La guerre est finie depuis des mois. Nous sommes en août 1919, le 36e régiment d’infanterie caserné à Moulins est de retour au quartier Villars. Les troupes, parties des environs de Mayence, débarquent au quai des Épinettes, rue Jacquard à Yzeure entre le 12 et le 26 août. La 4e batterie est la première à fouler le sol bourbonnais avec tout son matériel guerrier. Aucune réception officielle n’est prévue pour l’arrivée de chaque groupe. On se réserve pour la célébration du dimanche 24 août qui s’annonce aussi impressionnante qu’émouvante.
Un arc de triomphe monumental érigé au rond-point de la Coupole, à l’entrée de l’actuelle avenue Théodore-de-Banville, symbolise la reconnaissance, la fierté et le bonheur de la victoire. Tout ce que la ville compte d’artisans, de commerçants et autres bonnes volontés a mis la main à la pâte, souvent gracieusement, pour ce résultat grandiose*.
Un coq doré, de deux mètres et demi, trône martial au sommet, exprimant à lui seul cette gloire du vainqueur chèrement payée, mais bien réelle.
Une entreprise moulinoise et particulièrement un homme sont à l’origine de la création de ce gallinacé géant, emblème français par excellence. Il s’agit de Léon Raphaël, natif de Toulouse, qui travaille pour la maison Galfione depuis des années. Il est déjà installé à Moulins au moment de son mariage en 1904 avec Juliette Favier, originaire de Charente-Inférieure, et ayant vécu à Rotterdam. Il est alors sculpteur sur bois.
Il donne des cours de dessin industriel, de construction et d’ébénisterie avec Noël Roubert (témoin de son mariage) dès 1904 à l’Université populaire, puis d’ornementation en 1905. En 1911, il vit à nouveau à Toulouse avec son épouse et leur fille Lucienne, qui y est née trois ans plus tôt.
C’est un véritable artiste qui portera haut les couleurs de Moulins en récoltant des médailles d’or à différentes expositions départementales dans les années 1920 notamment. Il est nommé officier d’académie en 1927 et exerce comme professeur à l’école municipale de dessin jusqu’à sa mort en juin 1933.
Les festivités d’août 1919 achevées, le devenir du coq Galfione-Raphaël s’impose dans les conversations en ville, car on craint qu’il n’ait pris le chemin d’un quelconque exil. Le Progrès de l’Allier décide de s’en informer directement auprès de Louis Galfione. Le coq qui n’a pas réintégré les ateliers du décorateur est bien à l’abri dans les magasins de la Ville, avenue Alsace-Lorraine. En effet, son propriétaire compte en faire don à la municipalité. Il suffit qu’une commission décide de son sort moulinois. Seulement rien n’indique que le projet ait abouti. Recherches à poursuivre.
Louis Delallier
*Voir mon article à ce sujet.
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