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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Des mannequins et de la musique

Publié le 23 Août 2026 par Louisdelallier in Commerce

Manteau chic pour la promenade - Le Progrès de l'Allier novembre 1924

Manteau chic pour la promenade - Le Progrès de l'Allier novembre 1924

Marcel Lemesle dont l’activité commerciale dans la confection a été florissante durant des décennies (voir mon article à ce sujet) n’est pas le seul à innover pour étoffer et fidéliser sa clientèle. S’il annonce le 5 septembre 1924 mettre la dernière main à l’organisation de concerts symphoniques pour le mois suivant, les jeudis et vendredis, avec les meilleurs instrumentistes moulinois, les Nouvelles Galeries, ses voisines, ouvrent aussi leurs portes à la musique avec, pour commencer, la participation d’un violoniste solo des concerts Colonne*. Et en cette fin octobre, M. Mathiaux, leur directeur, met la barre un peu plus haut en y associant quatre jeunes Parisiennes, mannequins professionnels, qui promeuvent créations de la maison-mère : manteaux, robes d’après-midi et du soir, costumes et tailleurs, fourrures. Cent modèles sont admirés par un public féminin venu en nombre au deuxième étage, dans le salon dit du meuble décoré par le personnel et fleuri par la maison yzeurienne Treyve à la renommée dépassant les frontières françaises. Voici quelques noms des vêtements présentés : Souris grise, Musarde, Quelques fleurs (robes d’après-midi), Petite marquise, Salomé, Violeterra (robes du soir) et Premier soir, Nuit de Chine (manteaux).

Chez Lemesle, on se contente de mannequins en cire aux visages de célébrités du cinéma et du théâtre. Mais les concerts y sont tout autant symphoniques. Des ballons sont distribués en même temps, ils sont presque la spécialité de la maison.

Un an plus tard, l’habitude persiste. Un grand orchestre symphonique se produit pour fêter l’anniversaire des Nouvelles Galeries matins et après-midis. Les musiciens reviennent à l’occasion de Noël, le dimanche 20 décembre, le jeudi 24 et le dimanche 27, de 15h 30 à 18h 30.

Les mannequins humains ne réapparaissent qu’en octobre 1927, précisément les mardi 4 et mercredi 5. Quatre Parisiennes sont à nouveau recrutées par M. Mathiaux pour présenter soixante-quinze nouveautés (et autant de robes et manteaux hors programme) à deux fois deux-cent-cinquante femmes installées confortablement dans le même immense salon du deuxième étage. Les noms font voyager et imaginer de brillantes soirées : Chamonix, Avenue du Bois, Papillon noir, Frileuse, Cinq à sept, Premiers froids, Ma préférée. On note que la taille remonte légèrement, que la jupe s’allonge un peu. La musique d’un quintette d’artistes moulinois accompagne le défilé.

Un fait divers démontre que le mannequinat de cire n’est pas toujours de tout repos. Le vendredi 21 novembre 1924, il est environ 18 heures quand une panne d’électricité plonge les rues et les bâtiments dans l’obscurité. Un individu qui n‘en demandait pas tant parvient alors à dérober un mannequin trônant dans la vitrine Ravail, rue de Pont. Après s’être dissimulé dans la cour tout proche de madame Goulinet, il débarrasse l’encombrant mannequin de son pardessus (étiqueté 200 francs, soit environ 217 euros) pour le revêtir sans plus attendre. On est en novembre. Et le mannequin finit abandonné. A défaut de la description du voleur, c’est celle du pardessus qui est communiquée : raglan**, gris mélangé, taille moyenne, doublé mi-corps, sans marque. On ne retrouvera ni l’un, ni l’autre.

 

Louis Delallier

 

*L’orchestre Colonne est un orchestre symphonique parisien. Fondé en 1873 par Édouard Colonne sous le nom d'Association artistique des Concerts Colonne, il est l'un des plus anciens orchestres associatifs parisiens encore en activité avec les concerts Pasdeloup et les concerts Lamoureux.

**Pardessus assez ample, dont les emmanchures remontent en biais jusqu'à l'encolure. Son nom lui vient de lord Raglan, officier britannique, amputé d’un bras après la bataille de Waterloo. Deux explications sont données : mettre plus facilement le vêtement ou utiliser plus facilement son épée en donnant plus de mouvement.

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