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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Cirque féérique Anderson, le décor vaut le spectacle !

Publié le 7 Septembre 2025 par Louisdelallier in Spectacles

Cirque féerique Anderson, programme (Site Gallica-BNF)

Cirque féerique Anderson, programme (Site Gallica-BNF)

Des grandes affiches attrayantes sont bien en évidence sur les murs de la ville. Qu’on se le dise, un cirque est sur le point de s’installer à Moulins ! la place aux Foires, très proche du centre-ville, sera encore de la fête cette fois-ci. Une trentaine de voitures modernes transportant le matériel de la troupe et son logement y stationnent. L’implantation du chapiteau du cirque Anderson, bleu, blanc et rouge, pouvant contenir jusqu’à 3 000 personnes, est réalisée en un tour de main. Pourtant, il a fallu aussi assurer la mise en place des guirlandes constituées de centaines de lampes électriques. Lors de son passage à Montluçon en juin 1903, les 700 lampes électriques fournies par la société Gramme de Paris étaient alimentées par deux moteurs locomobiles de 50 chevaux. Un autre atout est la ventilation qui ne laisse rien à désirer.

Le cirque Anderson, comme son nom ne l’indique pas, est français. Il est fondé en 1903 par Émile Alphonse Duval, alias E. D. Anderson (Belleville 1858 - Paris 1933). Cet illusionniste de talent fut, de 1888 à 1894, directeur du cabinet fantastique établi dans le musée Grévin. Il y organise des spectacles de trois heures mêlant science, prestidigitation et spiritisme au cours desquels il explique ses tours. Le succès est réel, mais le Cabinet ferme ses portes en 1896. Emile Duval, lui, a choisi depuis 1895, de se produire au cours de tournées partout en France, à Londres, Genève ou en Belgique. Il reviendra au musée Grévin en 1932 et 1933 pour un nouveau spectacle de magie.

Cette expérience de ce qui s’apparente au music-hall ressort très nettement dans la décoration élégante de son chapiteau. Les fauteuils numérotés et les banquettes confortables sont en velours. Les premières sont dotées de main courante à pommes argentées. La luxueuse loge Anderson est brillamment éclairée à la lumière électrique.

Trois séances sont annoncées à Moulins du mardi 13 septembre 1904 au jeudi 15. Puis devant le succès rencontré, M. Anderson prolonge jusqu’au dimanche 18. Ne serait-ce pas une technique commerciale car il suffit de parcourir les journaux des lieux où il se produit pour constater qu’il est coutumier du fait comme d’autres de ses collègues ?

Le luxe, la variété, le bon goût et la correction du spectacle sont les meilleurs arguments journalistiques pour attirer les spectateurs. Le talent, les costumes, les accessoires à la qualité remarquable et l’excellent orchestre font le reste.

Les artistes sont recrutés dans les meilleures salles de spectacle et sont régulièrement renouvelés. A Moulins, le chapiteau est comble chaque soir. Un tel enthousiasme est rare. La direction est même contrainte de refuser du monde. Les numéros du professeur Anderson charment le public qui l’ovationne :  la poule mystérieuse, les foulards merveilleux, la chasse aux pièces de cinq francs, les grands drapeaux et le chapeau du sorcier. De ce chapeau pris au hasard dans la salle, Anderson fait sortir des réveils-matin, jumelles, petits sacs à main, gobelets, etc.

En plus du patron, l’assistance se délecte de prestations très maîtrisées des arts du cirque. Les Dorina, trois trapézistes (fillette, femme et homme), font preuve de beaucoup de témérité. Les Jim Milton sont de désopilants clowns musicaux du cirque d’Hiver. Les quatre petits Vincent, venant des Folies Bergères, campent d’amusants gladiateurs miniatures exécutant des exercices d’ensemble et des tableaux vivants tels la Défense du drapeau ou la scène de la pomme de Guillaume Tell, ainsi qu’un cake-walk* des plus entraînants. Les frères Sadowa montrent leur force aux anneaux. Les danses excentriques espagnoles de Mlle Manéa font merveille. The Stewart’s, équilibristes de l’Olympia, les deux Sodoski des Folies Bergères dans les jeux olympiques sont tout aussi époustouflants que le contorsionniste Wilton et son costume pailleté d’or.

La soirée se conclut par trente tableaux animés très divertissants dont Le voyage dans la lune.

 

Les séances débutent à 20h 30. Des matinées sont données le jeudi et le dimanche à 15 heures pour les familles (gratuité pour les enfants de moins de sept ans accompagnés de leurs parents et moitié prix pour ceux qui dépassé cet âge). La soirée du samedi est celle du gala.

En 1928, les journaux locaux des villes où il se produit parle avec emphase d’Omo, l’énigme de l’univers. Il s’agit d’une pièce magique en deux actes et 16 tableaux dont Anderson est l’auteur et l’interprète. L’Indépendant des Basses-Pyrénées du 15 avril exprime en ces termes son intérêt : Omo est la chose la plus envieuse, la plus attachante, le plus mystérieuse, la plus captivante qui soit. On n’en saura pas plus mis à part le succès obtenu à L’Empire de Londres.

Un programme** teinté d’une autosatisfaction bien naturelle (consultable sur le site Gallica) apporte sur le cirque Anderson une quantité d’informations quelque peu différentes de celles trouvées dans les comptes rendus journalistiques. Le cirque Anderson s’est déplacé dans 500 villes de 1903 à 1905. Il est le premier à utiliser l’innovation des locomotives routières de soixante chevaux de la maison anglaise Burrell. Il en possède trois, tirant vingt-deux wagons en tout. La salle, éclairée par des dynamos Burrell de 200 ampères, peut contenir 4 000 personnes. La décoration est l’œuvre du peintre Jules Le Goff qui fut décorateur au théâtre municipal de Lyon jusqu’en 1903. L’orchestre est composé de Suédoises.

On apprend que M. Anderson stupéfiait ses camarades dès l’âge de trois ans par son habileté. Étude et travail durant sa jeunesse ont consolidé ce don unique. On peut se demander si vraiment on est en présence d’un homme ou d’un demi-dieu. La modestie d’Anderson est à l’opposé du soin qu’il prend de ses spectateurs. Il a en effet à cœur que tous, quel que soit le prix de leur place, voient et entendent bien le spectacle. Il exige obligeance et politesse de tous ses employés à leur égard. Et il leur offre un maximum de confort pour compenser leur rythme de travail soutenu avec deux représentations par jour, des montages et démontages et des déplacements continuels.

 

Louis Delallier

 

*Cake-walk : danse populaire apparue vers 1850 dans la population noire du sud des États-Unis pour imiter en se moquant l'attitude des maîtres se rendant au bal. Il arrive en Europe dans les années 1900 par le biais du music-hall. Son rythme a été repris par le ragtime.

**du 15 mai peut-être 1906.

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