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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Michel Louis Micaud, une charge de commissaire-priseur et un mariage in-extremis

Publié le 20 Septembre 2026 par Louisdelallier in Portraits

Vente aux enchères par Charles Maurand, XIXe siècle - Paris, musée Carnavalet

Vente aux enchères par Charles Maurand, XIXe siècle - Paris, musée Carnavalet

Michel-Louis Micaud, ancien clerc principal de M. de Bernage, notaire à Moulins, est nommé par décret de l’empereur Napoléon III commissaire-priseur succédant à maître Lacombe qui a renoncé à sa fonction. Nous sommes en juillet 1859. Le relevé de ses annonces professionnelles jusqu’à sa démission en juillet 1880 en faveur de J. Beaufrand présente une belle diversité d’objets mobiliers et de situations ayant conduit à des liquidations. Il s’agit principalement de successions, de départs, de saisies, de cessations de commerce ou d’artisanat et de ventes volontaires.

L’énumération, succincte, du contenu de chaque vente constitue un raccourci parfois touchant de ce qu’il reste d’une vie professionnelle, voire de ses aléas, ou d’une vie tout court et dévoile indirectement le niveau social des propriétaires, parfois leurs centres d’intérêt. C’est aussi un inventaire caractéristique de ce qui meuble et décore les intérieurs dans cette deuxième partie du XIXe siècle.

Batteries de cuisine, chaises, tables, armoires, commodes, buffets, secrétaires, glaces, pendules, garniture de salon, matelas, lits, linge, articles de ménage forment le plus gros des successions. Celle de Mme veuve Boyron, rue des Garceaux, comprend aussi des porcelaines de Chine et des cristaux et celle de Mme Courant, place aux Cuirs, une très belle garde-robe féminine, des objets d’art et de curiosité (glaces de Venise, peinture sur émail, argenterie, bijoux).

Plus variées sont les successions de messieurs :

Dufloux, place de l’Horloge : 400 bouteilles de vieux Bourgogne et Bordeaux, des liqueurs fines, de l’argenterie, des bijoux.

Aumaître, géomètre-expert, rue de la Comédie : objets mobiliers, garde-robe masculine, instruments mathématiques et bibliothèque.

Mourier, gendarmerie, pavillon Anne-de-Beaujeu : objets mobiliers et équipement complet à usage de gendarme.

Ripoud, rue de l’Aumône : objets mobiliers, gravures, tableaux, faïences anciennes, vins en bouteilles.

Glomet, entrepreneur de bâtiments, faubourg de Paris : objets mobiliers, matériel et matériaux de l’atelier.

Maurice Virollet, la Maison-Brûlée à Neuvy, maire de la commune et fondé de pouvoir à la Recette générale de Moulins : objets mobiliers, vin, linge, argenterie, briques, céréales, etc.

Boyron (dit Méon), ancien employé de la mairie, rue des Couteliers : objets mobiliers, environ 400 livres, histoire, droit, 24 volumes de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, bréviaires anciens.

Théodore Scholten, prêtre, rue du Manège : meubles et objets mobiliers, bibliothèque de 500 volumes dont ouvrages de Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Saint-Augustin, Châteaubriand, etc.

Lambert, quartier de cavalerie, colonel du 16e régiment de chasseurs : linge, vêtements, sabres, malles, montre, etc., deux chevaux, une jument.

Aymonin, quartier de cavalerie, ancien sous-lieutenant au 19e régiment de dragons :  équipement militaire, harnachement, armes, effets mobiliers.

Jacques Dussour, propriétaire à Montilly : meubles, literie, vin, tonneaux, jument, vache, génisses, froment, etc.

Abel de Tarade, boulevard du Chambonnet : meubles, objets, arbustes, jument, chèvre, break, carabine, revolvers, fusils, malles, objets d’art, tableaux, gravures, vêtements, vins, etc.

François James, curé de Coulandon : batterie de cuisine, chaises, tables, armoires, secrétaire, pendule, literie, draps, serviette, bibliothèque.

Louis Laussedat, docteur en médecine, député de l’Allier, avenue Meunier : meubles, piano, bijoux, porcelaines, plans.

Les faillites concernent entre autres

M. Martin, cordonnier place de l’Horloge : chaussures pour hommes et femmes, chaussures de chasse, guêtres, cuirs et débris de cuir, commode, pendule, armoire, chaises, tables, comptoir, tente, poêle, batterie de cuisine, linge, draps, serviettes, etc.

Ebaudy père et fils, chantier au Manège : 9 000 pavés.

Echallier, négociant en vins, au Manège : vin, futailles.

Dupieux, entrepreneur de menuiserie, boulevard Lavieuville : matériel et outillage de menuisier, meubles, objets divers.

Raymond Chaput, commerçant. rue Saint-Pierre : marchandises du magasin, tissus et mobilier.

Bataille, menuisier. rue de la Batterie : vaisselle, meubles, matériel de menuiserie.

J. Brossard jeune, marchand de bois. rue Gaston, en face de la scierie Col : meubles, objets mobiliers, bois à brûler et de charpente, paille de froment, sacs à charbon de bois.

Ruelle, propriétaire du Casino moulinois, boulevard de Pont : matériel de café-concert et place du Marché, voiture de voyage et suite matériel du Casino.

Les saisies :

Brière, professeur, place de l’Horloge : objets mobiliers, ouvrages de littérature, arts et sciences physique et mathématique, trois chiens de chasse.

Gaspard Prulhière, marchand de vins, rue Saint-Martin : meubles, objets mobiliers, foudres, tonneaux.

Et les départs :

Château de la Madeleine : mobilier, voiture de chasse, 300 bouteilles de vin de Bordeaux.

Hôtel particulier de la marquise de Foudras, rue Sous-Saint-Jean : mobilier dont piano à queue Pleyel.

Château de Vallière à Neuvy : meubles, objets mobiliers, etc.

Quelques-unes des cessations de commerces passées par l’étude Micaud sont :

Rue Chaveau, tissus en tous genres.

Rue Billonnat, magasin de meubles : très bons meubles neufs.

Bartesago, place de l’Horloge : objets de fantaisie, porcelaines de Chine, du Japon, anglaise, groupes en biscuit, papeterie, caves à odeur, chancelières, quincaillerie, etc.

Rue d’Allier : marchandises neuves, vins et liqueurs, confitures, chocolats, dragées, etc., agencement industriel, bassines, bocaux, etc.

Cours Bérulle : matériel à usage de forgeron-serrurier.

Café chinois, cours Doujat : bouteilles, papiers en rames, bleus pour linge, fournitures bureau.

Certaines ventes permettent d’écouler des objets de valeur, parmi elles :

Objets d’art et de curiosité, dessins, tableaux, gravures, tapisseries, christs, monnaies, médailles antiques, émaux, sceaux gothiques.

Rue des Carmélites : riche mobilier, objets d’art dont un portrait attribué à Van Dick et un buste en marbre du roi de Naples, Joachim Murat.

Rue Notre-Dame : collection d’amateur d’objets d’art et d’antiquités.

Place d’Allier : objets d’art sculptés.

Rue d’Allier : cent tableaux de l’école moderne, porcelaines, faïences.

Dix tableaux anciens de Jordaens, Il Sassoferrato, Watteau, Hogarth, etc.

Dans le domaine agricole, on trouve

Six taureaux cédés par la Société d’agriculture de l’Allier.

La mise en vente, après cessation de culture au château de Demoux à Trévol, de charrettes, tombereaux, voiture de chasse, cabriolet, calèche et cheval, herses, harnais ruraux, machine à battre, tarare, cribleur de semences, bascule, bois de menuiserie, de charpente, de charronnage, pompe à arroser le fumier, mobilier.

Des béliers, brebis, chevaux, juments, calèche, carrioles.

10 000 kg de phosphate de chaux.

Deux chantiers sont le lieu d’enchères :

Celui de la construction de la cathédrale : échelles, planches, boulins, perches, maillets à battre la pierre, pelles à mortier, brouettes, seaux, paillassons à bardage, chaîne en fer, quarante mètres cubes de moellons et pierres.

Et celui du terrassement du Champ-Bonnet : vaste hangar et belle clôture.

Des hôtels et restaurants se séparent de mobilier et de matériel :

Hôtel du Cheval-Blanc, faubourg de Paris.

Restaurant Bonnet, place de l’Horloge.

Café du Commerce, place d’Allier.

L’école professionnelle de Moulins vend matériel, objets, 50 tables, 137 lits en fer, 124 sommiers, 120 tables de nuit, des instruments de physique et des instruments de musique en cuivre, un ameublement de chapelle.

Le place du Marché accueille la mise aux enchères du matériel ayant servi à l’éducation et l’exploitation des vers à soie : charriot à quatre roues et à ressorts, échelles de toutes formes et dimensions, grande quantité de poêles en fonte avec tuyaux, montants, traverses, bois, thermomètres, baromètres, deux hache-paille, percalines, etc.

L’étude se charge aussi d’écouler une grande quantité d’huîtres sur cette même place.

Louis Micaud, qui est aussi agent général de la compagnie d’assurance sur la vie, L’Impériale, au début de sa carrière, fera partie de la garde nationale sédentaire de Moulins pendant la guerre franco-prussienne de novembre 1870 à mars 1871. Il prévient sa clientèle via le Mémorial de l’Allier du 14 mars 71 qu’il reprend ses fonctions.

En août 1880 et 1881, les listes d’hôtes en villégiature dans la ville thermale publiées par le Journal de Vichy indiquent la présence de M. et Mme Micaud de Moulins à l’hôtel de Marseille, rue de Nîmes.

En réalité, les Micaud ne se marient à Moulins que le 23 novembre 1881. Ce mariage revêt un caractère particulièrement grave. En effet, « conformément aux instructions du ministre de la Justice sur les mariages in-extremis du 11 mai 1811 et le certificat du docteur en médecine Lebard de Moulins délivré le 23 courant, constatant que le sieur Micaud est dans l’impossibilité absolue de sortir de sa chambre », le maire de Moulins, Eugène Bruel, se déplace en son domicile rue des Grenouilles. Il le trouve « malade de corps mais sain d’esprit et d’entendement ». Il procède à l’union de Louis Micaud et Jeanne Duruisseau, 46 ans, demeurant avec lui rue des Grenouilles*, portes et fenêtres dument ouvertes comme l’exige la loi. Les témoins sont Gilbert Ferrier, entrepreneur de menuiserie, Claude Auguste Delaume** et Jean Abel Sionnet, négociants. En 1876, Jeanne était domestique chez Louis.

L’urgence liée à son état de santé n’était pas exagérée car il meurt le 28 janvier suivant à 50 ans. En mai 1890, sa veuve procède à la vente de la maison par l’intermédiaire de maître Croizier, notaire à Moulins. Ce 46 rue d’Allier (appellation récente de la rue décidée par la municipalité) comprend un corps principal en façade sur la rue, avec deux ailes séparées par une cour. Le tout est élevé sur caves, rez-de-chaussée, trois étages avec greniers, divisés en plusieurs logements. Un magasin, un arrière-magasin, une salle d’armes*** et autres dépendances forment le reste de la propriété délimitée au nord par la rue d’Allier, au sud par un immeuble dépendant de la Caisse d’épargne, à l’est par Monsieur Echégut et à l’ouest par des immeubles appartenant à Messieurs Descloux et Col. En octobre 1920, la maison est revendue après saisie concernant Mme Micaud, ce qui laisse supposer qu’elle en était toujours propriétaire. Elle est alors à l’hôpital où elle meurt le 24 juillet 1921.

 

Louis Delallier

 

*Partie rue d’Allier entre les rues de l’Horloge et Voltaire.

**Le magasin Delaume occupait l’hôtel d’Orvilliers en face de chez Micaud.

***Sans doute celle occupée par Émile Courtois, maître d’armes (voir mon article à son sujet)

 

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