’école des Beaux-Arts de Paris. Il épouse*, le 25 mars 1919 à Paris 9e, Andrée, sténo-dactylographe, fille du sculpteur-marbrier moulinois Paul Moretti et de Marie, née Jugeat. En 1921, les époux Hirschmann-Herblay vivent 6 place de la bibliothèque à Moulins (actuelle place Marx-Dormoy).

Le gendre et le beau-père entament une collaboration artistique pour la conception des monuments aux morts de Franchesse (1921), Gennetines (1921), Villeneuve-sur-Allier (1922) dans l’Allier et Mers-sur-Indre dans l’Indre.

Paul Herblay est l’auteur de peintures pour l’église de Paray-sous-Briailles dont il présente la maquette et un pastel du chœur surmonté d’une tête de Christ à l’exposition artistique de Moulins en mars 1925. Il y produit également un pastel intitulé « La Mer » et des éléments de décor de théâtre.

Au cours de cette même année 1925, il est mis à contribution à plusieurs reprises pour des divertissements tels que la revue « Moulins bouge ! ». À un journaliste venu l’interviewer au théâtre alors qu’il monte et remonte sur son échelle pour terminer ses décors cubistes aidé par des apprentis, il répond  « Moulins bouge, Moulins veut secouer son manteau d’indolence ; et rien n’est bon comme le cubisme pour secouer la cervelle ! Les spectateurs qui comprendront, ceux qui ne comprendront pas riront, car s’ils viennent à « Moulins bouge » c’est pour s’amuser. Ils riront les uns des autres, ils riront de leur bonne ville, de leur bon Jacquemart, et ils riront de ce bon cubisme que Paris avait inventé pour nous épater mais que j’ai fait moulinois pour les faire rire. »

Le 17 mai, les Moulinois venus voir le gymkhana reconnaissent sa patte dans la maison de la « mère Boutenfle », vieille amie de « Moulins Bouge ! ». Pour la fête des AGMG (Association générale des mutilés de guerre) le 14 juin, il réalise le moulin de la Belle Meunière. En octobre, à l’occasion du retour de Jacquemart fêté dignement, la maquette du beffroi et quelques chars sont signés Paul Herblay**.

En 1927, il est nommé officier de l’instruction publique et, toujours bourbonnais, il défend avec vigueur le patrimoine de son département d‘adoption. Cela le conduit à l’écriture d’un conte lyrique et féérique en deux parties et trois tableaux, inspiré du folklore moulinois : La Meunière de Bréchimbault (édité en 1931 chez Crépin-Leblond à Moulins).

La famille Herblay-Hirschmann-Moretti semble avoir pris le chemin de Lyon en 1932 puisqu’on trouve une société anonyme « Maison Moretti », fabriquant des chapeaux au 21 rue Longue, dont les administrateurs sont mademoiselle Marcelle Moretti (belle-sœur) et Paul Hirschmann-Herblay. C’est là que je perds la trace de Paul*** jusqu’à son décès le 20 janvier 1963 à Lyon 6e.
 

Louis Delallier

*Sa première femme, Jeanne-Rosalie Wolf, couturière, a monté sa propre entreprise « Wolf et Kogan », 25 rue de la Boétie à Paris, avec Sroul Kogan, couturier. En 1927, elle la transforme en maison de haute couture, fourrures et lingerie qui prend le nom de « Georges et Janin » dont Joséphine Baker sera une des clientes et ambassadrices.

**Voir mon article : Jacquemart : en 1925, quatre mois d’absence et un retour fêté avec éclat.

***Son frère, Henri (Saint-Mandé 1872 - Paris 1961) fait une brillante carrière de compositeur sous le pseudonyme d’Henri Herblay après avoir été élève d’André Gédalge et de Jules Massenet au conservatoire de Paris. Il remporte le prix Rossini en 1893 pour un oratorio sur le Juif errant Ahasvérus, puis en 1894 le prix Crescent de l’Académie des Beaux-Arts pour son opéra-comique : L'Amour à la Bataille. Il met aussi en musique des poèmes de Jean Richepin, Sully Prudhomme, etc.

Sa création la plus remarquée est La Petite Bohème créée le 19 janvier 1905 au théâtre des Variétés à Paris. On lui reconnaît un talent original et une vraie compétence pour adapter ses œuvres à la scène. Cela lui vaut d’occuper la première place des musiciens de son époque et quelques décorations officielles comme la légion d’honneur et le titre d’officier de l'Instruction Publique (comme son frère) notamment.

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