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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Vieille dame, cerises, chienne et faisan dans les colonnes du Courrier de l’Allier

Publié le 30 Août 2026 par Louisdelallier in Faits divers

Vieille dame, cerises, chienne et faisan dans les colonnes du Courrier de l’Allier

Lundi 6 novembre 1899 vers 10 heures, rue de Pont, M. Clairet, domestique de Victor Maillot, propriétaire aux Durantats à la Madeleine, renverse avec sa voiture à cheval madame Landrin, une veuve de 83 ans demeurant à la Poudrière. Sans attendre, le conducteur bien embêté et des riverains se portent à son secours. Heureusement, l’hôpital Saint-Joseph est vraiment tout proche et il suffit de quelques instants pour que tout le monde se retrouve devant sa porte. Madame Landrin va pouvoir recevoir des soins.

Mais, on ne prend pas en charge une vieille femme souffrante comme ça. Un certificat médical est demandé à l’entrée. Exigence impossible à remplir puisque l’accident vient juste d’arriver et qu’on n’a pas perdu de temps. Un agent de police qui tente de trouver un médecin en urgence revient dépité. Aucun n’est présent. Et madame Landrin gémit depuis une heure à la vue de tous. Chacun y va de sa critique contre la stupidité formaliste de l’administration. Il faut aller jusqu’à l’intervention du commissaire de police et sa réquisition pour que l’établissement accepte à contre-cœur d’accueillir la malheureuse qui a dû s’en sortir car il n’est plus question d’elle ensuite.

Une semaine plus tard, est relaté le fait suivant avec un certain découragement. Un distillateur de Limoges, ami de la rédaction, ayant remarqué que des cerises séchaient sur les arbres le long des routes nationales du Limousin, décide l’année suivante de proposer à l’administration de cueillir et payer ces fruits perdus. L’homme fait un bref calcul. Les cerises mûrissant en juin, prévoir un délai de trois mois pour obtenir une réponse lui paraît une sage précaution. Par conséquent, il écrit début mars, satisfait de sa décision. Le mercredi 1er novembre, les bras lui en tombent lorsqu’il prend connaissance du courrier de cette administration lui accordant l’autorisation sollicitée…

La rigidité administrative n’est pas la seule en cette fin d’année 1899 à susciter du ressentiment.

Le mardi 21 novembre au soir, le propriétaire du café de le Jeune France sur les Cours, M. Morand, ne perd pas de temps pour aller informer la police de la présence d’un chien dans sa cave. De toute évidence, il s’agit d’un chien enragé (hydrophobe comme on disait alors) qu’il a essayé de chasser avec un pétard. L’agent Thévenin se munit d’une fourche et accompagne sur le champ M. Morand, armé d’un revolver. L’animal hurlant de peur est débusqué et tombe terrassé par une balle au sortir de l’escalier. Le cafetier reconnaît trop tard la chienne de l’un de ses meilleurs clients, laquelle s’apprêtait à mettre bas dans un endroit retiré...

Trois jours plus tard et sans lien avec cette triste affaire, un faisan, qualifié de superbe, est enlevé de l’étal du marchand de comestibles Jean Clostre, 5 rue de l’Horloge, par un individu en mal d’argent. En effet, l’animal est proposé à l’achat dans quelques magasins sans succès jusqu’à ce que le boulanger Genest en offre trois francs sans se poser de question. Pendant ce temps, des commerçants de la rue tiennent conversation et évoquent la visite de l’homme au faisan. L’un d’eux se trouve être M. Clostre qui se hâte d’aller vérifier sa devanture où il ne peut que constater le vol. Et très rapidement, il apprend que M. Genest, un voisin, s’en est rendu propriétaire. Ce dernier qui le restitue sans plus attendre pourra en déguster les ailes apportées le soir même par Jean Clostre qui a décidé de faire rôtir son bien et de le partager, sans rancune. L’auteur du méfait a disparu sans laisser de traces.

Une question se pose. Était-ce mieux avant ?

Louis Delallier

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