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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Deux « types » moulinois, Jean Branlant et Louis Martiniaux

Publié le 23 Janvier 2022 par Louisdelallier in Portraits

Moulins et le pont Régemortes

Moulins et le pont Régemortes

Lorsqu’un de ces hommes mourrait la presse locale titrait « Encore un type qui disparaît ». Il s’agissait de personnes qui exerçaient un métier les amenant à déambuler dans les rues, (marchands d’oublies, de coco, raccommodeurs de porcelaines, de parapluies, etc.) ou qui défrayaient la chronique et auxquelles la population s’était plus ou moins habituée.

En ce début décembre 1903, notre homme se nomme Jacques D. Il vient de mourir au Belvédère à Yzeure, autrement dit à l’hôpital spécialisé dans les troubles mentaux. Il avait 57 ans et n’exerçait pas de véritable profession.

Surnommé Jean Branlant à cause d’un tic qui lui donne un mouvement continuel de balancier, il avance dans la vie de façon très chaotique et ne se rend pas sympathique. Veuf de Marie Duché, journalière en 1894, il épouse Marguerite  de 26 ans sa cadette à qui il va faire mener une existence maritale bien rude. Entre les naissances de leurs deux fils (Jean en 1895 et Louis en 1899), il se fait tristement remarquer de ses voisins de la rue des Garceaux. Vers 7 heures, le 11 juillet 1896, il s’en prend violemment à Marguerite qu’il finit par mettre dehors avant de tout casser chez eux. La rumeur affirme à tort qu’il s’est suicidé.

Trois ans plus tard, le vendredi 23 juin 1899, le commissaire de police qui passait par là vers 8 heures repêche Jean dans le bassin de la fontaine de la place d’Allier où il s’était jeté. Une fois au sec, il explique à sa façon qu’il a voulu se « chouichouider » parce que sa femme ne l’aime pas assez et qu’il recommencera.

Il tient parole car à la fin du mois suivant, il tente vraiment d’en finir en voulant se noyer dans l’Allier. Sa femme, enceinte de leur 2e fils, et un agent de police parviennent à l’en dissuader. L’après-midi, il retrouve sa place favorite dans l’avenue nationale (entre la gare et le théâtre) où il a pris ses habitudes pour mendier, son chapeau à la main. Il fait bon accueil aux journalistes venus s’entretenir avec lui. Il est loin alors de son comportement insistant ordinaire avec les passants, comportement toléré par la police compte tenu de son handicap.

En juin 1900, il met de nouveau sa vie en danger dans l’après-midi du dimanche 3 en se jetant de la fenêtre au 1er étage de sa maison de la rue du Manège après une formidable scène conjugale. S’il est presque indemne physiquement, il n’en va pas de même de son moral. En effet, il ne lui faut pas deux heures pour aller « se périr » dans la rivière tout proche. Au moment où il monte sur le parapet du pont Régemortes, un témoin l’oblige à redescendre. Les personnes présentes l’encouragent à retourner chez lui, ce qu’il accepte, entouré d’une ribambelle d’enfants plus moqueurs que compatissants. 

Et sa situation va de mal en pis. A la fin du mois d’août, un lecteur du Courrier de l’Allier s’inquiète de son devenir et éprouve de la pitié malgré son comportement parfois odieux. Il regrette qu’il n’ait même pas le gîte et le couvert comme les vagabonds. On découvre qu’il a été expulsé le 24 juin et qu’il dort dehors parmi ses meubles. Les voleurs ne s’en sont heureusement pas encore pris au peu qu’il possède. Ce lecteur propose de mettre au moins le mobilier à l’abri de la pluie dans l’un des magasins de la ville.

La dernière apparition publique de Jean Branlant date du mardi 1er décembre 1903, dans l’avenue Nationale, qu’il ne quitte guère alors. Très courbé, maigre, yeux creux, il ne va pas bien. Il refuse avec l’énergie qui lui reste d’entrer à l’hôpital où il aurait perdu sa liberté. C’est pourtant là qu’il termine sa difficile existence, quelques jours après Louis Martiniaux, journalier décédé à l’hôpital Saint-Joseph d’une congestion pulmonaire à l’âge de 74 ans.

C’était un autre « type » dont l’une des particularités était de fouiller les tas de cendres dans les rues à la recherche de morceaux de charbon. Louis n’était pas violent, il contestait simplement, mais trop, ce qui l’avait conduit à perdre tous ses biens et à s’en prendre sans relâche aux juges, avoués et notaires qu’ils accusait d’être responsables de sa ruine. On lui reconnaissait une certaine intelligence et on appréciait son rôle dans les réunions publiques où il savait mettre de la gaité.

 

Louis Delallier

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