La Société Vélocipédique de Moulins, présidée par J. Charles, soumet au conseil municipal un projet de vélodrome. Le 7 juillet 1896, la municipalité accepte de s’associer à sa construction. Il sera situé entre l’Allier et l’actuelle rue Stéphane-Servant. Les travaux sont lancés à la mi-septembre.
Dès avril 1897, les coureurs peuvent commencer à s’y entraîner. La piste goudronnée avec lignes droites de cinq mètres de large et virages relevés mesure 333 mètres. Les amateurs ont aussi leur piste mais avec des virages plats (à l’intérieur des virages relevés). Les tribunes en bois comprennent deux catégories : la première qui est placée face au poteau d’arrivée et la seconde un peu décalée sur la gauche. Une pelouse a été semée entre la porte d’entrée et les tribunes. Un café-restaurant dont la salle est vitrée possède une terrasse pour les beaux jours. Un espace a été laissé libre au milieu des pistes pour les jeux de boules ferrées, de croquet, de lawn-tennis, etc.
Des cabines, aménagées sous les tribunes, peuvent être louées par les sociétaires au mois ou à l’année. Une salle de douche est à disposition pour 0,50 franc la douche et 0.25 franc pour les professionnels. Les bénéfices du vestiaire (0,40 franc par personne) et du garage pour bicyclettes (0,10 franc) près de la porte d’entrée reviennent au concierge du vélodrome.
La piste est ouverte tous les jours et les dimanches ordinaires. Elle est fermée à 10 heures les jours de course et de fêtes. De 9 à 10 heures et de 16 à 17 heures, seuls les coureurs professionnels et leurs entraîneurs son admis sur la piste. Les dames sociétaires peuvent l’utiliser de 15 à 16 heures, heure pendant laquelle les messieurs ne pourront y passer que si on le leur demande et sans machine.
Le concierge est chargé du nettoyage de la piste, des tribunes, de la pelouse, des places des jeux et le limonadier du nettoyage de la terrasse du café, de la cour près du quartier des coureurs et des WC.
L’inauguration a lieu le dimanche 23 mai 1897. La Société vélocipédique moulinoise a élaboré un programme attrayant. Le temps menaçant n’empêche pas la foule de se masser au vélodrome. Monsieur Sorrel, maire de Moulins, et monsieur Bartoli représentant le préfet ont répondu présents pour cet évènement sportif d’envergure. Beaucoup de spectatrices portent une tenue de gala. Le service d’ordre est assuré par les cavaliers du 10e chasseurs, par la police et la gendarmerie.
Le cortège composé des sociétés vélocipédiques de Moulins, Commentry, Montluçon, Montmarault, Nevers, Sancoins, Dijon, Roanne, Digoin, Clermont et Riom, de la Lyre moulinoise, parti du café de la Jeune France sur les cours, entre dans le vélodrome vers 13h 30, accompagné par vingt-et-un coups de canon. Aussitôt après, sur un tertre au milieu de la pelouse, la Lyre moulinoise exécute « Aux armes » sous les applaudissements.
A 14 heures, le sport prend la relève malgré la pluie qui commence à tomber. Parmi les coureurs engagés, on note Xavier, Gentil-Mazet, Brirot et Julow de Moulins, Guillaumin de Commentry, Mazerolle de Montluçon, Boucaumont de Montmarault, Fleurier, Pacton, Virot et Poisson de Nevers, Buffenoir de Sancoins, Joseph Pichegru de Dijon, Dupont de Roanne, Moreau de Digoin, Dacis de Clermont et Champeyroux de Riom.
Plusieurs courses sont à l’affiche (les engagements devaient être adressés au secrétaire de la SVM, L. Bezancenot, 11 rue du Champgrenier à Moulins) :
Un handicap de 920 mètres par séries, ouvert à tout coureur résidant dans la région depuis six mois au moins (Allier, Nièvre, Cher, Puy-de-Dôme, Loire, Saône-et-Loire, Creuse, Indre, Corrèze, Cantal, Haute-Loire, Côte-d’Or, Haute-Vienne, Indre-et-Loire). Les prix distribués vont de 30 francs au 1er à 10 francs au 3e. La finale est remportée par Brirot de Moulins, suivi de Xavier, Fleurier, Gentil-Mazet et Pichegru.
Deux accidents sont à déplorer au cours des éliminatoires dont celui de Pacton de Nevers assez sérieusement blessé et soigné par les médecins Bruel et Ranglaret présents pendant toutes les épreuves.
Une course Inter-club, par séries et demi-finales de 1 000 mètres, une finale de 2 000 mètres, ouverte à toutes les sociétés invitées représentées par trois de leurs coureurs. Les 1er et 2e prix sont des médailles (grand et petit module) de vermeil, les 3e et 4e prix des médailles d’argent, les 5e et 6e prix des médailles de bronze. La société gagnante recevra une prime de 50 francs qui reviendra à la 2e si c’est la SVM qui l’emporte. La SVM gagne la finale avec Julow, suivie de la S.V nivernaise avec Poisson et de Dacis de la Pédale clermontoise.
Une course « grande internationale » avec scratch par séries de 2 000 mètres (les coureurs partent groupés sur une distance maximum de quinze km pour les hommes et dix km pour les femmes. Classement à l’arrivée), ouverte à tout coureur. 1er prix 125 francs, 2e prix 70 francs, 3e prix 30 francs. Brirot de Moulins se classe premier, Pichegru deuxième et Fleurier troisième.
Une course de consolation de 4 000 mètres, ouverte aux coureurs non classés dans les courses précédentes. Prime au poteau 3 francs, primes finales 15 francs, 10 francs, 5 francs.
La course d’honneur met en concurrence Brirot et Julow sur 1 000 mètres. Brirot bat Julow en 1’35.
La fête sportive de l’inauguration du vélodrome prend fin un peu après 18 heures. Elle fut une réussite qui augure bien des futures manifestations qui s’y dérouleront jusqu’au 31 mai 1912 (fin du bail avec la société vélocipédique moulinoise). Le vélodrome ferme ses portes un peu avant la Première guerre mondiale.
Pour terminer, voici un poème écrit juste avant l’inauguration. De l’humour et un coup de griffe à Guillaume II, empereur d’Allemagne à laquelle nous avions dû céder l’Alsace et la Moselle à la fin de la guerre de 1870/1871.
Une invention sensationnelle
Déjà fini, le vélodrome !
Un malin, dont l’esprit ne chôme,
Veut, pour la gloire du royaume,
Créer l’automobilodrome !
Ce dessein des esprits empaume.
Et du Finistère à la Drôme,
Du cap Lanes End au lac de Côme,
On en cause en tout idiome.
Maint chercheur, le front dans sa paume
Breveté de plus d’un diplôme,
Rêve piste, garage et dôme.
Et, pensif, je songe en mon home
« Qu’inventer après ? Chameaudrome ?
Fiacrodrome ? Cocottorome ?
Ou plutôt culdejattodrome ?
Ce projet l’inédit embaume…
Songer, sous l’acier de son heaume,
Comme il ferait rager Guillaume !
Louis Delallier
