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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Le connétable de Bourbon, Mme Bargheon de l’Hôpital et Étienne Picheret

Publié le 3 Août 2025 par Louisdelallier

Donjon de Gayette

Donjon de Gayette

Sur la rive droite de l’Allier à 34 km au sud de Moulins, Montoldre abrite le donjon de Gayette, vestige du château féodal élevé de 1430 à 1440 par les frères Ymbaud Nesmaud, écuyer, et Jean Nesmond, curé de Trézelles. Le pont-levis, les tours et la muraille d’enceinte ont disparu depuis longtemps quand il est donné en 1694 aux religieux de l'ordre de Saint-Jean de Dieu de la Charité pour y fonder un hôpital. Des bâtiments pour accueillir vieillards, malades et orphelines, une chapelle sont progressivement construits, un jardin est aménagé. Les lieux ont conservé leur destination au cours des siècles puisqu’une maison de retraite y est toujours en activité.

Et, à tout seigneur, tout honneur ! C’est là que Madeleine de Gayette, épouse de François de Boucé, chambellan d’Anne de Beaujeu, reçoit régulièrement le connétable Charles III de Bourbon qui venait chasser sur les terres proches. Sa dernière visite, la nuit du 6 au 7 septembre 1523, revêt une importance cruciale. Elle constitue l’aboutissement d’une série d'affronts et de jalousies de la part de la Couronne qui ont rendu sa position intenable. C’est ainsi qu’un émissaire d’Henri VIII d’Angleterre est attendu pour la signature d’un traité permettant l’arrivée d’Anglais en Picardie et l’invasion par le sud des armées de Charles Quint. Seulement cette stratégie militaire tourne court et le connétable doit fuir poursuivi par les troupes de Jacques II de Chabannes au service de François 1er. Il se réfugie à Chantelle avant de rejoindre Charles Quint en Italie. Il mourra pendant le siège de Rome en 1527. Madeleine sera arrêtée et enfermée au château de Moulins pendant un an.

A l’autre bout de l’échelle sociale et quatre siècles après, à l’âge respectable pour l’époque de 89 ans deux pensionnaires finissent leurs jours à Gayette dans la plus grande discrétion. Ils n’en ont pas moins un lien avec l’histoire de France.

La première est Catherine Bargheon (ou Barghon) de l’Hôpital, née le 18 février 1832 à Mariol. Le Courrier de l’Allier fait part de son décès le 5 mars 1921 en indiquant qu’elle serait la dernière descendante connue de Michel de l’Hôpital*. Couturière au moment de son mariage avec Marien Ferrier, journalier, en août 1853, elle est recensée en 1906, toujours à Mariol, comme femme de ménage. Elle est veuve et ne sait ni lire ni écrire.

Mais son ascendance remonte bel et bien directement vers Michel de l’Hôpital même s’il est impossible de franchir le temps entre lui et le plus ancien ancêtre retrouvé de Catherine. Il se nomme Gilbert de l’Hopital, seigneur de la Roche, Montbardon et autres lieux, écuyer. Son fils, né en 1634 à Chaptuzat a eu pour fils Jean François de Lhopital, né en 1681 à Chaptuzat, lui-même père de François de Lhopital, écuyer, né en 1722 au même endroit. Vient ensuite Jean-François de L’hôpital, né en 1760 à Luzillat, marié à Catherine Pouzerat le 8 juillet 1819 à Luzillat dont la fille, Françoise L’hôpital, était la mère de Catherine.

Le deuxième est Étienne Picheret qui meurt à l’hospice le 23 juin 1922. Cultivateur originaire de Bayet, il a 20 ans lorsqu’éclate la guerre de Crimée opposant, de l’automne 1853 et jusqu’au traité de Paris le 30 mars 1856, l’empire russe à une coalition entre l’empire ottoman, la France, le Royaume-Uni et le royaume de Sardaigne. Étienne participe à toute la campagne de Crimée. Il prend part à la bataille de l’Alma, sous les ordres du général Pierre Bosquet, au terrible assaut de la tour de Malakoff** et à la prise de Sébastopol après un siège de onze mois. Revenu sain et sauf, il se marie en novembre 1864 à Varennes-sur-Allier avec Marie Besson dont il aura un fils, Jean Baptiste, puis après son veuvage, il épouse avec Marie Peulon. Cinq autres enfants naîtront : Marie, Jeanne, Jean, Jacques et Jean. Le Journal du Cher du 6 juillet 1922 fait de lui le dernier soldat français de Sébastopol qui était encore en vie.

 

Louis Delallier

* Michel de L'Hospital, né entre 1503 et 1507, au château de la Roche à Chaptuzat près d’Aigueperse, est décédé le 13 mars 1573 au château de Belesbat à Boutigny-sur-Essonne dans l’Essonne. Son père, docteur en médecine faisant partie de l’entourage proche du connétable de Bourbon, le suit dans sa fuite vers l’Italie. Michel de l’Hospital fut conseiller au parlement de Paris et chancelier de France sous les règnes de François II et Charles IX. Il milite pour l’unité et la tolérance civile avant et au début des guerres de religion. Il a également à son actif des réformes judiciaires et administratives dont l’édit de Moulins signé en février 1566 par le roi Charles IX à Moulins. Il s’agit d’une réglementation du domaine royal considérée comme une source du domaine public. En plus de ses talents politiques, Michel de l’Hospital est reconnu pour son œuvre poétique.

**Le fameux « J’y suis, j’y reste » y aurait été prononcé par le général Patrice Mac-Mahon, futur président de la République française. Il était alors au sommet de la tour où il avait planté son épée et le fanion de la première division française. Un officier anglais venait de le prévenir que la tour était minée. Le sol de la forteresse sera creusé et les fils électriques découverts sectionnés.

Ce rappel historique est l’occasion de citer Florence Nightingale, infirmière britannique, qui s’illustrera au cours de cette guerre. Elle est à l’origine de progrès notables dans le domaine de l’hygiène, de l’asepsie et de la ventilation qui réduiront rapidement le nombre de décès des soldats hospitalisés. De retour en Angleterre, elle continuera sa croisade pour une conception sanitaire des hôpitaux. Ceci n’est qu’une réduction de l’œuvre déterminante qu’elle a accomplie malgré l’immobilisme et les idées reçues dans le domaine de la santé.

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