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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Du pittoresque dans la rue

Publié le 17 Octobre 2021 par Louisdelallier in Faits divers

Bureau de tabacs, rue des Potiers, en 2014, fermé depuis (Photo Louis Delallier)

Bureau de tabacs, rue des Potiers, en 2014, fermé depuis (Photo Louis Delallier)

Autrefois, la rue était bien davantage le lieu de scènes étonnantes ou de petits évènements plus ou moins plaisants comme en témoignent les quelques anecdotes rassemblées ici.

 

Le 11 avril 1888, un mercredi, vers 13 heures, déambulent à Moulins une ribambelle d'enfants dont la moitié à moins de 5 ans et quatre fillettes âgées de 12 à 16 ans accompagnant trois marengotes* de belle taille, peintes en vert et décorées. Deux des véhicules sont tirés par des chevaux faméliques et le troisième par un homme et deux jeunes filles aux pieds nus. Des fenêtres latérales, on aperçoit des visages enfantins un peu barbouillés. Il s'agit de trois familles qui se présentent comme alsaciennes et fabricantes de corbeilles et de chaises rustiques. Elles sont quelque peu envahissantes à cause de leur insistance auprès des passants qu'elles croisent et à qui elles espèrent écouler leur marchandise faite de bois tordus récoltés dans les vignes.

 

Paquet, qu'on qualifie de simplet, est un adepte des courses à pied du vélodrome. Il est souvent la cible des railleries. Ce qui lui arrive ce mercredi 20 mars 1895 est de fort mauvais goût. Vers 18 heures, des garçons bouchers qui n'ont rien de mieux à faire l'entraînent à boire des absinthes bien corsées avant de le convaincre de courir dans le quartier. Pour que la blague soit plus amusante encore, ils lui enlèvent veste, gilet et chemise, lui recouvrent le torse et le visage de suie avant de poser sur sa tête une peau de lapin fraîche qu'ils accrochent sous son menton avec une cordelette. Et le voici qui s'élance sur la place aux Foires, puis dans la rue des Pêcheurs. Les enfants le suivent bruyamment. Le désordre engendré est tel que le sous-brigadier Fargue s'en mêle. Il ramène Paquet à la raison et l’accompagne chez lui pour éviter que tout ça ne finisse mal. Les garçons bouchers ont disparu sans demander leur reste, mais sans doute très satisfaits d’eux-mêmes.

 

Au tout début du mois de juin 1899, et pendant plusieurs jours, c'est un homme âgé qui marche dans les rues pour faire la démonstration d'un appareil muni d'une manivelle actionnant de minuscules pantins qui s’agitent drôlement. Un zouave barbu porte un bouquet. La reine Victoria fait des pirouettes. Louise Michel discourt avec exagération. Bismarck et Félix Faure sont aussi de la partie à côté de scieurs de long qui scient inlassablement, de navires qui voguent, d'une guillotine qui tranche et de cavaliers. Les enfants ne quittent pas d'une semelle le colporteur. Une vieille femme s'exclame " eh bé, a sont dégourdis ce petit monde !" Des messieurs sérieux préfèrent rire sous cape.

 

Vendredi 25 février 1910, il est presque 13 heures. Etienne Durand, en costume de velours vert, se presse chez le buraliste de la rue des Potiers. Il est convoqué au tribunal de la rue de Paris et n'a guère de temps devant lui. Dans sa hâte et son énervement, il heurte de l'épaule la vitrine du bureau de tabac qui se brise à ses pieds. Au marchand qui se précipite, il jette un rapide et déconfit : « Faites replacer votre machin et, tout à l’heure, j’viendrais vous payer ». Il arrive au tribunal en courant.

« J’suis t’y pas en retard au moins ? » demande-t-il inquiet aux journalistes qui attendent que les comparutions commencent.

« J’ai tous les malheurs possibles et imaginables. Figurez-vous que j’venais pour un procès et qu’en entrant au bureau de tabac d’à-côté, j’ai foutu par terre toute la devanture. C’est une journée qui va m’coûter gros. »

Pour avoir chassé avec des engins prohibés dans les bois du comte de Chabannes à Trévol, il écopera d'un mois de prison, 100 francs d’amende (399 euros) et 30 francs de dommages et intérêts auxquels il convient d'ajouter 20 francs pour la casse.

 

Le dimanche 1er octobre 1911, vers minuit et demi, Jean Marin, dit l’ « homme-fakir », rentre du casino du Dauphin où il est statue vivante certains soirs. Dans la rue des Tanneries où il habite, deux hommes accostent sa femme qui marche à quelques pas devant lui. Jean Marin intervient aussitôt. D'échanges verbaux musclés, on passe vite aux coups. Puis, des détonations retentissent qui mettent les habitants de la rue dans tous leurs états. On se précipite aux fenêtres, aux portes. Et on apprend que Jean Marin n'a fait que se servir de son révolver d'artiste chargé à blanc avec lequel il a réussi à impressionner ses agresseurs en tirant en l'air. Ce sont deux bitumiers employés aux travaux de la gare qu’on identifie sans problème.

 

Louis Delallier

*Déformation de maringote qui est une petite voiture tractée par un ou plusieurs chevaux, ordinairement suspendue, garnie de barreaux sur les côtés avec des bancs mobiles. Ce nom vient de Maringues dans le Puy-de-Dôme, où ces voitures ont d’abord été fabriquées. On peut encore en voir dans la baie du Mont Saint-Michel.

**Peut-être Jean Marin, le jeûneur, venu s’exhiber dans un cercueil à Moulins en été 1902 (voir mon article à son sujet) et cet homme-fakir ne sont-ils qu’une seule et même personne.

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C
Très beau texte, j'apprécie beaucoup et je me suis régalé de vous lire
Bien amicalemenT
AC
Répondre
L
Merci à vous !