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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Les inexplosibles sur l’Allier

Publié le 29 Septembre 2013 par Louisdelallier

Les inexplosibles sur l’Allier

Les inexplosibles sont des bateaux à vapeur de 38 mètres de longueur, 3 mètres de largeur et 1 mètre de profondeur. Le diamètre de leur roue à aube est de 2,90 mètres. L'appellation "inexplosible" est destinée à rassurer les voyageurs, car la machine à vapeur n'est pas sans danger. Et, malheureusement, des explosions d'inexplosibles se sont produites. Ce ne fut pas le cas pour ceux de l’Allier.

L’un des premiers inexplosibles à relier Moulins à Nevers est le « Sully » qui descend l’Allier les jours impairs et remonte les jours pairs au début de l’année 1840.

Le comte de l’Estoile, ex-officier de Saint-Cyr, qui s’est distingué lors de la prise d’Alger en 1830 et qui a quitté l’armée pendant le règne de Louis-Philippe est à l’origine d’une société locale de transport fluvial. Il souhaite suivre l’exemple du baron de Luchaire qui, en 1839, a fondé la « société des inexplosibles de Basse-Loire ».

Les statuts de la Compagnie des bateaux à vapeur de Moulins sur l’Allier, la Loire et autres lignes, société de navigation entre Nevers, Moulins et Vichy, sont déposés chez Maître Watelet, notaire à Moulins, par le comte de l’Estoile le 27 février 1840. Le capital est de 140 000 francs soit 280 actions de 500 francs chacune. Voyageurs et marchandises seront transportés par des bateaux à vapeur entre Nevers et Moulins. Un premier prolongement est envisagé jusqu’à Vichy, un autre de Nevers à Decize jusqu’à Digoin voire jusqu’à Roanne.

Un traité de non concurrence est signé avec la société des inexplosibles de la Haute-Loire.

Extrait : Physiologie d'un Moulinois d'Alfred Meilheurat, 1842 - dessin L. Moretti

Extrait : Physiologie d'un Moulinois d'Alfred Meilheurat, 1842 - dessin L. Moretti

Annonce de la Compagnie des Inexplosibles 1840

Annonce de la Compagnie des Inexplosibles 1840

La société de navigation moulinoise commande deux bateaux à l’usine de La Rochejacquelin de Nantes. Le comte de l’Estoile y passe l’été 1840 à suivre les travaux de l’ingénieur Vincent Gâche auteur du brevet déposé en octobre 1836 et associé au marquis de La Rochejacquelin. L’ouverture de la ligne est annoncée pour le 1er octobre 1840. La gare d’eau se situe près du pont Régemortes sur la rive droite de l’Allier.

Le service entre en fonctionnement dès la fin de 1840. Deux bateaux, l’ « Allier » et le « Bourbonnais » circulent après avoir été bénis le 29 septembre 1840 par le curé de Saint-Nicolas (Sacré-Cœur aujourd’hui). Chacun comprend un salon et un boudoir. Une commission de surveillance des bateaux à vapeur sera créée par le Préfet de l’Allier en avril 1841.

Un bateau pouvant contenir jusqu’à 150 passagers parti de Moulins à 6 heures arrive à Decize à 17 heures après un arrêt au Veurdre. Le voyage de retour de Decize à Moulins commence à 5 heures et se termine vers 17 ou 18 heures. La vitesse à la descente est de 18 à 20 km/h. Elle est réduite de moitié pour remonter la rivière. Le prix de passage varie suivant la classe. Un voyage Moulins-Nevers coûte 5,50 francs en première et 2,50 francs en seconde. A Nevers, la correspondance avec le bateau d’Orléans est possible. Pour atteindre Orléans à 160 km de là, il en coûte 15,50 francs en première et 10,50 francs en seconde. Les départs ont lieu les lundi, mercredi et vendredi et les retours les mardi, jeudi et samedi.

Mais, l’Allier étant une rivière imprévisible, les ensablements de bateaux sont fréquents et les horaires de plus en plus difficiles à tenir. Les chiffres baissent et l’entreprise devient déficitaire. En effet, en 1841 elle a transporté 21 229 voyageurs et seulement 9 758 en 1844. Le tonnage des marchandises reste un peu plus stable. Il passe de 600 tonnes en 1841 à 400 en 1843.

Le nombre des escales est étendu en vain : Villeneuve, Port-Barreau, Le Veurdre, Mornay, Apremont, le Guétin et le Bec d’Allier. A partir de 1842, le trajet Nevers-Decize est abandonné et il ne reste que Moulins Nevers. On veut aussi ajouter Vichy au nombre des destinations. Mais, un seul bateau remonte l’Allier et s’enlise quatre ou cinq fois avant d’y arriver. Sa quille usée par les cailloux doit être refaite. Il faut attendre une crue, soit plus de deux mois pour faire revenir le bateau à Moulins.

Une histoire connue à Moulins est celle de la grand-mère de l’historien bourbonnais G. Morand qui raconte son retour par eau de Paris à Moulins en 1842. Il lui avait fallu 38 heures pour aller de Moulins à Paris en diligence. C’est pourquoi, au retour, elle embarque à Orléans sur un « inexplosible » avec un billet direct pour Moulins. Jusqu’à Nevers où elle dort, aucun problème n’est rencontré. Elle repart à bord de l’inexplosible « Bourbonnais ». Le bateau est trop lourd, les eaux trop basses. Au Guétin, il s’ensable. Il faut six paires de bœufs pour le dégager. A Villeneuve, il accroche à nouveau à la tombée de la nuit. Les voyageurs ont le choix de coucher à bord sur les banquettes ou de continuer vers Moulins par des moyens de fortune. Il est impossible de trouver des voitures. La voyageuse décide de faire à pied les trois lieues qui restent.

Ces difficultés et déboires conduisent à la mise en liquidation de la Société en 1845. L’unique bateau resté en service est racheté par la société des inexplosibles de la Haute-Loire qui continue d’assurer la correspondance Nevers-Moulins encore quelque temps avant de fusionner avec la société des inexplosibles de la Basse-Loire. La gare d’eau a été transférée sur la rive gauche à La Madeleine en aval du pont Régemortes. Ce lieu porte encore le nom de gare aux bateaux.

Mais, le service cesse complètement le 1er juin 1851.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Au 30 juin 1847 : 12 445 voyageurs et 710 tonnes de marchandises

Au 24 avril 1848 : 7 044 voyageurs et 629 tonnes de marchandises

Au 31 mars 1849 : 4 670 passagers et 400 tonnes de marchandises

Au 15 juillet 1850 : 1 637 passagers et 106 tonnes de marchandises.

Le chemin de fer, arrivé à Moulins en 1853, aura aussi raison des inexplosibles dont la période faste ne dépassera guère une vingtaine d'années. Sur d'autres rivières comme la Seine, c'est la création de canaux, en plus du chemin de fer, qui provoquera leur déclin. Les écluses sont trop étroites pour les grandes roues à aubes, et, de plus, le temps de passage augmente beaucoup la durée du voyage.

Un autre inexplosible, le Château-Robert, construit en 1892, circulera sur l’Allier entre Vichy et Saint-Yorre.

Louis Delallier

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