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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

La Revalescière, remède miracle en vente aussi à Moulins

Publié le 6 Novembre 2016 par Louisdelallier

En 1884, l’épicerie parisienne Madoré et Chopin, fondée en 1875, située au 49 de la place d’Allier, à l’angle avec la rue Paul-Bert, ne vend que des marchandises de premier choix et ne trompe jamais le consommateur sur la qualité et sur la quantité. Elle assure pratiquer la vérité dans son commerce. Malgré leurs certitudes affichées, les épiciers en question acceptent, comme leurs confrères et nombre de pharmaciens partout en France, en Angleterre et en Suisse notamment, d’être les dépositaires des produits de La Revalescière.

La Revalescière, remède miracle du XIXème siècle et du début du XXème, a satisfait des dizaines de milliers d’utilisateurs, si l’on en croit les témoignages publiés. Une brochure titrait : 70 000 cures de maladies rebelles à tout autre traitement. Voilà une publicité sans détour qui a tout de l’attrape-nigaud, mais qui a su traverser les années sans véritables détracteurs. En 1884, le nombre passe à 100 000 !

Le premier nom de la Revalescière était la Revalenta, du verbe latin revalescere qui signifie reprendre des forces. Un nom porteur d’espoir qui a dû être remplacé par celui de Revalescière parce qu’il était la contrefaçon d’Ervalenta (du latin ervum « ers » et lens « lentille »), produit précédemment créé par le médecin anglais Warton.

C’est un de ses compatriotes, le docteur du Barry de Londres, qui prend la relève en créant une substance alimentaire à partir de farines de lentilles, de pois, de maïs, de haricots, de sorgho additionnées de sel marin, de gruau d’avoine et colorée avec une teinture de cochenille (Grand dictionnaire universel, tome 13).

Il n’hésite à proclamer que son traitement, agréable au goût et facile à préparer, rend une santé parfaite sans médecine, sans purgation, sans lavements, sans frais qui économiserait  mille fois son prix en d'autres médications. Les journaux sont inondés de sa publicité bavarde et détaillée. En voici un extrait :

La Revalescière rend la santé parfaite à l’estomac, aux nerfs, aux poumons, foie, glandes, vessie, reins, cerveau, sang et muqueuses, ainsi que l’appétit, bonne digestion et sommeil rafraîchissant, guérissant les mauvaises digestions (dyspepsies), gastrites, gastro-entérites, gastralgies, constipations habituelles, hémorroïdes, glaires, flatuosités, ballonnement, palpitations, diarrhée, dysenterie, gonflement, étourdissement, bourdonnements dans les oreilles, acidité, pituite, maux de tête, migraine, surdité, nausées et vomissements après repas ou en mer, même en grossesse, douleurs, aigreurs, congestions, inflammations des intestins et de la vessie, crampes et spasmes d’estomac, insomnies, fluxion de poitrine, étouffement, toux, oppression, asthme, bronchite, phtisie (consomption), dartres, éruptions, abcès, ulcérations, mélancolie, nervosité, dépérissement, rhumatisme, goutte, fièvre, grippe, rhume, catarrhe, échauffement, hystérie, névralgie, épilepsie, paralysie, les accidents du retour d’âge, chlorose, vice et pauvreté du sang, faiblesse, sueurs diurnes et nocturnes, hydropisie, diabète, gravelle, les désordres de la gorge, de l’haleine et de la voix, les maladies des enfants et des femmes, les suppressions, le manque d’embonpoint, de fraîcheur et d’énergie nerveuse. Cet aliment est également préférable au lait et à la panade pour élever les enfants et pour fortifier les faibles de tout âge. Il raffermit les chairs en absorbant l’excès de graisse des personnes affaiblies ou  boursouflées.

La Revalescière chocolatée du Barry, dix fois plus nourrissante que le chocolat ordinaire, cet aliment exquis purifie le sang, fortifie et tranquillise les nerfs et le cerveau et rend les chairs fermes. Purifié par des machines spéciales de tout ce qui échauffe dans e cacao, ce chocolat convient aux personnes les plus délicates et aux enfants de faible complexion ; il rend l’appétit, bonne digestion et sommeil rafraîchissant aux plus affaiblis, même à ceux qui ne peuvent pas digérer le chocolat ordinaire.

Les biscuits de Revalescière rafraîchissent la bouche et l’estomac, enlèvent les nausées et les vomissements, même en grossesse ou en mer.

Non seulement, le docteur du Barry affirme que la Revalescière vient à bout de toutes ces complications de santé, des plus banales aux plus graves, mais il ajoute des témoignages incroyablement louangeurs et divers, tous certifiés bien évidemment. Mademoiselle Gallard, rue du faubourg Saint-Martin à Paris, se dit en convalescence d’une phtisie incurable grâce à la Revalescière !

Le correspondant de La gazette du Midi donne de bonnes nouvelles du pape Pie IX qui absorbe de la Revalescière à chaque repas à l’exclusion de tout autre remède.

La marquise de Bréhan a guéri d’une hépatite après sept ans de « marasme » et une tristesse mortelle.

Le duc de Pluskow a vaincu une gastrite.

Monsieur Baldwin souffrait horriblement de l’estomac, de constipation, paralysie des membres et de la vessie suite à des excès de jeunesse. C’est fini.

Lord Stuart de Decies, pair d’Angleterre, le docteur-professeur Wurzer, l’un des enfants du docteur F. W. Beneke, professeur en médecine à l’université de Marbourg, la duchesse de Castelstuart, Ernest Catté, musicien au 63ème de ligne à Verdun revivent.

Madame Marie Joly est débarrassée de 50 ans de constipation opiniâtre, d’insomnie.

Monsieur Gauthier à Luzarches n’a plus de constipation, perte d’appétit, catarrhe, bronchite.

Monsieur Roberts et sa phtisie avec vomissements, sa constipation et sa surdité de vingt-cinq ans, l’abbé Meyffret et sa laryngite, ses malaises dans tous les membres, monsieur Lacan et ses 7 ans de paralysie des jambes, des bras et de la langue ne savent plus ce que veut dire être malade !

Etc.

Il est curieux de constater que les mêmes exemples de guérison sont repris dix ou vingt ans plus tard.

On sait que George Sand buvait de la Revalescière notamment la nuit lorsqu’elle travaillait à ses romans. Flaubert en parle dans Madame Bovary en 1856 : « Il n'abandonnait point la pharmacie ; au contraire ! Il se tenait au courant des découvertes. Il suivait le grand mouvement des chocolats. C'est le premier qui ait fait venir dans la Seine-Inférieure (...) de la revalentia. »

Et dans Bouvard et Pécuchet en 1880, il écrit : « Je crois plutôt à la sottise du peuple. Pense à tous ceux qui achètent la Revalescière, la pommade Dupuytren, l'eau des châtelaines, etc. Ces nigauds forment la masse électorale, et nous subissons leur volonté ».

En 1867, un autre écrivain, Jules Moinaux, père de Georges Courteline, tente de révéler directement la vérité au public, en vain.

Beaucoup plus tard, en 1916, la maison du Barry va jusqu’à utiliser la Croix-Rouge en affirmant que son hôpital de Loudun dans la Vienne fait une grande consommation de Revalescière pour les patients. Le Petit Parisien, à plusieurs reprises dans l’année, publie des propos tenus par la présidente de la Croix-Rouge, la générale Doutrelaye, locale et le docteur Magé, médecin-chef : « Nous employons beaucoup votre Revalescière. Elle fait le plus grand bien à tous nos hommes anémiés ».

Voici ce qu’en dit La Revue de la Pharmacie en 1974 : « Médicalement contestée dans l'antiquité, mais prônée par Ambroise Paré, la lentille subit une longue éclipse jusqu'à ce qu'au XIXe siècle elle procure la fortune à l'Anglais Barry du Barry, sous un nom plus prestigieux il est vrai : celui de Revalenta, puis de Revalescière, sous lequel cet ingénieux charlatan fit de la farine de lentille une panacée. »

Prix en 1875
Boîtes en fer blanc : 250 g/2 francs - 500 g/4 francs - 1 kilo/7 francs - 12 kilos/60 francs
Biscuits : boîtes à 4, 7 et 60 francs
Revalescière chocolatée : boîtes de 12 tasses/2,25 francs - 24 tasses/4 francs - 48 tasses/7 francs - 576 tasses/60 francs, soit environ 10 centimes la tasse
 

Louis Delallier

 
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