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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

La gare aux bateaux : du patinage au moto-cross

Publié le 18 Janvier 2020 par Louisdelallier in Sport

Photo Louis Delallier

Photo Louis Delallier

Le froid vif et persistant a gelé l’eau de la gare aux bateaux* sur une épaisseur suffisante pour résister au poids des patineurs. En ce début décembre 1889, les amateurs de glisse sont nombreux à se croiser, se recroiser, tenter des arabesques inédites pour épater la galerie ou s’épater soi-même. Les chutes font partie de l’amusement sauf, peut-être, pour Thomas Carter, fils de l’entraîneur des écuries d’Avermes, pris en charge par le docteur Guéneau pour une fracture du bras gauche.

Monsieur Sausse, renommé à Moulins pour ses fêtes de charité, concocte dans l’urgence une soirée patinage pour le lundi 9 à 20 heures. En effet, chaque hiver, il faut profiter des bonnes conditions de température et ne pas attendre le dégel.

Ce soir-là, quelque cent patineurs, portant chacun la lanterne réglementaire, virevoltent avec plaisir malgré le vent trop fort. De temps à autre, ils allument des feux de Bengale en plus de leurs lanternes multicolores. La fanfare du 10e chasseurs assure l’ambiance musicale. Mais malgré tous ces efforts, les spectateurs, pourtant nombreux, reprennent progressivement le chemin de leur domicile pour s’y abriter de la tempête glaciale. 

La météo très hivernale ne fait pas que des heureux (et je ne parle pas ici des difficultés rencontrées par les démunis pour se chauffer correctement). On relève plusieurs personnes victimes du verglas dans les rues de Moulins. Rue Girodeau, c’est une laitière contusionnée et et un employé du Petit génie, monsieur Blin de la rue de Bourgogne, qu’on ranime. Puis on le laisse attendre ses enfants pendant deux heures assis sur le trottoir… Rue des Potiers, c’est un jardinier de la maison Mézard qui chute et, rue Regnaudin, c’est la concierge du lycée de filles.

La fête du patinage de janvier 1893 est pilotée par un comité composé de pas moins de 17 membres. Monsieur Pajot (Poterie de la Madeleine) en est président, Léon Barillet, vice-président et Georges Barillet secrétaire. A ceux-ci s’ajoutent messieurs Aubanel, Sionnet, Galinotti, Rondepierre, Voisin, Prud’homme, Grenaud, Frédet, de La Boissière, Charmeil et Stemer.

Le samedi 21 janvier à partir de 20 heures, les patineurs, munis de leur lanterne personnelle, prennent possession de la gare aux bateaux après avoir passé le contrôle aux grilles du pont Régemortes. Des braséros ont été installés pour les moins endurcis qui pourront venir s’y réchauffer. Illuminations, buffet, service d’ordre par les militaires du quartier Villars, animation musicale par des soldats trompettistes, tout a été pensé pour réussir l’évènement qui génère quelques bénéfices pour les pauvres.

A la mi-décembre 1899, les premières vraies gelées ramènent les sportifs à la gare aux bateaux, des hommes surtout et quelques femmes qu’on qualifie d’aussi intrépides que les hommes. Des bébés sont de  sortie dans des traîneaux. Pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir les patins à glace en vente dans les quincailleries moulinoises, il reste les sabots de bois. Solution qui autorise moins l’élégance et la maîtrise des glissades, mais permet de bien s’amuser quand même.

Comme toujours en période de grand froid, le verglas surprend quelques piétons au détour d’une rue et occasionne fractures, luxations et autres traumatismes. En quelques jours, un ouvrier teinturier de 40 ans, deux jeunes filles dont une de 14 ans, madame Blanc, 68 ans, se retrouvent les quatre fers en l’air sur le trottoir.

Ces intempéries donnent lieu à une plaisante anecdote le lundi 18 décembre. Vers 18 heures, la charrette d’un maraîcher de Chaveau est bloquée rue de l’Horloge. L’âne dérape et ne peut plus grimper la pente. Après plusieurs essais inutiles, le charretier pose ses chaussettes de laine pour en recouvrir les sabots antérieurs de son âne. Les passants observent, curieux du résultat. Mais la bête n’a encore pas assez d’appui pour avancer. Qu’à cela ne tienne, un riverain secourable propose une paire de chaussettes en coton pour les pattes arrière et le tour est joué. L’attelage poursuit sereinement son chemin vers l’écurie.

La rivière aussi est bien gelée. Les maîtres d’hôtel, les bouchers et tous propriétaires de glacières y font des réserves pour conserver au mieux leurs victuailles. Il leur arrive aussi de casser la glace de la gare aux bateaux pour compléter leur approvisionnement. Et cette glace réduite en petits morceaux rafraîchira l’eau des carafes pendant les journées chaudes. Heureux consommateurs moulinois qui ont bu l’eau de la gare aux bateaux !

 

Louis Delallier

 

*Située à la Madeleine. Ouverte officiellement à la batellerie en 1840, elle était conçue pour abriter jusqu’à 200 bateaux. Elle est utilisée pendant une dizaine d’années seulement. Ensuite, elle fait le bonheur des patineurs et des pêcheurs pendant des décennies. Asséchée, elle est devenue un terrain de moto-cross toujours actif.

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