Que se passe-t-il à Moulins, rue des Meuniers (partie de l'actuelle rue de la Fraternité) dans les bas-quartiers comme on disait alors, en août 1834 ?
Quatre à cinq cents personnes sortent le soir en prise à l’émotion jusqu’à, pour certaines, veiller une bonne partie de la nuit. L’évènement quotidien depuis quelques jours tient dans une apparition que personne ne voit mais dont tout le monde parle. Une femme, au coeur de ce phénomène, assure que le dernier étage de sa maison est habitée par quelques fantômes. Elle étaye son propos en relatant à qui veut l’entendre avoir entendu des bruits de chaînes, des coups sur une table, des gémissements assourdis. Effrayante nuit due à un revenant ou au diable lui-même assure-telle !
La nouvelle se répand immédiatement comme une traînée de poudre, puis gagne le marché (encore non couvert) dès le lendemain. On cancane, répète, transforme, on chuchote même au cas où le fantôme écouterait les conversations.
Le mardi 12, ils sont nombreux, femmes au foyer, domestiques, mariniers, et autres curieux à se presser devant la maison hantée, perquisitionnée entièrement par le commissaire de police en personne. Quatre hussards en surveillent les issues. Malgré ce déploiement de moyens, l’esprit joue les timides, peut-être perturbé par cette foule bruissante et les forces militaires. Fin stratège, il attend la pleine nuit pour se remettre à ses agissements inquiétants.
Le mercredi soir, au carrefour du Manège où aboutit la rue des Meuniers, parmi les badauds encore plus nombreux, des journalistes du Mémorial de l’Allier observent pour mieux rendre compte ensuite. Il est 22 heures. La nuit est tombée. Et ce sont « démonstrations folles et bruyantes, scènes assez graveleuses » facilitées par la masse humaine et par la faiblesse de l’éclairage lunaire. Mais de manifestation de l’au-delà, point ! Les témoins du Mémorial sont de bonne foi et prêts à la plus grande objectivité. Mais ils partent trop tôt et ne reviennent pas. En effet, le spectre ne se met en action qu’à partir de minuit et jusqu’au petit jour.
Encore une soirée drainant une affluence respectable, puis petit à petit, cette curiosité pimentée d’effroi faiblit car il se passe peu de choses finalement. La raison commence à reprendre le dessus. On finit par convenir que le surnaturel n’est peut-être qu’un intérêt mercantile pour attirer la clientèle vers les cabarets et autres maisons de tolérance dont le quartier est bien fourni. Les meilleures blagues sont décidément les plus courtes.
Louis Delallier
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