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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Un bal masqué et travesti pour tenter de panser des plaies encore vives

Publié le 21 Juin 2026 par Louisdelallier in Fêtes

Place Cortet, magasin Bussière

Place Cortet, magasin Bussière

La section de Moulins de l’association générale des mutilés de guerre (AGMG), présidée par Robert Perraut, et l’association des anciens combattants (AACM) qu’elle vient de fonder se mettent en ordre de marche pour organiser un bal qu’elles veulent exceptionnel. La préparation ne laisse rien au hasard et la communication par presse interposée se fait détaillée à l’approche de la date retenue, le samedi 4 mars 1922. Il s’agit de s’assurer une participation maximale car les bénéfices iront aux victimes de la guerre.

Le problème du lieu réglé grâce à la bienveillance des dirigeants de l’Université populaire, rue Diderot, qui mettent une salle à disposition, il reste à préciser ce qui est attendu des participants et le programme.

Le loup* est de rigueur et semble même constituer l’élément central de la soirée. En effet, seules les mamans accompagnant les jeunes filles en sont dispensées et il pourra être retiré après minuit pour ceux et celles qui auront trop chaud, en souhaitant que, dans les deux cas, peu de personnes usent de cette liberté.

Le port du costume est recommandé sans être une obligation pour ouvrir le bal à tous quel que soit leur budget. Les possibilités ne manquent pas à commencer se procurer dans les librairies de Moulins le numéro spécial du journal les Elégances de Paris du 15 janvier 1922 sur les travestis. La maison Raisin à Nevers et les maisons de Paris (Choumara, rue de Rivoli - L. Granier, faubourg Saint-Denis - Guilbert, boulevard Saint-Martin - Josette, rue d’Amsterdam - Poupineau, boulevard Saint-Denis) sont mises en avant bien que n’étant pas à la portée de tout un chacun.

Plus proche et plus économique, une location de costumes à prix modiques, entre 6 et 30 francs, se tient le vendredi 3 et le samedi 4 mars, au 1 rue Denain, à l’initiative de M. Bourdin, ancien Moulinois coiffeur à Nevers. Il apporte un vaste choix de cent-dix tenues dont quinze pierrots, douze folles hommes et femmes, dix Mexicains, des seigneurs, marquis, pages, mousquetaires, toréadors, gugusses, diables, cœur d’artichaut, homme-serpent, homme-géant, peau d’ours, arlequines, chinois, arlequins, danseuse, Espagnole, etc.

Pour parfaire le travestissement, M. Conet, coiffeur, rue des Couteliers, réalise grimages, maquillages et coiffures à de très bons prix et fournit postiches, perruques et les indispensables loups. La maison Bussière, place Cortet, réceptionne un lot de satins et paillettes à bon marché et la maison de costumes Beaufort, rue des Minimes, se tient prête, elle aussi, à satisfaire les clients. Les affaires vont bon train. Un autre bal étant en préparation dans l’agglomération, l’investissement dans un déguisement se rentabilisera plus facilement.

Le programme annonce un début à 21 heures des festivités animées par un orchestre sous la direction de M. Clément, une surprise inédite réservée à l’assistance ainsi que quatre concours vers minuit : costume le plus original, costume féminin et costume masculin le plus beau, et plus beau couple costumé.   

Les cartes d’entrée sont en vente à partir du 23 février à la maison Reynaud, 5 rue d’Allier : messieurs, 5 francs - dames et jeunes filles, 2 francs - membres de l’AGMG et de l’AACM, 3 francs. Une particularité amusante est spécifiée, « c’est le costume qui donnera le prix d’entrée » : une femme déguisée en homme paiera 5 francs et un homme déguisé en femme paiera 2 francs.

Deux derniers avertissements à l’attention du public sont écrits noir sur blanc dans le journal :  se travestir ne veut pas dire se mal vêtir ; et on s’amusera sainement, sans grossièreté.

Le soir du 4 mars venu, le vestiaire et le buffet tenu par M. Rémond, cafetier place d’Allier, sont installés dans une pièce adjacente à la magnifique salle de bal dont le parquet a été bien astiqué pour virevolter à l’aise. Avec une majorité de costumes aux couleurs chatoyantes et plus de deux-cent-cinquante loups, l’affluence espérée est au rendez-vous.

Le prix du plus beau costume féminin revient à une gracieuse libellule, celui du plus beau costume masculin à un marquis à talons rouges, celui du plus beau couple à un jeu de cartes et un jeu de jacquet et le prix de l’originalité à un paysan bourbonnais arborant une barbe hirsute. M. Gaget, photographe place Garibaldi, fait le portrait de la libellule à laquelle il offrira des tirages papier gratuits.

On recommencera l’année prochaine !

 

Louis Delallier

 

*Masque couvrant le pourtour des yeux. Loup de satin, de soie. Ses yeux brillaient dans les trous de son loup de velours noir (Reider, Mlle Vallantin,1862, p. 48). On trouve partout [à Venise] des masques, ou plus exactement des demi-masques, des loups (...). Dans ce demi-visage noir, impassible, le regard vient directement de l'âge d'or (Giono, Voy. Ital.,1953, p. 152). Source Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL).

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