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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

De Moulins à Rio, Hector Chomet, ami d’Aimé Maillart

Publié le 23 Octobre 2013 par Louisdelallier

Médecin, insurgé, exilé, écrivain, chanteur d’airs d’opéra pour les lézards, maire, président de conseil général pendant quelques minutes…

Antoine Joseph dit Hector Chomet est né le 17 mars 1808 à Moulins, place d’Allier. Il se tourne vers la médecine et achève ses études à Paris en 1832 par la soutenance d’une thèse sur la rhinoplastie.

Il publie plusieurs écrits professionnels.

En 1836, chez Ledoyen à Paris : La santé des femmes.

En 1846, chez Garnier frères : Conseils aux femmes sur leur santé et sur leurs maladies.

En 1849, chez Desrosiers à Moulins et Germer-Baillière à Paris : Le choléra-morbus, ses causes, sa marche, ses symptômes et son traitement d'après les faits observés en 1832 et 1849.

En 1851, on le retrouve à Marseigne, commune de Jaligny où il exerce comme médecin. Il est marié avec Alexandrine Charlotte Surmulet épousée à Tannay dans la Nièvre en 1850. Il est à noter qu’un des témoins de son mariage est Pierre Martin Dupoyet, son beau-frère, qui sera maire de Moulins.

Une vie semble-t-il tranquille, mais qui va se trouver profondément modifiée par le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la IIe république.

Un groupe de Républicains bourbonnais constitué de notables, d’artisans et de paysans principalement venus du Donjon et de Jaligny se soulève et marche vers Lapalisse, alors sous-préfecture. Le 4 décembre, la ville est entre leurs mains. Le juge de paix, le maire, quelques fonctionnaires et le sous-préfet sont faits prisonniers. Le sous-préfet Antoine de Rochefort parvient à prendre la fuite. Les insurgés distribuent des fusils, de la poudre et des balles. Un combat a lieu devant la mairie contre les gendarmes arrivés en renfort au cours duquel l’un d’entre eux est tué. Les révoltés prennent Jaligny et tentent de marcher sur Moulins. Mais, la garde nationale met fin au soulèvement et procède aux arrestations. Le 7 décembre, le calme est rétabli dans les communes.

Au mois de mars 1852, des commissions mixtes se réunissent dans chaque département concerné. Dans l’Allier, on compte une dizaine de condamnés à la déportation à Cayenne, six condamnés à mort en fuite, 2 condamnés aux travaux forcés, 3 femmes poursuivies, 202 condamnés à la transportation. Les biens des condamnés sont mis sous séquestre conformément à l’arrêté du 18 décembre 1851 signé par le Général Eynard.

En quoi le Docteur Chomet est-il concerné par ces événements ?

Il est considéré comme le chef des sociétés secrètes et de l'organisation socialiste du canton. Il est accusé de s’être placé à la tête de l'insurrection et d’avoir procédé lui-même à l'arrestation du maire de Jaligny. La commission mixte départementale reconnaît en lui l’un des 4 ou 5 hommes les plus dangereux de l'arrondissement de Lapalisse. Elle le condamne à la transportation en Algérie (Algérie plus).

Il choisit alors l’exil volontaire en Suisse, en Belgique, puis au Brésil où il s’installe à Rio-de-Janeiro, 136 rue de Sabao. C’est là que son fils Emile naît le 11 mai 1863.

Ses différents lieux de séjour expliquent peut-être pourquoi l’un des témoins figurant sur l’acte de naissance de son fils est Eugène Riffard, « conseil général de la confédération suisse ».

Hector Chomet continue d’exercer et devient membre de l’académie impériale de médecine de Rio.

A son retour en France, il réintègre sa ville natale. En mars 1871, il offre l’hospitalité à son ami Aimé Maillart, compositeur de musique, qui a quitté Paris pour fuir les bouleversements liés à la Commune. En 1872, il habite toujours Moulins, 9 rue Saint-Martin (actuelle rue de Lyon) avec sa femme et son fils.

En 1873, le voici conseiller général de la Nièvre. Il affiche alors les titres suivants en bonne place dans son nouveau livre sorti en 1874 :

Membre de l’académie impériale de médecine de Rio-de-Janeiro

Membre de la société médicale de l’ancien 5e arrondissement de Paris

Ex-membre de la junte d’hygiène de département de l‘Allier

Ancien administrateur des hôpitaux et hospices de Moulins

Membre du conseil général de la Nièvre.

Hector Chomet, Effets et influence de la musique sur la santé et sur la maladie, 1874. Avant-propos

Hector Chomet, Effets et influence de la musique sur la santé et sur la maladie, 1874. Avant-propos

Ce livre de 256 pages traite des effets et de l’influence de la musique sur la santé et sur la maladie et sera traduit en anglais, la même année. Les recherches d’Hector Chomet ne font pas l’unanimité. En effet, dans le grand dictionnaire universel du XIXe siècle Larousse, ce livre est jugé comme « pas assez sérieusement fait et ne valant guère qu’une simple mention à titre de curiosité ».

Et, dans Le Temps du 9 mai 1874, une longue analyse critique ne lui fait pas de cadeau. Les phrases suivantes en sont extraites :

« Ce qu’il y a d’amusant c’est de voir la conviction qui anime ce petit traité. L’auteur s’est donné la peine de rechercher un grand nombre d’exemples ; c’est la partie intéressante du livre. Le reste n’est que pure fantaisie déguisée sous un ton doctoral ».

« J’arrive à l’espèce humaine. Ici l’auteur témoigne d’une confiance qui va jusqu’à la candeur ».

Les lignes parues dans La Revue du 1er octobre 1902 confirment cette candeur :

« Le Dr H. Chomet, s’étant mis un jour dans une forêt à chanter un air d’opéra italien, se vit entouré de petits lézards qui le regardaient avec des manifestations de plaisir ». L’auteur de l’article cite ensuite le Docteur Chomet soi-même : « Ces lézards charmés, fascinés peut-être, dit-il, semblaient prendre à ces sons une volupté si vive que, pleins de confiance en moi, ils ne s’effrayèrent plus de mes mouvements peu brusques il est vrai, et qu’ils me permirent d’approcher, tout près d’eux, ma main comme pour les toucher ».

Ses études sur le terrain et son ingénuité apparente ne l’empêchent pas de remplir ses mandats électoraux puisque, en mai 1876, il est toujours conseiller général et aussi maire de Saint-Pierre-le-Moûtier. Il est domicilié au hameau de Marcigny à Saint-Pierre-le-Moûtier avec femme et enfant.

Les registres des délibérations du Conseil général de la Nièvre nous apprennent qu’au cours de la séance du 22 août 1881, il est élu à la majorité des suffrages président du Conseil général de la Nièvre, présidence dont il démissionne quelques minutes après pour raisons de santé. Il a alors 73 ans.

Il meurt à son domicile parisien 52 rue du Colisée dans le 8e arrondissement, le 14 mai 1884.

Qu’est devenu son fils, Emile Chomet ?

Il continue d’habiter la maison familiale du hameau de Marcigny. Et, bon sang ne saurait mentir, ou utilité des relations paternelles, il devient conseiller municipal de Saint-Pierre-le-Moûtier en 1892 et maire en 1900. il restera maire jusqu'en 1932. Au cours de son premier mandat, il ne se fait pas que des amis. En effet, La Croix du 28 août 1904 rapporte que l’abbé Aubé, curé doyen de Saint-Pierre-le-Moûtier s’est vu supprimer son indemnité concordataire pour avoir lu en chaire l'arrêté du maire Chomet interdisant les processions et avoir donné communication de sa propre lettre accusant réception de l’arrêté…

La carrière politique d’Emile Chomet se poursuit avec son élection au conseil général de la Nièvre en 1901. Sénateur radical socialiste de la Nièvre du 11 janvier 1920 au 5 janvier 1924, il ne sera pas réélu.

En sa qualité d’agriculteur éleveur, il accumule plus de 400 récompenses et 100 premiers prix dans les concours agricoles. Il est, tour à tour ou en même temps, membre de l’académie d’agriculture de France, membre du conseil supérieur de l’agriculture, membre du conseil supérieur des livres généalogiques, Président du syndicat des éleveurs nivernais, Président du syndicat des éleveurs de la race chamoise, Président d’honneur de la société d’aviculture, Chevalier du mérite agricole, Officier de l’Instruction publique. Il est fait Chevalier de la légion d’honneur le 8 janvier 1910.

Marié à Maria d’Almanza Gosse de Gorre, il aura un fils, Henri, né le 3 août 1889 à Saint-Pierre-le-Moûtier. Emile Chomet décède le 2 juillet 1936.

Henri, petit-fils d’Hector Chomet siégera lui aussi comme conseiller général de la Nièvre. Il sera Directeur de la Revue du centre.

Louis Delallier

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