Plusieurs jours avant Noël, les commerçants dévoilent des vitrines élégantes, gaies, et alléchantes. Il s’agit de retenir le chaland le temps que, peut-être, il se décide à entrer pour quelques achats.
Qu’on ait les moyens de succomber à la tentation ou pas, c’est toujours un plaisir de flâner dans les rues du centre-ville pour découvrir les promesses de bons repas et ce que le père Noël a déposé en avant-première. A la tombée de la nuit, tout est mis en valeur par le flamboiement d’éclairages judicieux et généreux.
Les magasins d’alimentation rivalisent de créativité et de démonstration de leur savoir-faire. On y admire tous les produits-phares de l’époque.
Place d’Allier, la charcuterie Chêne présente un papillon formé d’une langue de bœuf de dimensions généreuses et de quatre jambons entourés de gélatine avec incrustation de truffes noires et de pistache. La cire et le saindoux dans leur blancheur initiale servent de matière première à des corbeilles contenant des roses, tulipes et dahlias très colorés, plus vrais que nature. Une oie en saindoux, elle aussi, porte chapeau bleu et nœud rouge. Des galantines de faisan, de sanglier, percées de flèches d’argent ornées de dés à jouer façonnés dans des truffes, de la viande et encore du saindoux voisinent avec des pâtés d’alouette, de volaille, de foie-gras truffés et pistachés. Pâtes de perdreaux, cornets de jambon, barquettes, criquettes, aspics de foie-gras, coquilles, boudins blanc truffés sont autant de traditionnelles réalisations maison prêtes à être posées sur les tables familiales.
Le Grand Saint-Antoine, également situé place d’Allier, expose ses aspics de foie-gras, ses ballotines et une belle dinde truffée trônant parmi les escargots.
Rue Régemortes, chez Perrier, une coupe de cristal art déco électrifiée illumine les saumons garnis de crevettes roses, les homards mayonnaise, les petits citrons en forme de cochons gras et roses, les bouquets de mimosas et de lys du Japon entourant un faisan au corps de pâté, les jambons et galantines garnies de fleurs incrustées. Çà et là, des œufs durs gagnent en originalité grâce à leurs bonnets de laine tout à fait de saison.
De l’autre côté de la rue, dans la grande boucherie populaire, c’est une sorte de festival d’énormes pièces de bœuf, veaux enrubannés, moutons dodus, de guirlandes de fleurs et de feuilles, rosaces d’or et d’argent en garniture, le tout organisé autour d’un superbe arbre de Noël couvert de joujoux. On attend des mamans, si possible accompagnées d’enfants auxquels sont destinés les tambours, poupées, autos, verroteries multicolores, oiseaux, montres, sacs de billes, cordes à sauter. Ces menus présents devraient encourager les achats. De fins néons rouges enjolivent le décor.
Partout, les boulangeries-pâtisseries ont préparé leurs meilleurs desserts dont la bûche, reine de l’hiver, placés sous les yeux des passants qu’on espère irrésistiblement attirés au point de pousser la porte.
Le Palais du Vêtement donnant sur la place et la rue d’Allier n’est pas en reste pour attirer la clientèle en misant sur l’enfance lui-aussi. Un sapin de Noël couvert de petits jouets, choisis pour être donnés, scintille dans la devanture.
Dans la rue Louis-Laussedat, qui longe le marché couvert, les curieux s’attardent les vendredi 24 au soir, samedi et dimanche, pour admirer à l’étalage des Trois quartiers la reconstitution d’un village alsacien une nuit de Noël. Il a un concurrent rue d’Allier où un intérieur savoyard remporte un véritable succès.
Les jouets sont naturellement incontournables et se répartissent comme il est de coutume depuis des générations : des poupées pour les filles dont le « tendre instinct tournent les fillettes vers le ménage » et des automobiles des meilleures marques, des avions, hydravions, autopompes, parachutes, autobus, chemins de fer et michelines électriques pour les garçons. Le Courrier de l’Allier, tout à sa nostalgie, évoque le temps où l’on se contentait d’une bergerie et où le comble du luxe était une papeterie constituée d’une boîte en carton contenant six feuilles de papier à lettres, un porte-plume, un crayon et un encrier. Il se rappelle avec autant de tendresse les trains en fer blanc peints de couleurs vives, les fermes et leurs étables, objets simples qu’on délaisse et admet que le progrès dicte d’acheter un jouet inédit, gage de tranquillité.
Louis Delallier