Le 29 mars 1887, le Courrier de l’Allier et le Mémorial de l’Allier font paraître, pour le même événement, un compte rendu dont l’esprit et surtout l’exactitude divergent fortement. La veille, un lundi, un bébé est né. Ce fait aurait dû passer inaperçu pour la presse, mais les circonstances originales ont attiré l’attention.
Le Courrier de l’Allier relate qu’une « fille-mère » de Varennes est à bord du train entre Saint-Germain-des-Fossés et Moulins arrivant à 6h 45, son intention étant d’atteindre l’hospice pour y accoucher. Mais entre Bessay et Moulins, un petit garçon voit le jour un peu trop tôt. Dès l’entrée en gare de Moulins, la maman et son bébé sont transportés, dans une voiture réquisitionnée par le chef de gare, à l’hôpital où ils seront pris en charge. Le journal relaie le pronostic d’une existence des plus éphémères pour ce nouveau Bourbonnais.
Le Mémorial de l’Allier raconte des faits quelque peu différents. Vers 7 heures, le train, il s’agit bien du même, stoppe le long du quai. Les voyageurs et les employés sont aussitôt alertés par des cris provenant d’un compartiment de 3e classe. Une jeune femme demande de l’aide en gesticulant. On apprend qu’elle est sur le point d’accoucher et qu’elle tient à s’entourer de témoins au cas où son enfant décèderait. Elle fait preuve de prudence sachant qu’elle pourrait être accusée d’infanticide. Un ouvrier du PLM, dont on ne connaît que l’initiale, un V, l’assiste pour une naissance rapide et sans accident. Un transport vers l’hôpital suit.
L’état-civil moulinois atteste la naissance d’Antoine Flond à l’hôpital à 7 heures du matin le 28 mars. Peut-être qu’un wagon n’est pas un lieu pouvant figurer dans un acte officiel. On apprend que sa mère se nomme Angélique Flond, qu’elle a 23 ans, est domestique et qu’elle est native de Paris (en réalité Neuilly-sur-Seine). Cette ancienne élève des hospices de Paris demeure à Varennes. Le témoin de la naissance est madame Anne Auboire, sage-femme, 60 ans, de la rue des Six-Frères à Moulins. Angélique reconnaîtra son fils le 11 mai suivant.
Contrairement à la prévision pessimiste du Courrier de l’Allier, Antoine vivra. Il a déjà un frère, Émile, et une sœur, Marie, nés à Moulins hors mariage eux-aussi. Il n’a pas encore six ans quand sa mère se marie avec à Cusset avec Gabriel Semitière, cultivateur. Cinq autres enfants naissent : Gabrielle (1889 Cusset), André (1893 Cusset), Jean-Marie (1895 Toulon-sur-Allier), François (1897 Yzeure) et Jean-Baptiste (1900 Trévol).
Donc, Antoine vivra et même servira son pays pendant quatre ans au péril de cette vie estimée si fragile. Il devient cultivateur avant de partir à la guerre dont il revient avec deux blessures et une citation à l’ordre du régiment accompagnée de la Croix de guerre. Son frère, Émile, également cultivateur, mourra le 6 octobre 1915 dans les tranchées de la Vistule à Sommepy-Tahure dans la Marne. Un autre de ses frères, André Semetière, subit le même sort dramatique au cours du combat de Bully-Grenay dans le Pas-de-Calais dès le 11 décembre 1914. Il était garçon meunier.
Antoine se marie en novembre 1919 avec Marie Denoix, couturière. Il est alors cultivateur à Saint-Ennemond. Au moment de la naissance de son fils, Raymond, en mars 1922, la famille habite 6 rue Parmentier à Moulins. Antoine a opéré une réorientation professionnelle radicale et étonnante : il est homme d’équipe au PLM !
Sa vie prend fin le 22 juillet 1951 à l’hôpital de Moulins au 49 rue de Paris. Il avait 64 ans.
Louis Delallier
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