L’aéro-club moulinois* bénéficie, dès sa création le 12 juin 1931, de la volonté et de l’énergie de connaisseurs qui développent son activité sans compter après des débuts considérés comme difficiles. L’un des instigateurs est Robert Ladure (1909-1960), as du pilotage, accompagné dans ce projet par MM. Benoist, de Guigné, Joseph de La Geneste, Chatron, Chérion, Bel, Frobert, Legrand (photographe), Delaplanche, Bramard. Le bureau est constitué de Benoît (président), de Guigné et de La Geneste (vice-présidents), Delaplanche (trésorier) et Ladure (secrétaire).
Le premier avion, un monoplan Morane, à se poser sur l’aérodrome de Pételoup entre Moulins et Montbeugny le 2 juillet suivant, est piloté par Louis Verrion, directeur de l’école de pilotage d’Aulnat et virtuose international.
Le samedi 23 décembre 1933 arrive, comme un cadeau de Noël qu’on s’offrirait à soi-même, l’avion « Ville de Moulins » piloté par Robert Ladure, assisté du mécanicien Emery. C’est un Blériot biplan Spad-S54 financé grâce à une souscription. Le lendemain et malgré le froid, montent à son bord, et tour à tour naturellement puisque c’est un biplace, M.M. Sauty (un quart d’heure de vol dont un survol de Moulins), Chaize et Jacqueline Circot (fille de Pierre Louis Circot, courtier), 11 ans, emmenés par Robert Ladure.
Le grand rassemblement du dimanche 20 juin 1937** démontre que les efforts fournis depuis des années par les passionnés d’aviation moulinois leur ont permis de mettre sur pied un programme qu’on peut qualifier d’international car la Suisse se joint aux aéro-clubs de Nevers, Vichy, d’Auvergne et Montluçon ! C’est au cours de cette rencontre que James Williams (de son vrai nom Jean Nilan) exécute son numéro exceptionnel : montée à 1 200 mètres en dix minutes, saut de l’avion avec ouverture de six parachutes qu’il détache l’un après l’autre jusqu’à atterrir accroché au sixième.
En ville, la veille de ce grand jour, vers 18h 30, des curieux s’absorbent dans la contemplation d’un monoplan évoluant juste en dessous des nuages. On ne se prive pas d’un tel spectacle offert sans bourse délier et sans avoir à se déplacer. Chacun reconnaît l’adresse de l’homme aux commandes. Et le voici qui s’approche vraiment très près du pont Régemortes. Quelqu’un s’exclame « Tout malin qu’il est ton pilote, il ne passerait pas par là ! ». Les pêcheurs présents sur la rive droite semblent ne pas s’en émouvoir. Pourtant, l’exploit a bien lieu. L’avion, un Farman Moustique de 25 CV, passe sans coup férir sous la deuxième arche du pont. Robert Ladure a réussi cette importante prise de risque grâce à ses connaissances techniques parfaites et une confiance en soi à toute épreuve.
Huit jours après, le Progrès de l’Allier reçoit une lettre envoyée de Villeneuve-sur-Allier. Son auteur qui représente un groupe de lecteurs s’inquiète d’une erreur journalistique possible tellement le fait est incroyable. Ne s’agit-il pas d’au-dessus plutôt qu’au-dessous de l’arche ? Mais aucun doute n’est possible. Les témoins sont nombreux à confirmer l’évènement. Il s’est vraiment déroulé et dans des conditions de sécurité calculées.
Robert Ladure quitte Moulins en août 1939 pour rejoindre son nouveau poste de pilote de ligne à Air France. Au cours d’un dîner d’adieu au restaurant Poulet, son dévouement au club, ses compétences, sa modestie sont largement salués par ses collèges en aviation comme Joseph de La Geneste, président de l’aéro-club, MM Colnenne, Pligot et d’Origny, membres du bureau, M. de Guigné, commissaire général de l’Aéro-club de France. La Légion d’honneur lui sera remise en 1947.
Louis Delallier
*Un historique est consultable sur le site de l’aéro-club de Moulins.
**Voir mon article à ce sujet.
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