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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Poisson d’avril de la part de M. Lemice-Terrieux

Publié le 1 Avril 2022 par Louisdelallier

Photo Louis Delallier

Photo Louis Delallier

Le poisson d’avril est un sujet qui plaisait aux journalistes. Dans le Courrier de l’Allier des dernières années du XIXe siècle et au moins jusqu’à la Première guerre mondiale, ils le traitent chaque année avec constance et parfois longuement. C’est un rituel bien ancré à cette époque. En témoignent les vitrines des buralistes, papetiers et libraires qui exposent deux semaines avant la date fatidique des poissons de toutes sortes, de cartes avec dédicaces et illustrations de plus ou moins bon goût à expédier à qui l’on veut faire une blague. Les clients se pressent à la sortie des bureaux ou des ateliers et les ventes s’envolent.

Les facteurs redoutent le tri et la distribution de ce jour qui équivalent à ceux des vœux de début d’année. En 1908, le receveur principal de la poste de Moulins recrute des employés auxiliaires pour seconder les titulaires qui, de de 4 à 8 heures, doivent manipuler des milliers de ces lettres ou petits colis destinés à amuser ou pas leurs destinataires. En effet, si pour certains c’est l’occasion d’envoyer un mot humoristique ou gentil

Cherchez au fond de votre cœur

Le nom de l’envoyeur

Devinez qui vous l’envoie,

Vous saurez qui vous aime

d’offrir un souvenir, pour d’autres il s’agit de satisfaire une petite vengeance sous couvert d’insolences anonymes.

En 1900, la mode des lettres-convocations, des citations judiciaires semblent disparaître. Elles faisaient se déplacer inutilement les crédules à la poste, au commissariat ou au tribunal. Dans le monde du travail, ce sont souvent les plus jeunes qui font les frais des blagues. Les apprentis peuvent être chargés de rapporter l’échelle à poser les plinthes, la pierre à affuter les pinceaux, la clef du champ de manœuvre, la ligne de mire chez les militaires, la corde à couper le vent chez les paysans, l’huile de coude ou la solution de continuité chez les pharmaciens.

Cette tradition qui a traversé les siècles a connu quelques exemples qu’on s’est longtemps transmis comme des modèles du genre.

Joseph-Clément de Bavière (1671-1723), électeur de Cologne, en visite en France, invite la population de Valenciennes à venir écouter son sermon du 1er avril. Le jour dit, il monte en chaire avec toute la dignité que lui confère sa position dans l’Eglise, fait le signe de croix, salue l’assistance et s’écrie « poisson d’avril ! » avant que les musiciens présents dans les tribunes ne lui répondent avec leurs instruments. Sur ce, il redescend et disparaît.

Le 1er avril 1846, à la suite de l’annonce parue dans l’Evening star du 31 mars 1846, les curieux qui se rendent à l’exposition d’ânes dans la salle d’agriculture d’Islington comprennent bien vite qu’ils sont à la fois les visiteurs et les visités !

 

Louis Delallier

 

Voir aussi mon article sur Banville (31 mai 2017), mystificateur malgré lui.

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