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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Un tailleur viennois à Moulins

Publié le 14 Décembre 2025 par Louisdelallier in Commerce

Etrennes 1906 La Samaritaine Paris

Etrennes 1906 La Samaritaine Paris

Pierre Boja se présente ainsi en mars 1906 dans l’annonce de l’ouverture, le 24 mai suivant, de ses salons des plus modernes pour dames et hommes au 73 rue d’Allier. En attendant ce grand jour, il tient à la disposition des clients les dernières nouveautés de la saison rue des Couteliers (entrée 1 rue du Quatre-Septembre).

Natif d’Autriche-Hongrie*, ce professionnel de l’habillement a commencé sa carrière moulinoise comme coupeur chez Auguste Magne, fabricant de vêtements en fourrure et tailleur au 17 rue de l’Horloge. Son ancrage moulinois se consolide par son mariage, en octobre 1901, avec Marie Thomas, fille d’un tailleur d’habits et d’une couturière de la ville. Il a 28 ans. Un fils, Paul, né en mars 1903, deviendra tailleur chez son père.

En août 1910, la presse locale informe ses lecteurs que le « sympathique tailleur viennois », pour répondre aux sollicitations de sa clientèle, ouvre pour l’hiver un rayon de fourrures soignées et à la mode.

A cette époque, il est loin d’être le seul tailleur à Moulinois. Pas moins d’une trentaine de confrères se partagent le marché. Parmi eux, François Morge, tailleur pour dames et couturier parisien (sorties de bal, jupes princesses, costumes pour jeunes filles, costumes de voyage) ou Léon Col, Au Gagne Petit, qui, en août 1913, s’adjoint un tailleur viennois. Cette dénomination paraît être un gage d’excellence et d’élégance. Un autre concurrent sérieux, Crémieux, tailleur parisien, promet un essayage une heure après la commande et une livraison le lendemain.

Le succès commercial de Paul Boja lui vaut quelques mois plus tard d’être victime d’une fausse rumeur de la part d’un concurrent sur son départ prochain de Moulins. Profitant de cette publicité inattendue, il dément dans le Courrier de l’Allier et rappelle que l’accroissement de sa clientèle le pousse même à agrandir son magasin.

Il complète son intégration en obtenant la nationalité française en octobre 1913, confirmée en juillet 1915. Il est alors mobilisé depuis mars pour la défense de sa nouvelle patrie. Son commerce continue à tourner sous la direction de son épouse qui arrive à proposer des nouveautés pour l’hiver 1915 rapportées de Paris. Les permissions de Pierre Boja lui donnent l’occasion de surveiller ses affaires, ce qui le conduit au constat que la quantité de toile pour doublure consommée est supérieure à celle nécessaire à la réalisation des complets en vente. Il lui faut peu de temps pour confondre les deux sœurs coupables du vol de la toile, et autres petites fournitures, dont elles se servaient pour confectionner des vestes chez elles. A leur procès en décembre 1916, elles se défendent de n’avoir fait qu’utiliser des chutes habituellement laissées aux ouvriers. Mme et M. Boja contredisent cette explication en affirmant qu’il ne s’agit pas de simples chutes de tissu. Une expertise des vêtements en question ne permet pas de trancher. Les jeunes personnes sont relaxées.

La maison Boja « absolument de confiance » recrute régulièrement : petit jeune homme apprenti, jeune fille sortant d’apprentissage, payés de suite, ouvrières et apprenties tailleurs, très bon apiéceur pour homme, ouvriers tailleurs avec travail garanti toute l’année, etc. Le patron n’hésite pas à se déplacer comme en cette première fin de semaine d’octobre 1921 où il expose sa collection d’hiver à l’hôtel de l’Univers de Montluçon. Sa petite annonce mentionne « tailleur pour dames, costumes et manteaux exclusivement sur mesure et déplacement à domicile sur demande ». En 1926, le recensement indique qu’il emploie, outre femme et fils, neuf personnes dont deux tailleurs, trois couturières générales, trois giletières et une pompière**.

Après son décès le 5 mai 1953 à Moulins (4 rue du Quatre-Septembre), la marque de fabrique Boja ne disparaît pas de Moulins grâce à la présence de Paul qui, en plus du magasin, affirme encore ses compétences en secondant, en décembre, M. Bouviau, tailleur rue Girodeau, qui accueille l’examen de fin d’apprentissage de tailleurs et culottières.

Un autre Boja, Lagos (Louis), né également à Ada (en 1883), marié à une compatriote, est installé à Moulins (au moins depuis 1909) où, lui aussi, fera une carrière de tailleur (54 rue d’Allier), jusqu’à son décès en avril 1921. Il semble que leur lieu de naissance soit leur seul lien. Le fils de Louis, Ladislas, tailleur à Moulins, meurt en juin 1939 à 31 ans des suites d’une maladie contractée en service. Il faisait partie de l’association générale des mutilés de guerre. Mme Boja mère (naturalisée en octobre 1939) tient toujours la boutique Louis Boja en 1942.

 

Louis Delallier

 

*L’empire austro-hongrois, créé en 1867, est démantelé après la victoire de novembre 1918. Les traités de Saint-Germain-en-Laye (septembre 1919) et de Trianon (juin 1920) répartissent ses territoires entre la République d’Autriche allemande, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, L'Etat des Slovènes, Croates et Serbes (future Yougoslavie), la Pologne et le royaume de Roumanie.

** Couturière experte dans l'ajustement et les modifications sur mesure des vestes.

 

 

Etrennes 1906 La Samaritaine Paris

Etrennes 1906 La Samaritaine Paris

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