XXIe siècle, le téléphone a colonisé nos vies. Incontournable pour une imposante majorité de terriens, il lui a bien fallu commencer par quelques-uns qu’on considérait alors comme des pionniers, presque des aventuriers.
La municipalité moulinoise réfléchit sérieusement à doter la ville d’un réseau téléphonique dès janvier 1895. Une ligne Paris-Clermont desservant Châtel-Guyon, La Bourboule, le Mont-Dore, Riom, Royat, Saint-Nectaire et Thiers constitue déjà un grand pas régional. Le maire de Moulins, Jospeh Sorrel, rencontre le directeur des Postes et Télégraphes du département de l’Allier et un délégué de la chambre de commerce de Clermont-Ferrand au début du mois.
Le 28 mai, victoire ! le progrès fait son entrée à Moulins. La première cabine téléphonique est mise en service à la poste place de la Bibliothèque (actuelle place Marx-Dormoy) qui devient tout naturellement Postes, Télégraphes et Téléphones. Elle relie Paris-Moulins-Clermont. La taxe des communications pour cinq minutes vers Paris coûte 2 francs et vers Clermont 1 franc. Cette cabine, éclairée par le haut, ne laisse filtrer aucun son vers l’extérieur. Elle est dotée de deux sortes d’accoudoirs capitonnés pour poser les bras pendant les communications. Une tablette repliable permet de prendre des notes. Le confort de l’utilisateur est assuré. Mais en juillet, le Courrier de l’Allier soulève le problème du mauvais fonctionnement de la ligne qui oblige à répéter fort, voire à crier ce qu’on a à dire à son interlocuteur au risque que les clients du bureau de poste ne perdent pas une miette de la conversation.
Malgré les hésitations, les rapports administratifs, la recherche de financements, le téléphone reste un dossier qu’il convient de mener à bien. On est convaincu de l’utilité et de la praticité de ce moyen de communication. Un journaliste considère même que viendra le temps où l’on ne pourra plus s’en passer…
A la mi-février 1897, les travaux d’installation, interrompus par la neige et la pluie, sont en cours d’achèvement. Enfin, le lundi 8 mars 1897, le premier réseau bourbonnais est inauguré à Moulins (Saint-Pourçain est en attente). Il compte treize abonnés moulinois dont on espère fortement qu’ils sont les premiers d’une légion :
Barathon, notaire, rue Diderot
Etienne Bonneton, avoué, 22 place de la République
Charles Charbonnier, négociant en graines, 44 place d’Allier
Albert Fustier notaire, place de Paris
Michel Grave, construction mécanique, rue des Garceaux 103
Auguste Malgras, marchand de biens, rue Michel-de-l’Hospital 5
Pierre Pailloux, tanneur, 42 rue de Lyon
Louis Pingusson avoué, place de l’Ancien-Palais
Café de Paris, place d’Allier
Cercle bourbonnais, cours de la préfecture 21
La Démocratie du Centre
Le Messager-Mémorial
Le Courrier de l’Allier
En avril 1900, la légion, bien qu’encore modeste, s’est étoffée. Le Radical de l’Allier est le 30e abonné du réseau moulinois*.
En décembre, la cabine fait encore parler. Non seulement, l’espace qu’elle occupe réduit trop celui de la salle des pas-perdus de la poste déjà trop exigüe, mais elle est mal éclairée et l’air y est trop souvent irrespirable. Aucun remède semble n’avoir été apporté.
Trois ans plus tard, le sous-secrétaire d’Etat fait part de ses observations aux receveurs des Postes sur l’état des bureaux dont ils ont la responsabilité : tables, pupitres, buvards pour le public sont poussiéreux, recouverts d’encre, plumes usées. Balayage, époussetage, renouvellement des fournitures sont instamment préconisées. Les cabines téléphoniques, réceptacles à bactéries, ne sont pas oubliées. Il est exigé qu’elles soient lavées ou aspergées chaque jour avec un produit antiseptique ; la plaque vibrante du transmetteur, les poignées et le pavillon des récepteurs doivent être essuyés après chaque utilisation avec un linge humecté de formol ou d’eau phéniquée. Aucune négligence ou parcimonie dans les désinfectants ne sera tolérée.
Cet aspect de la téléphonie n’est pas le seul à poser un problème. De nombreuses anecdotes sont relatées qui tempèrent cette facilité, encore récente, pour échanger avec son prochain. Un exemple de septembre 1903 montre que le progrès peut décevoir. Un journaliste parisien se trouvant à Trouville souhaite téléphoner à Paris à midi. Bien qu’ayant obtenu la place 95 dans la file d’attente, il assure son appel en conservant la communication. Son article doit être dicté dans la journée. Ce sera chose faite au bout de 21 heures…
A Moulins, les années passent. Nous voici en avril 1931. Un vieux lecteur du Courrier de l’Allier suggère, car on téléphone plus qu’autrefois, d’équiper le bureau de poste d’une deuxième cabine téléphonique pour éviter d’attendre aux heures d’affluence. Le directeur départemental des P.T.T., soi-même, répond au journal que ses services étaient déjà en train d’étudier la question. Aucune information de la réalisation de ce vœu ne paraît.
En revanche, au début du mois d’octobre 1932, le conseil municipal accepte l’installation, autorisée par les PTT, d’une cabine chez un habitant de la rue de Decize. Il s’agit d’un téléphone mis à la disposition du public, mais ne recevant et n’émettant ni télégramme, ni message, ni avis d’appel. Frais de pose 35 francs, abonnement annuel 280 francs, communications et rétribution du gestionnaire à la charge de la Ville.
Progressivement, les cabines publiques vont se multiplier. En mars 1938, la cour de la gare et la rue de Paris à côté de l’entrée du cimetière en accueilleront une chacune. Elles fonctionneront jour et nuit. Au mois de février suivant, les deux députés moulinois, René Boudet (également maire de Moulins) et Camille Planche, à la suite de leurs démarches, reçoivent une réponse favorable pour l’implantation d’une cabine à l’entrée de l’hôpital général de la rue de Paris, près de la loge du concierge, accessible à la fois de l’extérieur et de l’intérieur de l’établissement.
Louis Delallier
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