Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Des Suisses, un Moulinois et un château bourbonnais

Publié le 10 Août 2025 par Louisdelallier in Faits divers

Coulandon, église (photo Louis Delallier)

Coulandon, église (photo Louis Delallier)

Jean Portejoie est cocher au château de La Chassagne à Coulandon. Le mercredi 4 avril 1883, il conduit ses maîtres, le vicomte Louis de Pons et sa sœur Antoinette, à Moulins pour la messe. Deux heures plus tard quand il entre dans son petit logement qui donne sur la cour, il le découvre dévasté. Les tiroirs de la commode sont cassés. Ses vêtements pour l’hiver, son porte-monnaie contenant ses 40,80 francs d’économie n’y sont plus. Ont été volés également un marteau, une cognée, un ciseau, sûrement utilisés pour fracturer la commode. Et pour parfaire le travail, trois cannes posées contre la cheminée, deux bouteilles de liqueur conservées dans le garde-manger ont été dérobées. Jean est consterné, sans réaction. Il est rejoint à ce moment-là par Jean-Baptiste Rabet, autre domestique, d’une quinzaine d’années, qui aussitôt prend les choses en main. Convaincu que les malfaiteurs ne peuvent être bien loin, il décide d’aller prévenir la police à Moulins (7 km) et envoie son collègue à la gendarmerie de Souvigny (6 km).

Rabet a vu juste. En arrivant dans le faubourg de la Madeleine, il aperçoit trois gars sortant d’un café qui portent des vêtements bien emballés et des cannes. L’un d’eux lui est familier. Rabet ne s’arrête pas. Il doit prévenir la maréchaussée avant toute chose. Avec le brigadier, ils explorent les auberges de la place Saint-Gilles (actuelle Garibaldi), de la rue du Pont-Ginguet et de la rue Tapet (Mathieu-de-Dombasle). C’est dans un restaurant de cette dernière que les trois individus se sont attablés devant un repas copieux dont ils ne profiteront pas.

Ils sont immédiatement conduits au poste où ils déclinent leurs identités : Jacquet et Baudet, moins de vingt ans, Suisses nés à Genève, et le troisième déclare se nommer personne ! son stratagème échoue car il est un cousin de Jean-Baptiste Rabet lequel le désigne sans hésiter comme étant Gilbert Franconnet de Moulins.

Ah ! tu me trahis ! eh bien ! souviens-toi que tu ne mourras pas de ta mort naturelle !  

Ces paroles vengeresses montrent qu’il est bel et bien sorti du droit chemin.

Les Suisses ont quitté leur pays pour vagabonder et surtout, pour Beaudet, éviter la prison à lui infligée par le tribunal de Lausanne. Frédéric Jacquet, dessinateur, va jusqu’en Égypte et se trouve à Alexandrie quand la flotte navale britannique déclenche le bombardement de la ville*. Il regagne la France en débarquant à Cannes où il rencontre Joseph Beaudet, manœuvre chez un doreur. Dans un asile de nuit lyonnais, ils font la connaissance de Franconnet qui cherche du travail. Le Bourbonnais qui avait « récupéré » 1 648 francs appartenant à son père était un comparse intéressant, d’autant plus qu’il leur fait part du plan lucratif qu’il a échafaudé : aller se servir dans un château à Coulandon qu’il connaît bien car son grand-père y fut jardinier. Le trio, sûr de son affaire, prend alors la route vers Coulandon.

Le Courrier de l’Allier présente les choses sous un meilleur jour que le Mémorial de l’Allier. En effet, Franconnet aurait proposé à ses nouveaux amis de gagner Montluçon pour y trouver un emploi. En chemin, se rappelant que ses grands-parents habitent chez les de Pons près de Coulandon, il veut leur rendre visite. Ces derniers sont absents. Et c’est pour ne pas avoir perdu leur temps qu’ils firent main basse sur les affaires du cocher !

A l’audience du mardi 24 avril 1883, l’exposé des faits incluant la préméditation vaut 15 mois de prison à Franconnet (Clairvaux ou Riom) et un an à Baudet. Quant à Jacquet, il est acquitté. Peut-être continuera-t-il à voyager pour dessiner. Leurs défenseurs étaient maîtres Coquille et Montillier.

Jean Portejoie mourra le 19 avril 1903 à 70 ans au Champ du Bois, commune de Coulandon, où il s’était installé comme cultivateur. Heureusement pour lui, son cousin Rabet n’a pas mis sa menace à exécution !

 

Louis Delallier

*11 au 13 juillet 1882 pendant la guerre anglo-égyptienne.

 

Auberges, cafés et cabarets à Moulins en 1883 :

La Madeleine : Cambon - Julot - Lassimonne - Mornay – Auclair, femme Prudhomme - Veuve Boutonnet - Veuve Jobert

Rue Tapet : Pousset - Poujon - Veuve Augoyard -

Place Saint-Gilles : Dubost - Guillaumin - Veuve Huilier - Clavier – Beauger, auberge Saint-Gilles - Collas, auberge de l’Univers

Rue du Pont-Ginguet : Franchaise - Franconin - Giraud, épouse Prudhomme - Veuve Pannejeon - Veuve Pestraud - Echallier - Maître R. - Noël - café bourbonnais (Bougain) - café du Rhône (Bonnamy)

 

 

 

Commenter cet article