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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

L’avis de quelques Moulinois sur des améliorations à apporter à leur ville

Publié le 22 Février 2026 par Louisdelallier

Plan de Moulins - annuaire de l'Allier 1927

Plan de Moulins - annuaire de l'Allier 1927

Lancée le mercredi 23 décembre 1925 dans ses colonnes, cette nouvelle enquête du Progrès de l’Allier s’adresse à ses lecteurs moulinois. Elle a pour objectif de recueillir leurs avis sur l’amélioration la plus urgente à réaliser dans la ville. Seules les réponses signées parvenues jusqu’au 1er février 1926 seront publiées. Elles peuvent l’être anonymement ou sous pseudonyme. 

Ces avis nous offrent un aperçu varié et vivant de ce qui dérangeait et intéressait nos concitoyens dans leur vie quotidienne d’il y a un siècle.

Dès le 1er janvier, Jacques Simonnet, place de l’Ancien-Palais, argentier à l’hôtel de Paris, ouvre le bal. Il remercie le maire, René Boudet, pour avoir organisé le stationnement des autos autour de la place d’Allier les jours de foire. Et afin de faire entrer de l’argent dans les caisses municipales, il y préconise un droit de place de trois francs, ainsi que sur le Cours de Bercy, comme cela se pratique déjà à Digoin, Bourbon-Lancy ou Paray-le-Monial.

Madame Buchaudon, deuxième à paraître, s’exprime sur la pénurie de logements à Moulins et dans de nombreuses autres localités. Elle souhaite aussi la suppression de la main-d’œuvre étrangère. Le journal met en avant les efforts de la Société de crédit immobilier de Moulins pour construire des habitations ouvrières et répond que la seconde remarque de madame s’éloigne du sujet tout en regrettant que le recours aux étrangers découle du manque de main-d’œuvre française.

Le 2 janvier, un rugbyman moulinois espère la construction d’un stade au parc des sports, promesse non tenue au moment des élections municipales du mois de mai précédent.

Le 4, René Tiradon, habitant les Fougis à Lusigny, alerte sur l’imprudence des deux-tiers des voyageurs qui n’utilisent pas le passage souterrain de la gare. Malgré les panneaux très visibles, ils traversent les voies au mépris de leur sécurité. Pour y remédier, il suffirait que les employés les en empêchent !

Le 7, c’est au tour d’une « petite lycéenne » qui se fait porte-parole de ses camarades. Toutes sollicitent la transformation urgente de leur moyen dortoir en chambres, l’installation du chauffage central et, dans les salles d’études, la pose de lampes pouvant s’abaisser si besoin en lieu et place des plafonnier, ceci pour moins de fatigue. Même si ces attentes sont hors sujet, elles sont publiées pour leur donner plus de poids.

Un vieux Moulinois réclame la couverture du ruisseau des Tanneries afin de rendre accessible le seul trottoir de la rue et de supprimer une partie des mauvaises odeurs du quartier.

Des habitués du théâtre se plaignent qu’on boive, mange et fume dans les loges, que des vêtements restent accrochés le long des galeries et des loges alors qu’il existe un vestiaire, et se plaignent de l’état déplorable des décors.

Le 8, un autre vieux Moulinois regrette que, depuis la guerre, la bonne habitude de regarnir de sable tous les trottoirs non pavés au moment de la nouvelle année ait disparu. Cela donnait aux dames la possibilité de se déplacer pour aller présenter leurs vœux sans salir leurs fines bottines.

Pour un saccaraud (jardinier) de la rue Chaveau, ce ne sont que trous, bosses sur les chaussées, causant de grandes difficultés au piéton qui risque, de plus, d’être arrosé par des voitures passant dans les flaques d’eau. Les eaux usées, les détritus stagnent dans les caniveaux, sources d’infections potentielles. Il imagine des rues réparées, assainies et ensuite, s’il reste de l’argent, un vaste hall à l’entrée payante, surtout les jours de marché et de foire, pour y garer les voitures hippomobiles encombrant la place d’Allier, la rue des Bouchers et la rue de la Fraternité.

Le 12, V. Geachet, route de Lyon, se contente de demander l’amélioration de l’éclairage et de la propreté des rues, sans plus de détails.

M. Dussard de Nomazy rappelle qu’avant la guerre Nomazy était un coin tranquille où vivaient des jardiniers et où les Moulinois du centre venaient se promener le dimanche. Le secteur s’est transformé en centre industriel où la classe ouvrière se rend chaque jour. Les usines Paput et Lefebvre, rue des Garceaux, la scierie des bois bourbonnais, l’huilerie Gouyon, l’usine Col, route de Lyon se sont installées aux côtés des jardiniers petits et grands. Malgré cette activité florissante, l’éclairage manque cruellement. L’état des chemins est lamentable. Nomazy est quasi abandonné. Ce correspondant propose un transport quatre fois par jour des employés de l’usine Col qui font leurs trajets à bicyclette et en majorité à pied sur près de trois kilomètres pour certains. Les garagistes pourraient réfléchir à son organisation.

M. Desforges suggère la vente des dix chevaux du service de la voirie malgré lesquels le travail n’est pas fait, la location à la journée de chevaux en cas de besoin et pourquoi pas un retour à l’adjudication de l’enlèvement des boues.

15 janvier, un habitant de la rue de Bourgogne se souvient de son enfance quand le train lui barrait le passage à niveau de la rue de Bourgogne tous les jours à onze heures. Il n’hésitait pas alors à franchir l’obstacle habilement. Bien des années plus tard, de retour à Moulins, il constate les mêmes agacements de la population au même endroit et émet l’idée de l’élévation d’une passerelle pour remédier au problème.

M. Roux va dans le sens de la mise en service d’autobus pour les ouvriers et ouvrières du bourg d’Yzeure, des Bataillots, de la Madeleine, deux fois par jour, y compris pour des déplacements extra-professionnels.

V. Geachet, jugé trop peu disert dans son intervention du 12, revient sur ses desiderata avec quelques exemples. Il s’est heurté à un tas de boue vers 18h 30, donc de nuit, à l’angle des rues de Lyon et de la gare-de-Débord salissant ses chaussures et ses bas de pantalon. Pourquoi mettre la boue en tas au lieu de l’enlever directement ou la déposer sans gêner les passants ? L’éclairage qui laisse à désirer est celui des rues de Lyon, Philippe-Thomas, Marcellin-Desboutin, Voltaire, Bréchimbault, de l’avenue Meunier, des Cours. Il continue sur sa lancée avec les poubelles, les tas de détritus et d’ordures ménagères qui restent à journée et l’inexistence du balayage.

20 janvier, G. A. (peut-être André Guérin, limonadier), domicilié rue des Couteliers, s’agace des coupures d’électricité pour les commerçants en pleine marche de leurs affaires. « La ville est comme en deuil » avec ses rues obscures et ses magasins lugubres. Il assure que c’est pire pour les ouvriers qui sont arrêtés dans leur travail. Il préconise de rompre le bail avec la compagnie d’électricité et de créer une centrale électrique à Moulins pour ne plus faire venir le courant de Montluçon ou de Bert.

Jean-Pierre met en avant la lutte contre les taudis en utilisant les grands immeubles inhabités qui s’abîment. Selon lui, cela dégrèverait le budget de l’Etat et atténuerait la crise du logement. Il se penche aussi sur le cas des animaux qui doivent, les jours de foire, parcourir une vingtaine de kilomètres, aller-retour, entre le quai d’embarquement des Epinettes, rue Jacquard à Yzeure, et le cours de Bercy, les pieds en sang et sous les coups de trique. Un quai construit sur le cours de Bercy soulagerait bêtes et hommes.

22 janvier, M. Jouanin, président du syndicat de la boulangerie, envoie une longue lettre dans laquelle il pointe l’irrégularité de la distribution du gaz et de l’électricité et les difficultés pour les boulangers de préparer et cuire la pâte en quantité suffisante s’il y a trop de pannes.

P. M. regrette la disparition de la marquise de la gare qui préservait les passagers de la pluie et de la neige. Il signale le dysfonctionnement de Jacquemart, horloge d’une qualité rare, dont la réparation pourrait faire l’objet d’une souscription publique ou d’une tombola. Son troisième point concerne la rue Gaspard-Roux où s’accumule des détritus dans un fossé en plein milieu et où des voitures tombent. 

25 janvier, P. M. revient sur le cas du théâtre pour se féliciter de ses plans et ses distributions intérieures bien conçus par son architecte Hippolyte Duran et de la peinture talentueuse du rideau. Il admet le mauvais état des décors et admire la belle restauration du bâtiment par Auguste Sauroy. Il apporte une idée d’embellissement de la ville par l’érection d’une statue du maréchal de Villars à l’instar de celle élevée par la ville de Denain qui pourrait servir de modèle. Il la verrait bien au jardin de la Gare pour faire pendant à celle de Banville ou sur le rond-point de la Coupole.

Un entrepreneur d’Yzeure voudrait voir la rue de Paris dégagée des voitures qui l’encombrent. Il suffirait de prolonger la rue Voltaire jusqu’à la rue de Decize à travers l’Université populaire et le cours de Russie. Un élargissement du passage Moret offrirait une perspective* de la gare au quartier Chaveau.

Madame Genoux, rue Danton, se réjouirait de la création d’un fourneau économique comme à Cusset et dans d’autres villes bourbonnaises.

M. Brengeat est partisan d’un stade municipal en dehors du terrain du Pré-Bercy réservé au F.C.M. Ce stade pourrait s’établir pas très loin du centre-ville sans trop de frais.

Le 27 janvier, un abonné de l’allée des Gâteaux déplore les pannes récurrentes de gaz qui peuvent durer toute une journée, voire plusieurs. Elles sont par conséquent plus dommageables que celles de l’électricité. On répond aux abonnés que leur compteur a besoin d’être nettoyé ou que les tuyaux dans les quartiers bas humides se remplissent de naphtaline qui empêche le passage du gaz. Le nettoyage ne change rien et il est curieux que le gaz passe la nuit malgré la naphtaline… la question de la pression est soulevée par ce lecteur qui fait remarquer que l’abonnement continue à être facturé et que l’été il est bien désagréable de devoir allumer le poêle pour préparer son déjeuner. Il signale l’insalubrité du ruisseau qui longe la levée du champ de courses où la promenade est gâchée.

A. S. demande la suppression des urinoirs contre le théâtre rue Bréchimbault (à remplacer par un chalet souterrain), l’enlèvement des affiches dans cette même rue sur les murs du théâtre, l’arrosage et le balayage de toutes les rues et places, la réparation des voitures du service des ordures ménagères pour éviter d’y déverser en vrac les poubelles.

Un lecteur de Digoin, ancien Moulinois, souhaite le pavage de la rue Philippe-Thomas, impraticable quand il pleut et pas vraiment plus accessible le reste du temps. Il y demande en outre l’abattage de deux ou trois tilleuls qui masquent le ponton (lieu de dépose du courrier). Il demande également l’enlèvement des immondices déposés près du château des ducs.

8 février, le président de la société de pêche de Moulins écrit qu’il aimait, après le travail, aller se délasser, joyeux, au bon air, de préférence à la gare aux bateaux. Il y retrouvait les pêcheurs des Chevaliers de la gaule dans « ce coin délicieux », souvent accompagnés de femmes et enfants. L’endroit, envahi par l’herbe, conviendrait bien à une école de natation. Il aimerait que la société de canotage qui n’a pas réussi à se développer correctement et une société de patineurs jointes aux pêcheurs animent les lieux avec des fêtes et des concours. En cas d’impossibilité, il imagine un barrage sur l’Allier, comme à Vichy, à l’ancien emplacement du pont Ginguet pour alimenter les puits même en cas de forte sécheresse.

Un Moulinois, devenu parisien, verrait bien du bitume ou du ciment sur les trottoirs des principales artères de la ville pour plus de confort avec, lui semble-t-il la possibilité de faire payer une partie de ce revêtement par les riverains.

C’est ainsi que se termine notre promenade moulinoise au gré des préoccupations de quelques-uns des lecteurs ou lectrices du Progrès.

 

Louis Delallier

 

* La configuration des rues rend cette proposition bien impossible.

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M
très intéressant article, en cette période électorale. Il pourrait inspirer la prochaine municipalité pour mettre en place un cahier de doléance des administrés moulinois. Nul doute qu'il serait bien rempli et tout autant diversifié
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