Le cyclisme a le vent en poupe. Et le Vélo-club moulinois (VCM) également. Il profite de la belle saison pour planifier des épreuves sur route dont la variété, espère-t-il, suscitera de nombreux engagements. L’une d’elles présente l’originalité de pasticher le Tour de France. Son nom ? Le Petit tour de France ! rien de moins ! Ce sera le premier d'une longue série.
Dix étapes avec 300 francs de prix au total et cent-quinze kilomètres (qui atteindront les 140 en bout de course), ça se tente. C’est ainsi que les trois catégories (professionnels, touristes routiers et vieux) trouvent des amateurs recrutés parmi les membres honoraires, actifs, et invités. Le secrétaire du club, Louis Forgeroux, par ailleurs agent d’assurances La Séquanaise, 22 rue de la Flèche, reçoit les inscriptions comprenant le déjeuner au restaurant Raffutin de Lurcy-Lévis. Qui le souhaite peut en supplément de l’engagement à 10 francs débourser 30,75 francs pour une assurance (à la Séquanaise peut-être...). L’engouement est tel que l’autocar de M. Weber est réquisitionné pour les promeneurs qui souhaitent profiter sans efforts de ce dimanche 9 septembre 1923 et des sites merveilleux traversés.
Pour entretenir un certain suspense, on annonce un sprint final entre jeunes, déjà connus du public moulinois, et vieux. La fourchette d’âge de 16 à 50 ans exige des anciens un difficile entraînement quotidien. Des informations transpirent sur leurs performances : G. et Ch. ont réussi 80 km à belle allure, S. et V. ne se ménagent pas (jusqu’à 28 km/h pour l’un des deux), D. qui pédale dans la discrétion offre de beaux espoirs, T. parcourt le circuit en 4h 47, M. et E. alignent 100 km en 3h 55. Du côté de Vichy, on parie sur F. et P.
Pour se rapprocher du vrai Tour de France, chacune des étapes comprendra un quart d’heure d’arrêt, dès l’arrivée de la voiture-balai, en guise de journée de repos. A Lurcy-Lévis, toutefois, deux heures seront octroyées pour bien prendre le temps de déjeuner.
Le départ est donné à 7 heures, avenue de la Gare à Moulins, à soixante participants hommes et femmes à bicyclette, moto, sidecar ou automobile. Ils sont attendus aux contrôles par MM Bonnet, Dadole, Reby, Moreau frères et la Société vélocipédique de Lurcy-Lévis.
Chevagnes 7h45-/8h
Lucenay 8h 30/8h 45
Dornes 9h15/9h 30
Chantenay 10h/10h 15
Le Veurdre 10h 45/11h
Lurcy-Lévis 11h 30/13h 30
Pouzy-Mézangy 13h 45/14h
Franchesse 14h30/14h 45
Saint-Menoux 15h30/15h 45.
A Moulins, la sonnerie des trompettes de l’Echo moulinois annonce l’approche des coureurs qui ont un retard de trois-quarts d’heure sur les prévisions. La ligne d’arrivée est placée en face de la gare. Les contrôleurs Arnoux et Rouher, vice-présidents du VCM, Pinaud et Mus (remplaçant Forgeroux absent) sont à leur poste. Il est 17h 15 lorsque le premier homme fait son entrée.
Professionnels : Jean Teston-Vigne (4h 5’ 20’’) - Voisin (4h 8’ 30’’) - Laporte (4h 12’ 30’’) - Vallette et Cottet ex-aequo (4h 12’ 50’’) - Descharnes - Lassard - Giron - Libéron - Lamouche - Colin - Donjean - Lahais et Brochot ex-aequo - Vincent - Corond.
Vétérans : Gaucher (4h 32’ 10’’) - Georges (4h 48’ 40’’) - Vincent (5h 1’ 10’’) - Pinaud (6h 13’) - Dépalle (6h 26’).
Il est reconnu un bel effort aux vétérans dont certains n’auront pas réussi d’autre exploit que de terminer la course. Il est précisé que Teston-Vigne roule sur cycle Svelte équipé de pneus 20e siècle. Cette information récurrente doit faire partie d’un contrat avec cette marque* qui sponsorise de nombreuses épreuves. Le VCM a d’ailleurs organisé le grand prix Svelte au départ de Moulins, passant par Montluçon et arrivant à Vichy, le dimanche 1er juillet précédent.
Louis Delallier
*Entreprise fondée en 1899 par M. N. Lévy. Ces bicyclettes sont fabriquées par la Société manufacturière d’armes et de cycles de Saint-Étienne. Dans les années 1920, la marque devient fournisseuse officielle des vélos pliants pour l’armée, la Légion et la Garde Républicaine.
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