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Le grenier de mon Moulins

Histoire de Moulins (Allier) et anecdotes anciennes

Un mariage en deux étapes

Publié le 12 Avril 2026 par Louisdelallier in Faits divers

Un mariage en deux étapes

Le matin de son mariage, Jean-Baptiste Rétat, menuisier à Moulins, se rend dès 7 heures dans la famille de sa future épouse, Élisa Gudin qui habite comme lui la longue et très peuplée rue du Pont-Ginguet. A 7h 30, il se rend chez le coiffeur. La cérémonie est prévue à 10 heures. Le moment venu, la future mariée tout heureuse et fière dans sa robe de noce est entourée des deux familles, des amis, de voisins. Tous attendent Jean-Baptiste chez les Gudin. Mais il ne se montre pas. On commence par s’en amuser. Mais le temps passant, on s’inquiète. Quelqu’un va jusque chez lui et ne l’y trouve pas. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il est bien allé chez le coiffeur. Sa fiancée est effondrée. Les recherches s’organisent tandis que certains commentaires défavorables vont bon train. Les mauvais esprits sont bien vite contrés car Jean-Baptiste est considéré par beaucoup comme un honnête homme. On craint un malheur.

Ce n’est que vers 14 heures, que la nouvelle arrive de Bessay transmise par un voyageur de commerce : Jean-Baptiste a été découvert presque mourant dans un fossé et transporté dans une auberge. Une voiture prend aussitôt la route pour Bessay à la vitesse d’un cheval toutefois. Ramené à Moulins, le blessé est examiné par le docteur Méplain. Incapable de parler, il vomit tout ce qu’il peut. On avance la possibilité d’un jaloux qui lui aurait fait avaler du poison au prétexte de boire un verre pour fêter son mariage imminent. On rappelle au passage que Jean-Baptiste est très sobre. Ce poison lui aurait fait perdre la tête au point de l’entraîner à se diriger vers la campagne au hasard.

Le lendemain, les nouvelles sont meilleures. Les contre-poisons et ses régurgitations diverses l’ont sauvé. Comme il ne se souvient de rien, la police enquête.

Le mercredi suivant, les noces ont enfin lieu dans des conditions tout à fait nuptiales. Des curieux se sont déplacés pour voir celui qui a failli mourir empoisonné et qui n’en garde aucune trace.

Une mention marginale a été ajoutée au bas de l’acte officiel du 22 mai qui avait déjà été rédigé afin de permettre aux mariés et à leurs témoins de signer le registre : Acte de mariage nul, les parties ne s’étant pas présentées le jour indiqué.

Les témoins du mariage lors de sa conclusion réelle sont Charles Bernard, adjudant maître d’armes au 16e régiment de chasseurs en garnison à Auxonne, 34 ans, Jules Ours, ferblantier, 44 ans, Louis Gudin, mécanicien, 41 ans et Charles Chabard, charpentier, 48 ans. Les trois derniers habitent à Moulins.

Cette affaire n’aura pas entraîné les conséquences escomptées par l’empoisonneur dont il semble ne pas avoir été question dans la presse ensuite. Lors de l’exposé des faits, la victime n’est désignée que par l’initiale de son nom de famille et n’est mentionné que le nom de sa rue. Son identité n’a pas été difficile à retrouver grâce à ces deux indices. On peut supposer que si révélation il y a eu, elle est restée du domaine privé.

Le jeune couple poursuit une vie tout à fait normale avec leurs deux enfants Marie Louise Léonie, née 1890, et Louis Léon Antoine, né en 1893. Jean-Baptiste décède en janvier 1922 au 55 rue du Pont-Ginguet et Élisa en mars 1927 également rue du Pont-Ginguet.

Louis Delallier

 

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