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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

François-Xavier Verbrugghe, un violoniste belge talentueux malmené par la vie

Publié le 14 Septembre 2025 par Louisdelallier in Portraits

Le Centre du 23 février 1881

Le Centre du 23 février 1881

Voilà en quels termes Antoine Desmazières exprime son admiration après avoir écouté François-Xavier Verbrugghe au cours d’un concert à Montluçon le dimanche 20 février 1881.

François-Xavier Verbrugghe n’a pas encore 31 ans lorsqu’il arrive dans l’Allier en octobre 1878. Peut-être ses premiers contacts avec le Bourbonnais datent-ils de ses engagements au casino et au théâtre de Vichy en qualité de soliste pour les saisons estivales de 1876, 1877 et 1878. Ancien élève du conservatoire royal de Liège dont il est sorti avec les diplômes et médailles les plus élevés, il a obtenu un poste de professeur de musique à Yzeure au petit séminaire (actuel lycée Jean-Monnet), établissement de niveau secondaire qui forme les futurs séminaristes du grand séminaire et des élèves qui resteront laïcs. Il y aura connu Camille Hagenbach, enseignant lui aussi la musique (voir mon article à son sujet).

Très vite, il conquiert le public grâce à ses participations talentueuses aux spectacles locaux comme le jeudi 24 avril 1879 au théâtre municipal où un grand concert vocal et instrumental est donné par la Lyre moulinoise au profit des incendiés du Vernet*. Il y joue sa Romance pour alto.

Le samedi 30 octobre 1880, il se produit dans la salle de la mairie de Moulins en compagnie de Mlle Boullard (fille de Marius, directeur de la Lyre moulinoise – voir mon article à son sujet), cantatrice, de MM. Mistarlet, violoniste, Boullard, Duvois, Fimbel et les artistes amateurs de Moulins. Son interprétation d’un quatuor de Haydn (pour lequel il reçut le prix de quatuor au conservatoire royal de Liège) démontre la sureté de sa main, son brio et sa maîtrise de l’art du violon.

Chacune de ses prestations donne lieu sans exception à des commentaires louangeurs. On admire sa simplicité propre aux artistes de valeur. On affirme même qu’il électrise les spectateurs.

Alors qu’il souhaite se faire naturaliser, un premier évènement perturbe sérieusement cette vie au service de la musique. Le petit séminaire ferme le 31 juillet 1880 après au moins deux décennies de controverses entre les élus et le clergé. F.X. Verbrugghe se pose alors la question d’un retour au pays. Il se confie à Alfred Crépin-Leblond, directeur du Courrier de l’Allier, sur ses doutes et ses projets. Ce dernier le soutient autant que possible et lui trouve des leçons particulières à donner.

A partir de novembre, F.X. Verbrugghe fait paraître des annonces successives dans le Mémorial de l’Allier et le Courrier de l’Allier pour des cours complets de solfège comprenant la lecture, la dictée musicale, la transposition et l’harmonie à Moulins, 26 rue de Bourgogne.

Malheureusement, deux coups du sort, dramatiques, le frappent. Son fils, Maurice Théodore, né le 11 septembre 1880 à Yzeure, au bourg, décède le 17 août suivant. Puis, Juliette Palmyre Dulière, son épouse depuis 1879, née à Liège comme lui, meurt à son tour, à Yzeure le 5 février 1883, à 28 ans.

Il ne reste à François-Xavier que le travail pour se raccrocher à la vie et il s’y plonge à corps perdu. Il n’a pas perdu ses qualités de violoniste hors pair et récolte applaudissements et ovations devant des salles combles. A Clermont-Ferrand, il participe le samedi 20 novembre 1886 au premier concert de l’année de la société lyrique de la ville. Il y exécute sa berceuse pour violon. En février suivant à Moulins, son jeu et ses compositions provoquent une émotion toujours aussi forte. Son concours est réclamé par les différentes sociétés musicales de Moulins, Yzeure, Gannat, Montluçon et Varennes. Il est ainsi possible de relever quelques-unes des œuvres qu’il a composées :

Ave verum pour contralto avec accompagnement de violon et orgue (1880)

Idylle pour violon et piano (1894)

Grande fantaisie pour violon sur une seule corde

Rêverie pour violon

Danse fantastique (fantaisie pour violon)

Danse cosaque pour violon avec accompagnement de piano

Badinage

Prière

Le sommeil d’un ange, berceuse pour violon avec accompagnement de piano (seule de ses compositions à avoir laissé une trace jusqu’à nous).

Il est encore présent le 21 juin 1891 à la cathédrale de Moulins pour le triduum de Saint Louis de Gonzague qui comprend trois jours de prière pour une action de grâces en vue d’une intention particulière. François-Xavier y déploie une « angélique douceur » lors de son solo devant les cent-cinquante musiciens de l’orchestre.

Mais la maladie qui le mine ne lui laisse aucune chance même s’il tente de lui résister. Son corps souffre, sa douleur morale est tout aussi pénible. Il déambule empreint d’une indicible tristesse et se concentre sur ses fréquentations proches. Jusqu’à ce jour du 24 juin 1892 où il prend le train pour Liège accompagné de son beau-frère, lequel croit à de nombreuses reprises qu’il n’y parviendra pas. Il y arrive toutefois le lendemain après-midi et revoit sa « vieille maman » dont il parlait toujours avec tendresse. Il meurt dans ses bras le dimanche 26 juin à 19h 30, rue Basse-Wez à Liège, où il se serait encore fait livrer le Courrier de l’Allier (information donnée par ce même Courrier). Il avait 44 ans.

Le musicien, dont on dit qu’il ne subjuguait point, qu’il charmait, qu’il parlait à l’âme comme compositeur, est dépeint dans la nécrologie du Courrier de l’Allier en homme loyal, franc, un peu brusque parfois, qui restait souriant malgré la souffrance.

 

Louis Delallier

*Au Vernet, près de Vichy, un grave incendie a anéanti le mois précédent vingt-trois maisons, soixante-cinq granges et quarante-sept étables.

 

 

 

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