Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Le rendez-moi, de l’audace avant tout !

Publié le 9 Août 2026 par Louisdelallier in Faits divers

Le Courrier de l'Allier du 1er octobre 1913

Le Courrier de l'Allier du 1er octobre 1913

Il suffit d’une bonne dose d’aplomb et d’un peu de chance pour se constituer un petit pécule au détriment des autres. C’est sans doute ainsi que raisonne Louise Soulès, marchande foraine, en arrivant à Moulins ce vendredi 28 février 1913, vers 13 heures. Il lui reste à suivre l’avenue qui part de la gare en direction du centre-ville pour trouver quelques proies.

Son panier au bras, elle entre chez Cimetière, chapelier, et Brosset, libraire, aux 20 et 56 rue d’Allier, la grand-rue commerçante moulinoise par excellence. La technique est bien rôdée : acheter un objet quelconque de peu de valeur, le payer avec une pièce de vingt francs et la subtiliser en même temps que la monnaie rendue, tout en détournant l’attention de la caissière avant de s’éclipser. La graineterie Tissier et Theuillon de la rue Datas et la boutique Au Sans Pareil, rue de la Flèche, reçoivent sa visite respectant le même scénario.

Fernand Brosset réagit après coup, mais assez rapidement pour parvenir à retrouver cette cliente très spéciale à la gare s’apprêtant à repartir à Lyon. Il la persuade de l’accompagner au commissariat. Chemin faisant, elle reconnaît avec un aplomb obséquieux avoir ramassé par erreur la pièce de deux francs qu’elle lui rend et l’exhorte, en vain, à la laisser repartir. Devant le commissaire Allard, elle nie en bloc sans sourciller. Mais, messieurs Ambry, mercier, et Mathiaux, propriétaire des Nouvelles Galeries, peuvent témoigner avoir eu affaire à elle dans les mêmes circonstances en janvier.

Le surprenant contenu de son panier (brosse de chiendent, deux boîtes de biscuits LU, côte de chocolat Klauss, six citrons, graines de semis, bébés de porcelaine, coupons d’étoffe, etc.) est en lui-même révélateur. Il n’en faut pas plus pour que la voyageuse « bénéfice » d’une admission à La Mal-Coiffée, prison voisine de la cathédrale, à peu de distance des locaux de la police.

Elle comparaît devant le tribunal, défendue par maître Blanc le vendredi 4 avril. Les charges la concernant sont sans équivoque. En effet, d’autres commerçants ont porté plainte pour des manœuvres semblables. Sont entendus Gilberte Venasson et Marguerite Simonnet, caissières aux Nouvelles Galeries, Lucie Bouissou, caissière chez Ambry, Mme Cimetière, MM. Ravail, marchand de nouveautés, Brosset et Tissier. Tous attestent de son habileté pour les embrouiller bien qu’ils aient eu l’intuition de devoir se méfier. Louise est déjà titulaire de dix condamnations dont une pour escroquerie et neuf pour vol ou tentative de vol au rendez-moi. Moulins, elle connaît, car elle y a été condamnée à trois mois de prison au printemps 1902 pour escroquerie à Bessay et Randan, ainsi qu’au préjudice de l’abbé Duplaix, curé de Neuilly-le-Réal. Elle agissait alors en duo avec Lucie Reboul.

Ce passé encombrant la classe dans la catégorie récidive, passible de la relégation, une peine extrêmement lourde pour cette mère de douze enfants dont un qu’elle allaite et berce dans ses bras tout au long de l’audience. Le verdict tombe : treize mois d’emprisonnement et cinq ans d’interdiction de séjour malgré les efforts de son avocat.

Louise, marchande de vaisselle selon ses dires, est l’épouse d’un marchand de chevaux, qui sera tour à tour saltimbanque, gymnasiarque, marchand forain, continuera à fréquenter les tribunaux encore longtemps. En février 1939, elle se produit à Vierzon dans une boulangerie et une charcuterie pour y acheter des petits pains et du cervelas. Le mode opératoire n’a pas changé à ceci près qu’elle est accompagnée de sa fille Madeleine, sorte de caution de son honorabilité. Le tribunal de Bourges se montre sévère envers les deux femmes bien que la mère ait certifié que sa fille n’y était pour rien : dix-huit mois de prison pour l’une et un an et un jour pour l’assistante… En appel, maître Sautereau sait argumenter en leur faveur : femmes chargées de famille, poussées par la misère à des délits somme toute peu graves. Il obtient une substantielle réduction des condamnations : quatre et deux mois de prison.

 

Louis Delallier

Commenter cet article