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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Trente contre trois, du jamais vu à Moulins !

Publié le 30 Novembre 2025 par Louisdelallier in Faits divers

Le Courrier de l'Allier du 15 mars 1906

Le Courrier de l'Allier du 15 mars 1906

Après un 14 juillet 1906 dignement et calmement célébré en ville, la fête de la place de la Liberté, le lendemain dimanche, se termine dans le sang. Il est près de 23h 30, on s’amuse et l’ambiance ne semble pas sur le point de retomber quand les trois agents de police moulinois, Batret, Mercier et Guillaumin jeune, sont alertés par des échanges verbaux peu amènes provenant de la place des Halles à quelques dizaines de mètres. Deux hommes ivres se battent ou plutôt l’un des deux assène des coups de pied dans le ventre de l’autre en le tenant par une jambe. Les policiers tentent naturellement d’apaiser les esprits. La médiation est efficace sur l’homme malmené qui décampe sans plus attendre. L’autre, ivre autant d’alcool que de colère, se retourne contre la force publique avec force coups de pied, injures, jusqu’à une tentative de morsure. Il est bon pour le poste. C’est alors qu’une trentaine de rôdeurs, « mauvais sujets » en tout genre, décide d’intervenir pour libérer leur camarade. Très remontés, ils font cercle autour des agents, tapent sans discernement et finissent par les mettre à terre. Un sous-officier et un soldat d’un régiment de chasseurs dégainent leur épée pour intimider les agresseurs tout en demandant à d’autres militaires de les aider. Peine perdue ! Un soldat prévient : « Si vous prêtez main-forte aux flics, vous aurez affaire à moi ! ».

Néanmoins, les policiers qui n’ont pas lâché leur prise se relèvent après beaucoup d’efforts et se dirigent avec lui vers la rue d’Allier. Mais ils n’en n’ont pas fini avec l’adversité. Près de la maison Carrier (quincaillier) en construction au n°14, un malfaisant crie au prisonnier de se baisser car lui et sa bande vont assommer les agents. Aussitôt, des briques prélevées sur le chantier tombent en rafale. Jean Batret et Mercier sont blessés à la tête. Guillaumin reçoit en plein front une brique qui se casse sous le choc. Il s’effondre à genoux et perd beaucoup de sang. Cela ne l’empêche pas de suivre courageusement au commissariat ses collègues encadrant l’individu interpellé. Ce n’est qu’après qu’il est soigné à la pharmacie Thévenin, puis reconduit chez lui fiévreux et souffrant.

Le principal accusé, Henri Jacquet, 19 ans, journalier, est écroué à la Mal-Coiffée où il est vite rejoint par Jean Lenugue, 21 ans, tailleur de pierre, arrêté chez lui, et par Eugène Delorme, 19 ans, journalier, qui s’est rendu.

Les trois hommes, au passé détestable, qualifiés de dangereux sont traduits en justice dès le 18 juillet. Les agents Batret et Mercier déposent sur l’arrestation de Jacquet et la violence de la bande de malfrats à leur encontre. Louis Guillaumin va mieux, mais ne peut pas encore sortir de chez lui à cause de sa blessure au front. Il a également le pouce gauche luxé par un coup de pied de Jacquet.  

Tous les rôdeurs de Moulins étaient là. Malheureusement dans l’obscurité, nous n’avons pu reconnaître que Lenugue et Delorme très violents expliquent-ils. Le Président Boutal suggère que les rues étaient mal éclairées. Le ministère public M. Dormand, substitut du procureur de la République, se saisit de la perche qui lui est tendue en répondant qu’elles ne l’étaient même pas du tout, comme à l’ordinaire.

Les accusés se défendent avec une mauvaise foi tout à fait attendue. Jacquet affirme ne se souvenir de rien. Ses acolytes, sobres au moment des faits, soutiennent s’être conduits comme tout le monde… et n’avoir qu’un peu bousculé les agents. Ces arguments n’ayant convaincu personne, ils écopent respectivement de deux et un mois de prison.

Ce fait divers particulièrement marquant vaudra à Louis Guillaumin, déjà titulaire d’une médaille de bronze, une médaille d’argent de 2e classe et à ses collègues Batret et Mercier des mentions honorables pour leur dévouement au maintien de l’ordre public.   

 

Louis Delallier

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