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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Des jouets fins et délicats très français !

Publié le 28 Décembre 2025 par Louisdelallier in Commerce

Catalogue de la Samaritaine 1906

Catalogue de la Samaritaine 1906

Le Courrier de l’Allier fait une belle et très appuyée promotion d’achats locaux pour les étrennes 1896 même si le temps ne favorise pas les déplacements dans les rues. Le journal rappelle qu’auparavant on achetait trop « en dehors », surtout les objets de luxe, habitude qui a heureusement changé. Il met l’accent sur l’avantage de voir ce qu’on veut acheter chez les commerçants de la ville pour mieux choisir et contrôler. Faire travailler ses compatriotes est un mot d’ordre qui se double d’une recommandation exigeante de s’assurer que la fabrication est bien française et de boycotter les articles et jouets d’origine allemande, lesquels abondent. Aucun prix aussi attractif qu’il soit, aucun prétexte ne doit permettre de telles acquisitions. Le vendeur est tenu d’en déclarer la provenance, ce qui facilite le repérage. 

Tout acheteur qui refuse ces produits « teutons » fait œuvre utile en contribuant à freiner leur invasion du marché français. Ce sont des produits à prix modique certes, mais de « mauvais goût » comparés aux jouets tricolores « si fins et délicats ».

Ce dénigrement n’est pas nouveau et trouve sa source spontanée dans la guerre contre la coalition d’états allemands menée par la Prusse, terminée en janvier 1871 et qui est encore dans toutes les mémoires. Bien qu’ayant duré « seulement » six mois, elle a apporté son contingent de cruautés et de deuils*. La perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine ajoute au profond ressentiment français alourdi par la volonté d’une revanche.

Les protestations dont voici quelques exemples se font récurrentes. Au début du mois de janvier 1878, on constate avec amertume la réapparition des jouets de Nuremberg* : soldats de plomb, bergeries en sapin taillé, jeux de quilles en bois, boîtes de tours de passe-passe, etc. On s’amuserait presque à penser que les Allemands familiarisent nos enfants avec les habitudes et les gloires de l’armée française car les soldats de plomb sont français !

En avril 1883, les mères de famille sont avisées que les jouets allemands contiennent des produits toxiques dont un colorant jaune à base de chromate de plomb réautorisé dans le pays après des protestations véhémentes de fabricants allemands lorsqu’une interdiction a été tentée. On souhaite avec force que le gouvernement français fasse preuve de vigilance avant d’accepter leur importation déjà source de tant de préjudices. Au mois de décembre suivant, le Journal de Vichy s’insurge à son tour contre la diffusion incontrôlée de jouets à prix défiant toute concurrence grâce à l’utilisation de ces colorants nocifs bon marché.

Décembre 1887, les jouets colorés d’outre-Rhin arrivent encore par caisses entières, toujours contaminés par du plomb et du mercure au point d’empoisonner un petit Français à Calais. Des perquisitions et analyses sont exigées. Mais…

Onze ans plus tard, un nouvel avertissement, et cette fois provenant du docteur Salmon, chef du bureau des industries animales à Washington, montre l’inertie irresponsable des pouvoirs publics. Il signale la dangerosité pour la santé de ces jouets peints de couleurs vives.

En 1906, des cas d’intoxication sont diagnostiqués dans une famille où les soldats de plomb allemands avaient fait leur entrée, tels une horde ayant traversé la frontière !

En janvier 1914, l’exaspération n’a pas diminué. Et elle trouve des arguments renouvelés bien qu’identiques à chaque fête de fin d’année, période propice à l’exposition de ces produits manufacturés, notamment dans de petites baraques foraines. Sur les boulevards parisiens, elles en regorgent au point de dissimuler la production française. Ils représentent le mauvais goût criard avec ces « horribles poupées grossièrement enluminées de rouge et de noir » portant la mention « importé d’Allemagne ». Pas un jouet sur dix n’est français.

Le journaliste Léo Clarétie enfonce le clou dans une longue étude en décembre 1915 parue dans le Flambeau. On apprend ainsi que les trompettes, petits pianos, papeteries, la plupart des jouets en fer, les lanternes magiques, les petits appareils cinématographiques, les petits meubles, les poupées, les ménages de faïence étaient saxons, qu’un Allemand était à la tête de la plus importante maison française de baigneurs et que la communication était bien rôdée. La foire de Leipzig est avancée comme un atout supplémentaire pour expliquer ce déferlement jusque dans les colonies françaises sans parler des droits de douane avantageux. Léo Clarétie oppose sans nuances le jouet français si léger, si coquet, si amusant, si malin à l’allemand dont les poupées, encore elles, aux yeux d’émail sans expression, aux joues bouffies portent des coiffures trop coquettes, mauvais genre, et des robes tapageuses.

Enfin ! le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 29 décembre 1920 annonce triomphant que les fabricants français ont rattrapé leur retard de cinq ans et peuvent fournir des jouets pour contrer la concurrence allemande déloyale.

 

Louis Delallier 

 

 

*On fabrique des jouets à Nuremberg depuis le Moyen-âge.

**Côté français : 139 000 morts, 143 000 blessés et 370 000 prisonniers. Dans les rangs allemands : 50 000 morts, dont la moitié de maladie, 90 000 blessés et 14 000 disparus.

 

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J
Article sympathique avec des échos actuels...
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